Première perte - Même Toyota !

Il est dans l'ordre des choses que des entreprises, les plus imposantes d'entre elles évidemment, déclarent parfois des pertes. Actuellement, le temps économique étant à l'orage on observe une cascade de nouvelles annonçant des bénéfices en berne. Mais Toyota...

Pour la première fois en 70 ans, soit depuis sa création, Toyota annonce que l'exercice financier en cours va se solder par l'inscription d'un revers de fortune dans ses livres. Dans le cas qui nous occupe, deux ou trois faits doivent être soulignés qui mettent en relief la portée symbolique de ce bouleversement. Jusqu'à présent, le constructeur nippon avait traversé deux chocs pétroliers, des récessions nord-américaines et d'autres asiatiques sans encombre. Contrairement à ses concurrents GM, Ford et consorts, Toyota alignait rendement après rendement.

Cette mésaventure découle d'une baisse plus violente que prévu des ventes aux États-Unis, premier marché de Toyota en dehors du Japon, et de la dévaluation du dollar. Présentement, la valeur de la monnaie américaine par rapport au yen est à son plus bas niveau depuis 13 ans. À cet aspect il faut en greffer un autre qui ne laisse pas présager un renversement de tendance à court ou moyen terme: le ménage américain est plus endetté que jamais. Bref, il ne dispose pas de moyens lui permettant d'acheter des produits Made in Japan ou Made in... Germany.

Oui, en Allemagne également, les échos qui nous parviennent de l'univers automobile sont empreints de dépression. Économique il va sans dire. Mercedes, Audi, BMW, Volkswagen et autres ont commandé un arrêt pur et net de la production. Aux quatre coins de l'Allemagne, le poids lourd de la zone euro, les usines sont donc fermées. Dans certains cas pour un mois, dans d'autres pour deux et peut-être davantage. Il en va de l'Allemagne comme il en va d'ailleurs du Royaume-Uni où la fabrication de X nombre de modèles a été stoppée.

Tout logiquement, ce phénomène a eu son lot de conséquences sur les fournisseurs, et non les moindres. Les géants de l'acier Arcelor Mittal, Rio Tinto et ThyssenKrupp ainsi que de la chimie, on pense à Dow Chemical, ont réduit de beaucoup leur production en l'accompagnant de mises à pied, parfois importantes, tant en Europe qu'en Asie. Résultat net des courses, si l'on peut dire, au Japon comme en Allemagne on révise les chiffres «officiels» à la baisse. Plus précisément, les gouvernements de ces puissances financières prédisent une contraction sévère de l'économie en 2009.

Au siège social de Toyota comme à celui de Mercedes ou de Honda ou encore de BMW, l'inquiétude est d'autant plus prononcée que le Japon comme l'Allemagne sont des champions de l'exportation. En ce qui concerne l'Allemagne, un facteur mérite une attention particulière: la part des exportations dans l'économie de ce pays est passée de 24 % à 47 % en quinze ans seulement. Et alors? Malgré les engagements déclinés par les chefs d'État lors du sommet consacré aux malaises que l'on sait, on assiste depuis peu à un retour en force du... protectionnisme. À Berlin, on estime que la réanimation du chacun pour soi risque d'avoir des effets pervers dépassant tout naturellement le strict cadre de l'économie.

Si le Brésil, l'Argentine, l'Indonésie ainsi qu'une ribambelle d'autres nations ont imposé des tarifs douaniers sur certains produits ou augmenté les taxes sur les biens importés, un pays retient particulièrement l'attention: la Russie. Au cours du présent mois, ce cher Vladimir Poutine a décrété une hausse de 35 %, des taxes sur les voitures étrangères afin de protéger le constructeur Lada. Toujours est-il que cette décision a excédé les travailleurs du port de Vladivostok, sur le Pacifique, pour lesquels le transit d'autos japonaises est essentiel.

Si lointain soit-il, ce dernier fait, cette colère exprimée par les débardeurs russes vaut son pesant d'or, car elle permet de s'arrêter à l'humeur qui habite tous les dirigeants européens et leurs homologues japonais. De quoi s'agit-il? Pratiquement tous les chefs d'État mettent une sourdine aux réformes sociales qu'ils avaient inscrites à leur agenda respectif parce qu'ils craignent comme la peste qu'en allant de l'avant sur ce front, le peuple, excédé à juste titre, par le marasme économique ne se soulève. En fait, à Berlin comme à Paris, à Madrid comme à Tokyo, on s'attend à ce que 2009 soit l'année de remous politiques particulièrement vifs. Hélas, trois fois hélas! il semble bien que le populisme ait de beaux jours devant lui.

À voir en vidéo