Crise économique - Est-il déjà trop tard ?

La prorogation de la session à Ottawa entraîne le report non seulement du vote de défiance des députés à l'endroit du gouvernement, mais aussi de la présentation d'un plan de stimulation de l'activité économique, pourtant urgent.

Selon toute vraisemblance, les prévisions encore chaudes du ministère des Finances, qui nous annonçait un maigre 0,6 % de croissance pour cette année, et la moitié moins pour l'an prochain, sont déjà obsolètes. En réalité, le Canada pourrait devoir affronter une situation de décroissance qui se prolongerait au-delà de 2009.

C'est d'ailleurs cette perspective nettement négative qui amènera la Banque du Canada à baisser ses taux d'un autre demi-point de pourcentage la semaine prochaine, et de répéter le geste en janvier. Si tel est le cas, le taux de la Banque du Canada ne serait plus que de 1,25 % et peut-être même de 1 %, comme le prévoit la Banque Scotia. Une fois ce seuil atteint, la banque centrale aura perdu tout pouvoir d'influence sur les marchés, qui ont l'habitude de réagir par anticipation et non en réaction aux décisions des banques centrales.

Alors que selon la théorie économique des années Reagan et Bush, on abandonnait tout contrôle de l'activité économique à la banque centrale, se contentant de baisser les impôts des plus riches comme mesure de stimulation de l'investissement, la crise financière actuelle amène à remettre en question ce retrait volontaire des gouvernements du processus de régulation. Avec des taux d'intérêt proches de zéro, l'État doit prendre le relais des consommateurs et des entreprises en panne, sans quoi la dépression nous guettera. Or, qui dit dépression dit spirale descendante, puisque la baisse de la demande entraîne une chute des prix qui incite les consommateurs à retarder leurs décisions d'achat dans l'espoir de prix encore plus bas. Seule une injection massive de liquidités par l'entremise des dépenses publiques peut empêcher l'amorce d'une telle spirale.

La question qui se pose à l'heure actuelle n'est donc pas de savoir si Ottawa doit intervenir, mais s'il n'est pas déjà trop tard pour empêcher un tel mouvement destructeur d'entreprises et d'emplois.

En refusant d'agir à l'occasion de la présentation de leur Énoncé économique, la semaine dernière, et en prorogeant la session, hier, les conservateurs se comportent comme les disciples bornés d'une secte peu nombreuse mais très puissante parmi les économistes. Même dans les quelques mesures annoncées, telle l'augmentation des investissements en infrastructures, les conservateurs trouvent le moyen de retarder de deux ans les effets attendus en exigeant de procéder en PPP.

Selon certains, comme le financier Stephen Jarilowski, il faudra encore plus que les 30 milliards promis dans le plan de relance de la coalition PlC-NPD. Plus important encore que le montant lui-même, il faut qu'Ottawa intervienne rapidement et de façon ciblée pour maximiser l'impact d'éventuelles mesures sur la confiance des consommateurs et sur la croissance. Stephen Harper acceptera-t-il de prendre un virage aussi radical, qui l'obligerait à renier sa foi? On nous permettra d'en douter.

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