Budget fédéral - Sauver le passé !

S'il apparaît évident que le budget présenté hier par le ministre Jim Flaherty est à l'opposé des intentions manifestées dans son énoncé économique du mois dernier, une autre évidence saute aux yeux, c'est que l'Ontario sort grand gagnant d'un exercice qui risque de ne mener nulle part.

Quel revirement spectaculaire! C'est donc largement pour éviter de perdre le pouvoir que M. Harper et son ministre des Finances ont présenté un feu d'artifice de mesures dont le coût total atteindra au moins 18 milliards cette année et 15,5 milliards l'an prochain. En ajoutant le manque à gagner causé par la baisse des recettes fiscales, le déficit devrait atteindre 34 milliards en 2009 et 30 milliards en 2010. Pas mal pour un budget que l'on nous promettait équilibré!

Le programme majeur de ce budget, réclamé par tous, est évidemment celui des infrastructures, auxquelles Ottawa consacrera 12 milliards, qui s'ajouteront à ce que les provinces ont déjà annoncé. Autres dépenses de programme importantes, mentionnons l'aide au logement social, à l'agriculture, à l'industrie touristique et à l'exploration minière.

Pour les chômeurs, on ne bonifiera pas les conditions d'admissibilité, comme le réclamait le monde syndical, mais on prolongera de cinq semaines la période de prestations. On augmentera aussi de façon importante le budget alloué au recyclage de la main d'oeuvre.

Les PME seront exemptées de l'impôt sur leurs profits pour les premiers 500 000 $ au lieu de 400 000 $, et les plus grandes entreprises bénéficieront des réductions déjà annoncées précédemment. De plus, toutes pourront déduire plus rapidement le coût d'achat d'équipements.

Les particuliers aussi auront droit à un petit coup de main grâce à une légère réduction d'impôt et à la création d'un programme d'encouragement à acheter une première maison ou à rénover celle qu'ils ont déjà, même si l'absence d'harmonisation avec le programme québécois rendra l'exercice kafkaïen.

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Cela dit, ce budget présente d'énormes défauts. Le plus fondamental, c'est que l'injection d'argent neuf sera nettement insuffisante pour relancer la consommation et l'investissement. Beaucoup trop d'argent ira au seul soutien consenti à l'industrie de l'auto, essentiellement concentrée dans le sud de l'Ontario et dont on sait bien qu'elle aura rétréci comme une peau de chagrin d'ici cinq ans. Beaucoup trop d'argent aussi sera consacré à l'aide à Bay Street et aux sociétés de crédit qui financent l'achat et la location de bagnoles. Comme si la relance de notre économie tenait avant tout à la décision des consommateurs de changer de voiture! Pourquoi cela, sinon pour attirer des votes en Ontario, le champ bataille des prochaines élections?

En revanche, on n'a à peu près rien prévu pour encourager les secteurs d'avenir, rien non plus pour les énergies renouvelables dont les programmes d'aide se terminent cette année. Mais on va donner 350 millions à Énergie atomique Canada, aussi installée en Ontario, pour qu'elle développe un nouveau Candu alors qu'elle n'a même pas été capable de concevoir un petit réacteur de remplacement pour la fabrication d'isotopes médicaux. Et le comble, voilà qu'on annonce la création d'une agence de développement économique pour... le sud de l'Ontario, dotée d'un budget de départ de 250 millions!

Compte tenu du fait que la plus grande partie des sommes allouées aux programmes sera dépensée en fonction du nombre d'habitants et non des besoins réels, c'est l'Ontario qui retirera la part du lion du budget fédéral. Même au chapitre de la péréquation, Ottawa a modifié la formule de sorte que le Québec recevra un milliard de moins que prévu en 2009.

Oh! Il ne fait pas pitié, le Québec, puisqu'il recevra quand même 8,3 milliards, diront certains. Mais n'est-ce pas précisément parce que le Québec et les Maritimes sont depuis longtemps moins favorisés que l'Ontario en matière de structure industrielle qu'ils reçoivent de la péréquation? Qu'y a-t-il dans ce budget pour corriger l'écart, que ce soit par des transferts financiers ou des programmes de soutien aux secteurs d'avant-garde?

Voilà donc un budget conçu pour sauver les vieux meubles, et non pour préparer l'avenir. Un budget pour aider les secteurs en crise dans l'espoir qu'ils redeviennent le moteur de l'économie canadienne. Malheureusement, le calcul est mauvais et nous risquons d'en payer le prix.

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j-rsansfacon@ledevoir.ca

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