Retour aux communes - Coopération ou confrontation ?

Le sort du gouvernement de Stephen Harper se jouera ces prochaines heures. Aujourd'hui, le ministre des Finances présentera un «budget de crise» qui, s'il ne recueille pas l'appui d'au moins un parti de l'opposition, entraînera de nouvelles élections ou la mise en place d'un gouvernement de coalition. Conscient de l'enjeu, le premier ministre a tendu hier la main à l'opposition. Les mots ouverture, coopération et collaboration, rarement entendus ces derniers mois, résonnent maintenant dans tous les corridors du parlement.

Première étape du retour aux Communes après une pause de deux mois, le gouvernement conservateur présentait hier le traditionnel discours du Trône qui, pour être bref, n'en était pas moins éloquent quant à l'attitude nouvelle du gouvernement conservateur. Se livrant à un mea-culpa implicite, il multipliait les qualificatifs pour parler d'une crise économique «grave», «sans précédent», «qui empire», une crise dont il niait l'existence même en novembre et qui est aujourd'hui la priorité de ses priorités. Le contraste entre hier et aujourd'hui était tel qu'il faut se demander, comme l'a fait le chef libéral Michael Ignatieff, quel discours conservateur il faut croire.

La réponse à cette question ne fait pas de doute. Le vrai Stephen Harper est celui que l'on a connu ces dernières années. Il s'agit bien du Stephen Harper conservateur opposé à l'interventionnisme de l'État dans l'économie de marché. N'imaginons pas qu'il se soit converti aux vertus de cette doctrine en deux mois. La question est plutôt de savoir si, pliant à son corps défendant devant les pressions de l'opposition et de l'opinion publique, il tiendra ses promesses une fois la survie de son gouvernement assurée.

Poser la question est un peu y répondre. À court terme, l'intérêt des conservateurs est de s'assurer de l'adoption du budget pour qu'en cas de défaite du gouvernement, la gouverneure générale n'aille pas inviter le Parti libéral à en former un nouveau avec l'appui du NPD. Ce serait pour eux le pire scénario. Mais, passé ce moment, le naturel pourrait revenir au galop. À la première embellie, ils n'hésiteront pas à rechercher un affrontement avec l'opposition qui conduirait à des élections.

Au-delà des partis d'opposition, ceux à qui ministres et députés conservateurs s'adressent depuis quelques jours sont les Canadiens. En dévoilant morceau par morceau le contenu du budget, comme ils l'ont fait depuis jeudi, ils cherchent à convaincre l'opinion publique que ces mesures sont celles qui étaient attendues et faire ainsi pression sur l'opposition pour qu'elle vote ce budget.

Habile stratège, le premier ministre Harper cherche à prendre l'opposition à son propre jeu, la mettant devant l'alternative suivante. Soit elle donne son appui à un budget de stimulation économique qui répond à ses revendications, soit elle le rejette. Dans ce cas s'ensuivrait la formation d'un nouveau gouvernement ou la tenue d'élections, ce qui retarderait de plusieurs semaines, voire de quelques mois, l'adoption d'un plan d'action économique.

Le Bloc québécois et le NPD ont d'emblée choisi de voter contre ce budget. Ils ont perdu toute confiance dans le gouvernement conservateur. Pour sa part, le Parti libéral mesure le risque qu'il y aurait à être considéré comme le responsable de l'aggravation de la situation économique parce qu'il aurait inscrit le gouvernement aux abonnés absents à un moment crucial. Il pourrait y perdre beaucoup, alors qu'il vient tout juste de se donner un nouveau chef, dont la popularité est pour le moment un phénomène instantané. Personne ne perd de vue les prochaines élections. Chez les uns comme chez les autres, difficile de dire ce qui vient en premier, les intérêts du parti ou ceux du pays.

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