Plan Barroso - Les couacs de Bruxelles

À l'instar du gouvernement américain, ceux du Vieux Continent multiplient les plans de sauvetage. Dernier en date? Celui présenté ces jours-ci par la Commission européenne avec des semaines de... retard! Signe particulier? La faiblesse du montant accordé.

Au cours des six derniers mois, et seulement des six derniers, nos voisins immédiats ont volé au secours des banques comme de certains champions de l'assurance. Qui plus est, il est écrit dans le ciel qu'une fois installé à la Maison-Blanche, Barack Obama versera des milliards dans les coffres des constructeurs automobiles afin de leur éviter la faillite si cela n'a pas été fait d'ici là. Si les mécanismes inhérents à ces opérations n'avaient pas le raffinement souhaité par certains, il n'en reste pas moins que, sans elles, des cohortes de licenciements auraient été commandées.

En Europe, simultanément aux gestes effectués de ce côté-ci de l'Atlantique, les gouvernements des poids lourds de l'économie ont mené des campagnes financières plus ou moins analogues. Dans certains cas, comme en Allemagne, on a agi au coup par coup. Dans d'autres, on pense au Royaume-Uni, on a opté pour la nationalisation, en tout ou en partie, des institutions financières. Pas plus tard que vendredi, le 10 Downing Street a fait l'acquisition de plus de 50 % des actions de la Royal Bank of Scotland.

Pendant que les uns et les autres s'agitaient dans les couloirs de l'urgence, les dirigeants de la Commission européenne pointaient aux abonnés absents. Cette attitude est d'abord attribuable à la forte inclination de bien des mandarins de Bruxelles pour les Tables de la Loi revue par les chantres du libéralisme. Pour le commissaire à l'économie, tout déficit budgétaire dépassant les critères de l'Union est considéré comme un acte hérétique. Pour le commissaire du marché intérieur, toute volonté consistant à policer les institutions financières est tout aussi hérétique, même si c'est à cause des excès de ces dernières que nous en sommes là. Où donc? Dans le territoire du fiasco financier.

Il est remarquable de noter que c'est seulement après, et bien après, que le gouvernement américain est intervenu de concert avec la Réserve fédérale que le président de la Commission, le très libéral José Manuel Barroso, s'est réveillé. S'il est vrai qu'il n'a pas tous les outils politiques nécessaires à une sortie de crise ni la marge de manoeuvre financière, il n'en reste pas moins que sa fonction lui permet de faire bien davantage que ce qu'il a fait. Et...

Et qu'a-t-il fait? Le service minimum. Que l'on y songe: lors de la présentation de son plan, Barroso a souligné que la somme afférente était de 200 milliards de dollars. Or pas moins des 170 milliards de la somme totale proviennent des plans élaborés et annoncés par divers gouvernements. Ce détail rappelé, on comprendra aisément la réaction allemande. De Berlin, la chancelière Angela Merkel a fait savoir que, son pays ayant apporté sa contribution, elle n'en fera pas davantage. À moins évidemment que la situation ne se détériore au cours des prochaines semaines.

Dans une proportion imposante, une partie des 200 milliards sera allouée au soutien de l'industrie automobile pour une raison que l'on devine. GM, Ford et Chrysler étant quasi assurés d'empocher des subventions, les bonzes de l'automobile allemande et française ont demandé que Berlin et Paris en fassent autant. Leur argument était aussi classique qu'une tragédie grecque, soit le maintien de leur position concurrentielle.

À la décharge de Barroso, il faut mentionner que les profils économiques des membres de l'Union présentant des différences, parfois énormes, toute conception d'un plan comporte un coefficient de difficulté pas aisé à résoudre. Peut-être faut-il savoir que, l'industrie financière étant plus prépondérante au Royaume-Uni que sur le continent, le premier ministre Gordon Brown a travaillé en conséquence. La production de biens à forte valeur ajoutée caractérisant l'économie allemande, Merkel a naturellement concentré les aides dans cette direction.

Cela étant, même si Bruxelles ne dispose pas de tous les leviers permettant de réduire les échos négatifs de la crise en cours, il n'en demeure pas moins qu'elle en possède suffisamment pour remplir le rôle qui lui a été... assigné. Si Barroso et les commissaires n'ont pas été à la hauteur de leur tâche, ce n'est pas à cause d'un vice ou d'un défaut particulier, mais bien parce qu'ils croyaient que le marché allait résoudre le problème de lui-même et par lui-même.

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