Élections québécoises - Un nécessaire contrepoids

Rarement campagne électorale aura si peu captivé l'attention des Québécois que celle déclenchée le 5 novembre par le premier ministre Jean Charest. Celle-ci arrive à son terme. Il faut, comme tous les électeurs, tirer nos conclusions.

Cette élection n'avait pas raison d'être, si ce n'est au point de départ la volonté du gouvernement Charest de profiter de circonstances favorables pour obtenir un mandat majoritaire. Le prétexte de la crise économique a fait long feu lorsque le premier ministre a présenté un plan de soutien à l'économie qui ne requérait nullement l'assentiment des partis d'opposition ou de l'électorat. Son gouvernement minoritaire avait toute la latitude requise pour affronter un ralentissement économique appréhendé.

Beaucoup d'électeurs ont réagi négativement à cette élection inutile et pourraient être tentés de punir le Parti libéral ou de s'abstenir de voter. Agir ainsi serait dévaloriser le processus électoral. Voter est un geste important qu'il faut poser en conformité avec ses convictions et ce que l'on croit être les meilleurs intérêts du Québec.

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Les partis d'opposition ont été pris au dépourvu par cette élection qui les a trouvés désorganisés et financièrement exsangues. Tout particulièrement l'Action démocratique, qui avait amorcé depuis quelques mois la descente aux enfers que l'on sait. Le talent de son chef, Mario Dumont, qui se déploie le mieux en campagne électorale, n'aura pas suffi à stopper celle-ci. Il ne pouvait en 30 jours remonter le cours des 18 derniers mois, alors que dans le rôle d'opposition officielle son parti avait été très décevant. D'aucune façon il ne pouvait prétendre être la solution de rechange au gouvernement Charest. L'ADQ a sans doute sa place à l'Assemblée nationale puisqu'elle représente un courant d'idées. Mais elle a encore besoin de faire ses classes.

Au lendemain de l'élection de 2007, il a fallu peu de temps au Parti québécois pour devenir, malgré sa deuxième place sur les banquettes de l'opposition, la vraie opposition officielle. Il ne pouvait en être autrement en raison de la qualité de sa députation et de l'expérience acquise au gouvernement. C'est là d'ailleurs que se trouve son meilleur argument: on peut trouver chez les candidats péquistes de quoi former un gouvernement tout aussi solide que l'actuel cabinet Charest. Il y a là des gens d'expérience et de qualité, tout particulièrement sa chef, Pauline Marois.

Le problème du Parti québécois dans cette élection est ailleurs. Il se trouve dans l'état général de ce parti qui, depuis la défaite de 2003, a évolué dans une sorte de no man's land idéologique. Le parti se cherche et, la campagne électorale nous l'aura démontré, il ne s'est pas encore retrouvé. En arrivant à la direction du parti à l'été 2007, Pauline Marois a pris acte des raisons de l'amer échec qui quelques mois plus tôt avait ramené le PQ à 1973 en matière de suffrages. Elle a mis de côté le «référendisme», retouché le modèle social-démocrate péquiste et choisi de défendre lors de cette campagne électorale un programme de bon gouvernement. À la différence de 1976, où la promesse de bon gouvernement avait porté le PQ au pouvoir, la souveraineté et les réformes ont été évacuées du discours péquiste d'aujourd'hui. D'où la déception manifestée par ses alliés naturels, comme les syndicats affiliés à la FTQ.

Ce déplacement du Parti québécois vers le centre de l'échiquier politique aura été une erreur dans la mesure où il lui a fallu partager cet espace avec le Parti libéral récemment campé au même endroit. On a ainsi vu libéraux et péquistes multiplier des propositions qu'on aurait pu croire écrites par la même main tant elles se rapprochaient. Et lorsque Pauline Marois arrivait à se distinguer, comme en santé, elle se faisait rappeler les erreurs passées des gouvernements auxquels elle a participé. Le PQ ne pouvait qu'avoir de la difficulté à marquer sa différence. Pauline Marois, inspirée par la crise politique au parlement d'Ottawa, a semblé se rappeler en ces dernières heures de campagne que la souveraineté est ce qui doit guider l'action de son parti, même et surtout en campagne électorale.

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Selon les sondages, les électeurs semblent enclins à vouloir reporter le Parti libéral au pouvoir. Ils ne le font toutefois pas avec enthousiasme. C'est là plutôt une sorte de passage obligé qu'on empruntera par défaut puisque les autres options proposées ne suscitent pas davantage d'enthousiasme. Dans le contexte économique actuel, ils optent pour le statu quo puisque ce qu'ils ont vu ces derniers mois de Jean Charest les a rassurés.

Les craintes que le chef libéral inspirait à l'élection de 2007 se sont atténuées. Ces 18 derniers mois, Jean Charest a gouverné tranquillement. Minoritaire est manifestement un état qui lui va bien et qui l'a bien servi. Reporté au pouvoir, poursuivra-t-il sur la même voie? S'en tiendra-t-il à son engagement de faire du soutien à l'économie sa seule priorité ou sera-t-il tenté de revenir à son programme de 2003 beaucoup plus à droite?

S'il est possible de croire que le Parti libéral peut assurer le gouvernement que les Québécois attendent en période d'incertitude économique, il ne faut pas pour autant lui accorder un chèque en blanc. Dans les circonstances présentes, il faut, au contraire, préserver un sain équilibre des forces à l'Assemblée nationale. Il faut une opposition forte. Ne l'oublions pas, un gouvernement n'est jamais aussi bon que lorsqu'il est talonné par une opposition vigoureuse. Si la tempête économique que l'on nous promet est forte, il faut surtout que le prochain gouvernement soit à l'écoute et s'appuie sur une volonté commune de tous les partis et de tous les acteurs sociaux.

Dans cet esprit, il ne faut pas craindre de voter pour des partis d'opposition qui sont capables d'apporter de nouvelles idées. Pour certains, le choix sera l'ADQ. Pour d'autres, Québec solidaire, qui mérite de faire élire un premier député à l'Assemblée nationale. Le meilleur choix demeure toutefois le Parti québécois, car lui seul peut être un contrepoids efficace au gouvernement. Lui seul peut être une solution de rechange aux libéraux. Lui seul défend avec la vigueur nécessaire l'avenir du Québec comme État national des francophones en Amérique du Nord. La crise politique qui sévit à Ottawa depuis une semaine constitue un rappel très clair que la place du Québec au sein du Canada reste toujours en suspens. Il ne faut pas croire que l'économie est le seul enjeu de cette élection.

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