Crise politique à Ottawa - Feue la coalition?

Le 27 novembre dernier, le gouvernement Harper présentait un énoncé économique teinté de rose. Son refus de s'attaquer immédiatement à la crise économique avait amené l'opposition à se coaliser pour défaire les conservateurs. La crise politique qui s'ensuivit se dénouera mardi prochain, le 27 janvier, avec la présentation d'un budget qui, espèrent ces derniers, leur assurera la confiance du Parlement.

Les deux mois écoulés depuis ce fameux 27 novembre auront fait toute une différence. En novembre, le ministre des Finances, Jim Flaherty, prévoyait pour les deux prochaines années de légers surplus budgétaires obtenus grâce à de sévères compressions de dépenses. Préserver l'équilibre budgétaire lui paraissait plus important que stimuler l'économie. Mardi, il présentera un budget contenant un bouquet de mesures économiques soutenu par un déficit de 34 milliards.

Le changement de cap est radical. N'eut été de la réaction de l'opposition, on peut croire que les conservateurs n'en auraient pas fait autant que ce qu'ils préparent. La peur de perdre le

pouvoir aux mains de la coalition les aura convaincus de mettre de côté leur opposition idéologique à tout interventionnisme étatique dans l'économie.

Les conservateurs sortiront victorieux de cette crise si, comme on s'y attend, les libéraux de Michael Ignatieff appuient ce budget. Victorieux, mais considérablement affaiblis. L'énoncé économique du 27 novembre a été un dérapage de première. Faute impardonnable, ils ont sous-estimé l'état de l'économie canadienne et se sont montrés insensibles aux difficultés vécues par les victimes de la crise financière et de la crise économique. Plus grave encore, ils ont, par la provocation aussi inutile qu'insensée que constituait l'abandon du financement public des partis politiques, conduit l'opposition à proposer la formation d'un gouvernement de coalition. Leur crédibilité est irrémédiablement entachée.

La formation d'une telle coalition aura été une première dans l'histoire politique canadienne. Les circonstances inédites qui y ont présidé ne sont pas près d'être réunies à nouveau. Si de fait le budget de mardi est adopté, ce sera la fin de cette coalition dont l'existence aura cependant changé bien des choses. Tout particulièrement, elle aura démontré au gouvernement Harper que les trois partis d'opposition sont en mesure d'agir de façon concertée. Finie donc l'époque où les conservateurs se comportaient en gouvernement majoritaire, usant de votes de confiance à répétition pour faire plier leurs adversaires. Déjà, le premier ministre a reculé sur son intention pourtant clairement annoncée de transformer en vote de confiance l'adoption de ses projets de loi en matière de justice et de criminalité.

L'effet le plus notable de cette coalition se trouve cependant au Parti libéral. Métamorphosé, ce parti manifeste désormais une pugnacité qu'on ne lui connaissait plus depuis deux ans. Après avoir plié, plié et encore plié devant le Parti conservateur durant tout le premier mandat de Stephen Harper, les députés libéraux ont compris, à la suite de la défaite du 14 octobre, qu'ils devaient se tenir debout sans quoi ils risquaient de perdre toute crédibilité. Leur chef, Stéphane Dion, a fait ce qu'il fallait en prenant la tête de la coalition que le NPD lui proposait. Il a aussi fait le bon geste en cédant rapidement sa place à un nouveau chef doté de l'autorité nécessaire pour conduire la coalition.

L'arrivée de Michael Ignatieff à la tête du Parti libéral est un facteur de changement important. Face à Stephen Harper, il n'a pas à porter le poids de la défaite, contrairement à Stéphane Dion. Il marque aussi une rupture avec l'héritage des Pierre Trudeau et Jean Chrétien. Là encore, il ne porte pas, comme son prédécesseur, le poids du passé puisque venant d'un tout autre horizon que le militantisme partisan.

Aujourd'hui, le Parti libéral apparaît comme la seule solution de rechange possible à ceux qui croient qu'il faut chasser les conservateurs du pouvoir. Même le NPD et le Bloc québécois lui ont donné leur aval en en faisant l'élément clé de leur coalition. Un aval que lui a aussi accordé cette semaine la FTQ, pourtant proche du mouvement souverainiste. Son président, Michel Arsenault, a dit voir en Michael Ignatieff le plombier dont le Canada a besoin. Celui-ci ne veut pas se presser vers des élections, sachant trop bien que son parti demeure dans un état déplorable. Le premier ministre Stephen Harper ne devra pas se méprendre sur l'appui que lui donneront vraisemblablement les libéraux mardi. Ce qu'il obtiendra ne sera qu'un sursis.

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