Environnement - Un budget polluant

Quelle occasion ratée! S'agissant de la lutte contre le réchauffement climatique, le budget Flaherty fait preuve d'une stupéfiante étroitesse d'esprit devant les défis auxquels la planète fait face.

Jim Flaherty a annoncé dans son budget de mardi que le gouvernement fédéral dépensera sur deux ans un petit milliard de plus en environnement. Autant ne rien annoncer. D'abord, c'est ridiculement peu au regard d'un budget qui préconise des dépenses de 40 milliards en mesures de stimulation économique. Ensuite, cette somme sera, à l'évidence, largement consacrée au financement du nucléaire et au développement de technologies pour l'heure expérimentales, destinées à rendre moins saturées de GES l'exploitation des sables bitumineux de l'Ouest canadien et les centrales au gaz et au charbon. Enfin, le budget de M. Flaherty est d'autant plus court en matière environnementale que le gouvernement dont il fait partie n'a pas jugé pertinent, après avoir annoncé, fin décembre, une aide de 4 milliards en prêts à l'industrie automobile en crise, de faire pression sur ses fabricants afin qu'ils produisent, à plus grande échelle, des véhicules plus propres.

Le Canada est un grand producteur de pétrole, dont l'industrie est une grande productrice d'emplois. L'évidente nécessité de protéger ces emplois à court terme ne devrait pas pour autant empêcher le gouvernement Harper de penser aux «générations futures», généralement si chères aux politiciens. C'est l'enfance de l'art. Ottawa a bien promis de consacrer une portion de son milliard «à l'appui des technologies d'énergies propres» que sont, sauf erreur, l'éolien, le solaire et la géothermie. Mais, outre que ces sommes sont des broutilles, le fait que le ministre des Finances et ses fonctionnaires aient donné si peu de précisions à ce sujet, mardi, souligne à gros traits que la promotion des technologies vertes, qui sont immédiatement applicables, est loin de constituer une priorité pour ce gouvernement. L'absence d'envergure et de vision d'avenir parmi les conservateurs, tout à leurs considérations idéologiques, est telle qu'on en vient à regretter que les urnes aient traité si méchamment Stéphane Dion et son plan vert. C'est dire.

Cette abscence de conscience écologique à Ottawa serait par ailleurs moins flagrante si, la veille de la lecture du budget fédéral, Barack Obama n'avait fait des gestes dénotant une ouverture d'esprit, un souci d'urgence autrement plus grand pour l'avenir de la planète. «L'Amérique ne sera pas l'otage de ressources déclinantes», a déclaré le président américain en annonçant vouloir soumettre, à partir de 2011, l'industrie automobile à des normes environnementales beaucoup plus sévères. «Le moment est venu, dit-il, de faire des choix difficiles.»

Fini le temps où Stephen Harper pouvait justifier sa conduite à droite en se réfugiant sous les jupes des États-Unis de George W. Bush. À ne pas le reconnaître, et à proposer aux Canadiens des remèdes qui relèvent d'une autre époque, celle de la révolution industrielle, le premier ministre isole le Canada sur la scène internationale. Ou, plus précisément, s'isole lui-même: se ralliant à la norme phare de la Californie en matière de lutte contre la pollution automobile, Barack Obama vient du coup d'imposer une tendance lourde à laquelle les Canadiens devront, à terme, s'ajuster...

Michael Ignatieff n'a pas osé, hier, défaire le gouvernement. Si ce n'est que pour cette raison, la façon dont ce budget ne s'attaque pas aux défis environnementaux lui donnait, par principe, d'amples raisons de le faire.

gtaillefer@ledevoir.com

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