Banques irlandaises - Fin de mirage

La nationalisation d'une des principales banques irlandaises confirme, comme si besoin était, que le miracle irlandais fut en réalité un miroir aux alouettes. Ex-chouchou des chroniqueurs économiques, cette nation pointe aux abonnés absents. De quoi? La croissance. Plus exactement, le pays est au bord de la faillite, ainsi qu'en témoignent les revers de fortune, les fermetures d'usines et leur cohorte de mises à pied.

Depuis le début de la crise, l'Irlande a ceci d'intéressant qu'elle est presque toujours la première. Elle a été la première à être en récession; la première à venir au secours des banques en injectant des milliards dans l'espoir de décrisper la circulation de capitaux; la première à entrer dans le capital des banques; la première à nationaliser. Cette cascade d'épreuves est largement attribuable au pari économique fait par les gouvernements de ce pays, soit favoriser la préséance du couple immobilier-finance dans le paysage économique.

Conséquence de cette politique, les ménages irlandais ont emprunté jusqu'à plus soif. À preuve, leur taux d'endettement est passé de 64 % à 153 % en dix ans. Le pire, c'est que l'exemple irlandais a été imité par d'autres pays européens. On pense notamment à la Grèce et surtout à l'Espagne, que les agences de notation, les Moody's de ce monde, viennent de décoter.

L'Irlande ayant décidé de faire le saut, pratiquement tous les membres de l'Union européenne étudient à leur tour la nationalisation totale, complète, de leurs banques, puisque l'acquisition partielle d'actions n'a pas porté les fruits escomptés. De ce qui transpire pour l'instant, les États propriétaires concentreraient les actifs intoxiqués par les subprimes de tous les établissements en question dans une société, pour les libérer de ce boulet.

La déchéance du système financier irlandais, vu la prépondérance que ce secteur avait dans la vie du pays, va avoir pour conséquence une contraction très prononcée du PIB (-4%) en 2009. En fait, de tous les pays occidentaux, l'Irlande va afficher la pire performance de l'année. Dans cette histoire, il y a, si l'on peut dire, une ironie. La nation demeure trop riche pour recevoir de l'aide financière de Bruxelles. Et alors? Si l'Irlande est passée de la nation la plus pauvre de l'UE lors de son entrée à la plus riche, c'est parce qu'elle a bénéficié des subventions européennes pour que son économie soit au diapason de la moyenne. Une fois la remise à niveau accomplie, l'Irlande n'a rien trouvé de mieux que d'envoyer dans les roses ses mécènes en multipliant les stimulants fiscaux dans le but d'attirer, entre autres, les fortunes du continent et du Royaume-Uni dans les coffres des banques... irlandaises.

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