Action démocratique du Québec - À droite toute

Arrivée deuxième lors de l'élection de 2007, l'Action démocratique pourrait terminer la présente campagne électorale en troisième place, avec un nombre de sièges à l'Assemblée nationale considérablement réduit. Pour éviter le pire, Mario Dumont tire dans toutes les directions, mais surtout à droite. C'est là qu'il peut marquer des points.

Partant défavorisé, le chef adéquiste a tout de même la chance dans cette élection de voir le Parti libéral de Jean Charest se déplacer vers le centre de l'échiquier. Ce parti est devenu tout ce qu'il n'était pas aux deux élections précédentes. Il est progressiste, voire parfois

social-démocrate. Il est nationaliste et, s'il le faut, défenseur de l'autonomie du Québec.

Les libéraux étant maintenant partisans de l'extrême centre, Mario Dumont a pour lui seul la partie droite de l'échiquier où il peut évoluer à sa guise. Et il ne s'en prive pas. Il reprend ainsi à son compte l'idée de la réingénierie de l'État, dont Jean Charest se faisait le champion en d'autres temps. Un gouvernement de l'ADQ reverrait le «modèle québécois». L'État prendrait une forme plus moderne, plus flexible et plus simple. D'entrée de jeu, il réduirait les dépenses gouvernementales de deux milliards, dont un milliard de subventions aux entreprises, et il abolirait les programmes et les ministères jugés non performants. Une plus grande place serait faite au privé, à commencer dans la propriété d'Hydro-Québec, dont une partie serait privatisée.

S'il le faut, Mario Dumont n'hésite pas aussi à renouer avec ses vieux discours de 2007 où il flattait les réflexes xénophobes sur le thème des accommodements raisonnables. Habile à exploiter les malaises sociaux, il a repris des mains de la Coalition pour la liberté en éducation le flambeau du retour de l'enseignement religieux à l'é

lture religieuse. Il décrit ce cours, conçu par ceux-là «qui se battent par toutes sortes de moyens détournés pour qu'il n'y ait plus d'arbres de Noël dans les classes», comme la négation de l'identité québécoise dont on gomme tous les repères.

Sa dénonciation ne vise rien d'autre que de rallier les parents catholiques, ou ultracatholiques comme les Bérets blancs, réunis au sein de cette coalition qui, depuis des mois, est en campagne contre ce cours avec l'appui de l'archevêque ultramontain de Québec, le cardinal Marc Ouellet. Mario Dumont dit ne pas vouloir le retour des cours de catéchèse, mais ce que réclame cette coalition est le retour des cours de religion à l'école. La différence est mince.

La campagne électorale ne fait que commencer. Il y aura d'autres occasions où le chef adéquiste cherchera à exploiter les sentiments des électeurs contre le pouvoir de l'État. Son slogan, «Donnez-vous le pouvoir», est une invitation à se rebeller contre ce qu'il appelle la «social-bureaucratie». Sauf que ce slogan est a contrario dans un contexte de crise économique où l'on attend de l'État qu'il soit davantage présent.

L'Action démocratique ne pourra s'imposer que marginalement en s'attaquant ainsi au rôle de l'État. Ce n'est pas sans raison que le premier ministre Jean Charest a repositionné son parti au centre, où se trouve la majorité. N'ayant ni programme cohérent ni équipe de candidats prête à assumer le pouvoir, le chef adéquiste n'a d'autre choix que de faire du mieux qu'il peut sur le terrain qu'il connaît le mieux. Peut-être saura-t-il ainsi préserver une partie des 41 sièges obtenus au scrutin du 26 mars 2007.

bdescoteaux@ledevoir.com
5 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 11 novembre 2008 03 h 15

    Le prochain "clip"...

    Mario Dumont étant reconnu pour son habileté et sa rapidité à formuler une analyse ou une critique sous forme de "clip", je suis tenté d'en propser un à ses amis: "Mario n'est pas à droite, il en dessous..."

  • Guy Fauteux - Abonné 11 novembre 2008 07 h 31

    Pertinente analyse

    C'est tellement plus facile de se pendre aux mamelles de l'etat que d'agir.
    En periode de crise investir dans les infrastructure est pour moi une mesure de droite a la Harper et centre droit a la charest.
    Fusionner des municipalites pour aider les syndicat, ralentir le developpement des grandes centrales hydroelectrique, creer des monstre etatique tel les garderies au lieu de remettre l'argent au parent, augmenter les impots de la classe moyenne , livrer aux syndicat le monde de la construction (dernier dommage en liste la machinerie de production),jongler avec l'idee de fonctionnariser l'exploitation des eoliennes ,implanter des tas de mesure tel le 1% en principe pour la formation des travailleur en realite pour subventionner les syndicats (regarder un talon de paie d'un travailleur de la construction il y as une disaine de deduction de ce type),donner des subventions aux entreprises pro-syndicale , ect sont bien des mesures de l'economie de gauche. Ce que le PQ excelle.
    Les individus ayant l'esprit d'entreprise (par exemple un type qui buche lui meme son bois et ou entretien lui meme ses logements ,garde eux meme un petit groupe d'enfant ,exploiter une tres petite ferme ,etc.)ont peu de choix.
    C'est peu etre en partie un peu l'explication du succes de l'ADQ dans le 450 dont je suis.
    Guy Fauteux

  • Martin Dubois - Inscrit 11 novembre 2008 07 h 59

    Drôle de comportement...

