Un choix judicieux

La ministre d'État aux Finances, Pauline Marois, n'a pas mis de temps à choisir un successeur à Jean-Claude Scraire, président démissionnaire de la Caisse de dépôt et placement. Moins de deux semaines après que ce dernier eut annoncé son départ prochain de l'institution, le gouvernement a jeté son dévolu sur Henri-Paul Rousseau, l'actuel chef de la direction de la Banque Laurentienne. De surcroît, Mme Marois a aussi annoncé l'intention du gouvernement de revoir les règles de direction de la Caisse de dépôt, une autre très bonne nouvelle.

On a l'habitude de dire que la Caisse de dépôt et placement est le bas de laine des Québécois. En effet, c'est elle qui fait fructifier les dizaines de milliards qui lui sont confiés par une vingtaine de déposants, dont la Régie des rentes, le Régime de retraite des employés du gouvernement (RREGOP), la CSST, la Régie de l'assurance automobile et jusqu'au Régime de rente de l'industrie de la construction. N'étant pas ouverte au grand public, la Caisse n'a besoin que de 300 employés, sans compter ceux de son bras immobilier, pour gérer ces dépôts de 140 milliards de dollars.


Le choix d'Henri-Paul Rousseau comme président est tout à fait logique, même si cet économiste de formation, spécialiste des questions monétaires et président de la plus petite des sept grandes banques canadiennes, n'a aucune expérience dans la gestion des régimes de retraite ou des fonds d'investissement. Il est vrai que c'est une industrie bien différente du domaine bancaire, plus axée sur la gestion de portefeuille et pas du tout sur l'invention de nouveaux services pour satisfaire une clientèle de détail. Qu'à cela ne tienne, ce dont la Caisse de dépôt a le plus besoin à l'heure actuelle, c'est un chef au jugement sûr, capable d'orienter le développement de l'organisation dans un monde financier très turbulent.


À son habitude, la presse anglophone canadienne, celle de Montréal comme celle de Toronto, n'a pas manqué de rappeler, avec le fort accent anti-Québec qui devient la norme journalistique, l'appui de M. Rousseau au camp du OUI lors du référendum de 1980. Voilà, au contraire, une preuve de courage et d'engagement en faveur du Québec de la part d'un homme par ailleurs reconnu pour ses compétences et son pragmatisme en matière économique.


En annonçant la nomination d'Henri-Paul Rousseau, la ministre Pauline Marois a aussi promis l'étude prochaine de plusieurs des propositions de réforme lancées récemment par le président sortant, Jean-Claude Scraire. Comme nous le commentions plus tôt cette semaine, les administrateurs de la Caisse de dépôt doivent avoir les coudées franches pour diriger cette barque dans le respect des orientations du gouvernement, sans se sentir forcés de répondre aux moindres caprices du pouvoir. Les citoyens et les milieux d'affaires avec lesquels la Caisse de dépôt transige quotidiennement doivent pouvoir faire confiance au jugement des dirigeants sans avoir l'impression qu'ils sont des marionnettes entre les mains du gouvernement. La Caisse de dépôt est un puissant instrument de développement économique, mais compte tenu de son mandat premier, qui consiste à faire fructifier l'épargne qu'on lui confie, il lui faut se tenir à bonne distance du pouvoir politique.


Il est donc heureux d'apprendre que la ministre des Finances conduira des consultations à l'automne autour des propositions de M. Scraire, notamment quant à l'éventuel partage des responsabilités entre un président du conseil et un directeur général, en plus de la réduction de dix à sept ans de la durée du mandat du nouveau président-directeur général. Les règles parlementaires ne permettant pas de modifier la loi avant la prochaine session, il était donc souhaitable de procéder d'abord à la nomination du nouveau président. En agissant ainsi, on s'assure que la Caisse de dépôt et placement ne restera pas sans direction l'automne prochain, peut-être même plus longtemps si des élections étaient déclenchées à ce moment-là.