Le budget Flaherty - Avantage aux conservateurs

Mauvais budget que celui déposé par le ministre des Finances, Jim Flaherty. Les déçus sont nombreux. Certains parce qu'ils n'y trouvent pas les mesures souhaitées. D'autres en raison des orientations davantage tournées vers le passé que vers l'avenir qui ont inspiré ce document. Le gouvernement Harper aurait pu faire mieux.

La logique voudrait que l'on rejette un tel budget s'il est si mauvais, ce que ne fera pourtant pas le Parti libéral malgré les critiques très sévères qu'il porte sur lui. Mieux vaut ce mauvais budget que pas de budget, a conclu son chef, Michael Ignatieff, qui a bien compris qu'il serait vulnérable aux critiques s'il défaisait le gouvernement Harper à l'occasion du vote qui sera pris lundi prochain.

Une défaite du gouvernement retarderait inévitablement l'adoption des mesures de stimulation économique dont le Canada a besoin. De quelques semaines si la gouverneure générale invitait l'opposition à former un gouvernement de coalition. De quelques mois si elle appelait de nouvelles élections.

Dans un cas comme dans l'autre, le Parti libéral se verrait accuser d'être responsable d'une aggravation possible de la crise économique, accusation dont il aurait d'autant plus de difficulté à se défendre que le budget d'un éventuel gouvernement Ignatieff ne serait guère différent, à bien des égards, du budget Flaherty. Probablement aurait-il été mieux ciblé et plus vert. Peut-être n'aurait-il pas accordé des baisses d'impôts aussi généralisées, mais pour le reste, il y aurait eu de nombreuses similitudes puisque le budget conservateur est à bien des égards un budget libéral. Tout ça pour si peu, se serait-il fait dire.

Michael Ignatieff demande à ses députés de voter ce budget sans toutefois chercher à le modifier. Avec l'appui des autres partis d'opposition, il pourrait demander d'en bonifier certains éléments pour, par exemple, élargir l'accès à l'assurance-emploi plutôt qu'allonger de cinq semaines les prestations, comme le propose le gouvernement. Mais le chef libéral ne veut prendre aucun risque. Malgré ce qu'il dit, il ne veut ni devenir inopinément premier ministre demain matin, ni plonger le pays dans de nouvelles élections.

D'un point de vue strictement partisan, la décision du chef libéral est sage. Il n'a pas plus les moyens que Stéphane Dion de braver le gouvernement. Le travail de réorganisation de son parti ne fait que commencer et il a besoin de temps. Comme lui, il se défile, mais il réussit à le faire en affichant une assurance qui faisait défaut à son prédécesseur. Il met le gouvernement en probation en exigeant de lui des comptes périodiques sur la mise en oeuvre des diverses mesures budgétaires. Il assure que le moment venu, il le défera. Reste à savoir si les conservateurs ont vraiment peur du nouveau chef libéral. Pour l'instant, ils ont remporté ce premier affrontement. Comme on le dit au tennis, c'est avantage au gouvernement Harper.

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