La Joute de Riopelle

La sculpture La Joute de Riopelle, outrageusement négligée depuis 20 ans, connaîtra vraisemblablement, sous peu, des jours meilleurs: le gouvernement et le propriétaire de l'oeuvre, le Musée d'art contemporain, soutenus par les proches de la famille, ont prévu lui redonner vie en la relocalisant dans le Quartier international des affaires de Montréal. Le projet de mise en valeur du bestiaire, en discussion depuis deux ans, permettra non seulement de rendre justice à l'oeuvre mais aussi de la rendre accessible à un plus grand nombre de personnes. Mais ce projet rencontre une vive opposition de la part de résidants d'Hochelaga-Maisonneuve, qui se battent pour conserver l'oeuvre dans leur quartier. Ils font valoir que Riopelle est chez lui, là, à l'extrémité ouest du Parc olympique, non loin de l'aréna Maurice-Richard, un homme qu'il admirait, et à proximité d'un lieu qui a célébré les Jeux olympiques puisqu'il y célèbre le jeu, plus précisément le jeu du drapeau.

Malheureusement, l'oeuvre n'est pas accessible à l'heure actuelle, perdue dans une cour intérieure fermée au public. Il faut remédier à cette situation et donner à la sculpture l'espace et la visibilité auxquels elle a droit. Et force est de constater que la Régie des installations olympiques, responsable de l'entretien de l'oeuvre, a accordé beaucoup plus d'attention au béton de son stade qu'à l'artiste.


La colère de certains résidants d'Hochelaga-Maisonneuve, soutenus par des compagnons de la première heure de Riopelle, comme Pierre Gauvreau et Madeleine Arbour, est compréhensible: après avoir laissé l'oeuvre à l'abandon, voilà que les pouvoirs publics invoquent sa détérioration pour justifier sa relocalisation, à grands frais. Malgré cela, le projet de relocaliser la fontaine-bestiaire dans un endroit plus accessible est une bonne idée, qu'il faut mener à bien. Rappelons que l'entourage de Riopelle est tout à fait favorable au projet du Quartier international, l'oeuvre n'ayant été installée que temporairement au Parc olympique. Les informations dévoilées à ce jour permettent d'espérer que le déplacement de la sculpture se fera dans le respect de l'esprit qu'avait voulu lui insuffler l'artiste. On parle également de donner le nom de Riopelle à la place publique qui accueillerait le bestiaire.


Les opposants à ce projet de déménagement estiment qu'on enlève aux pauvres pour donner aux riches. Nous ne croyons pas qu'il s'agisse là du coeur du débat. Mais il reste que ces opposants sont habités par un légitime sentiment de dépossession. Et leur vigilance critique sera indispensable pour s'assurer, justement, que l'oeuvre ne soit pas dénaturée par une exploitation commerciale. Riopelle mérite mieux. Quant au gouvernement, il devrait se doter d'une politique de protection de l'art public. Et la respecter.