Faillite de l'Islande - Nation en solde

L'Islande, royaume des Vikings du Grand Nord, est en faillite. Après avoir nationalisé les banques l'automne dernier, après avoir été secouru par le FMI à la onzième heure, voilà que le gouvernement vient de démissionner sous la pression de la population qui a manifesté et qui continue de manifester sa colère pour la première fois depuis... 1949! Signe d'un temps dominé par les angoisses économiques, des affrontements parfois violents entre policiers et simples mortels ont eu lieu en Estonie, en Lituanie ainsi que dans le sud de l'Espagne. Mais revenons à l'Islande.

La population de ce pays est plus ou moins égale à celle de Québec avant les fusions. Et alors? L'endettement de l'État islandais a atteint le chiffre gigantissime de 70 milliards de dollars américains. Soixante-dix milliards pour 300 000 habitants! À ce niveau, on n'est pas confronté à un fait strictement financier ou économique, mais bien à l'absurde. À la folie, des grandeurs il va sans dire. Dit autrement, le ménage islandais est le plus endetté du monde occidental, plus que le ménage britannique et davantage que l'américain ou l'espagnol.

Il en est ainsi parce que cette nation a été dirigée de 1991 à 2004 par David Oddsson avant qu'il ne devienne gouverneur de la Banque centrale en 2005. Évidemment, il n'est pas le seul responsable de cette déconfiture qui fait mal jusqu'en Allemagne, aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne. Mais bon... En deux mots, Oddsson ne jurait que par Milton Friedman, le champion des monétaristes, et Margaret Thatcher. Tout cela pour souligner qu'il a privatisé à tout va avant de permettre aux établissements financiers de l'Islande de faire tout ce qu'ils avaient envie de faire. Oddsson était un fanatique du laisser-aller intégral, de l'économie casino. Bref, il était à l'image de Perrette et de son pot de lait.

Le hic, le problème, c'est que la dette islandaise est détenue principalement par 150 municipalités anglaises et hollandaises, des banques allemandes ainsi que par des fonds d'investissement américains et italiens. Dans cette histoire, on retiendra que le Royaume-Uni, très remonté contre l'irresponsabilité d'Oddsson et consorts, a invoqué une disposition de la loi contre le terrorisme pour saisir tous les actifs islandais situés en Angleterre.

Cette tragédie a ceci de révoltant que les économistes du FMI avaient mis en garde le gouvernement islandais en spécifiant, il y a deux ans de cela, que le système bancaire exploserait à moins de séparer les banques commerciales des banques d'affaires. Bref, tout le monde savait que l'Islande était une bulle sauf ceux évidemment qui ont décidé d'appliquer sa recette. On pense notamment aux pays baltes. Faute d'avoir écouté la raison, c'est le cas de le dire, l'économie islandaise a éclaté en mille morceaux. Et ce, parce qu'un chef de gouvernement et ses ministres ont cru voir de la rationalité là où il n'y avait qu'incohérence.

À voir en vidéo