    J'ai longtemps pensé que Mario Dumont avait le potentiel pour devenir Premier Ministre. Mais depuis quelques années, certains indices ont commencé à m'indiquer que je l'avais surestimé. Sa façon de renier son OUI de 1995, son discours aplaventriste devant les gros bonnets de Toronto, ont révélé chez-lui un manque flagrant de cohérence et de sens politique.
    À l'époque, j'avais pensé qu'il était simplement mal conseillé. Puis il y eut l'embellie de 2007, et Mario a bien failli devenir Premier Ministre.
    Mais depuis, un phénomène inexplicable s'est produit. Plutôt que de se rapprocher du centre, l'ADQ a continué à se comporter comme un petit parti populiste de droite.
    Or, tous les partis se rapprochent du centre lorsque le pouvoir est à portée de main, même celui de Harper.
    Mais l'ADQ a refusé d'emprunter cette voie.
    Mario et ses plus proches partisans semblent définitivement surestimer la popularité de la droite au Québec. Et en contexte de crise financière, ils ne se rendent pas compte que les gens ont besoin de social-démocratie pour suppléer aux périls économiques.
    Ce qui m'amène à une seule conclusion : Dumont est plus dogmatique que les péquistes. (qui l'eut crû !)
    Au moment où le PQ, courageusement, écarte enfin de ses rangs les radicaux saboteurs et les obsédés de la ceinture fléchée, Mario Dumont s'enfonce dans la fange idéologique de l'extrême droite.
    Décidémment, Dumont a manqué le train. Par purisme idéologique, il a ruiné ses chances. Au fond, le seul qui n'a pas évolué est celui qui durant des années a accusé les deux vieux partis (PLQ-PQ) d'être figés.
    En réalité, M. Dumont, le dynosaure, c'est vous.

  • Roland Berger - Inscrit 11 novembre 2008 09 h 57

    Avancer en arrière

    Le soutien mutuel que s'accordent les Dumont et Ouellet rappelle les relations incestueuses entre Duplessis et les dirigeants catholiques de l'époque (dont j'ai réussi à oublier les noms). Une bonne chose au fond : les Québécois devront cesser de s'imaginer confortablement assis entre deux chaises.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario

  • Denyse Fyfe Dubois - Abonnée 12 novembre 2008 00 h 28

    Quelle analyse! Sur le bout des pieds...ne cassons pas d'oeufs!

    Bonjour,

    Je ne parlerai pas de l'ADQ puisque tous nos quotidiens à l'instar de TVA et la SRC l'ont expédié en enfer. Donc...

    Pour le PQ son tour est déjà en marche...

    On l'a bien vu depuis une semaine ; et le témoin a été relayé hier soir à Josée Boileau, qui n'y a pas été avec le dos de la cuillère à RDI, le réseau de l'unité nationale.

    Le tout au plus grand plaisir de John, qui siège à votre CA ; encore?

    ***

    En vous lisant, je pensais à Parisella et je me disais qu'il devait être très fier de lui!
    Il se disait avec très grande satisfaction que sa chirurgie sur Jean Charest est une réussite au delà de toutes espérances puisque même le Directeur du Devoir a consacré le succès de l'opération en ces mots :
    ..... ................« Ce parti est devenu tout ce qu'il n'était pas aux deux élections précédentes. Il est progressiste, voire parfois social-démocrate. Il est nationaliste et, s'il le faut, défenseur de l'autonomie du Québec. »

    Donc, en 18 mois il serait devenu tout à coup progressiste ; nationaliste et défenseur de l'autonomie du Québec!

    Excusez-moi de vous le dire, c'est plus fort que moi : vous errez lamentablement!

    Pourtant vous vous adressez à une clientèle avertie...

    Je ne comprends pas.

    Relisez les textes de vos chroniqueurs sur ces 18 mois - en oubliant puisque vous y tenez, "le laisser faire" et "toutes" les promesses non tenues du PLQ de 2003 à 2006 - et dites-moi que cela est compatible avec cette extraordinaire apologie?

    Quelle analyse! Sur le bout des pieds...ne cassons pas d'oeufs!

    Bonne senmaine,

    Jean-Renaud Dubois