Transition aux États-Unis - Le fil du rasoir

Actuellement, les États-Unis sont aux prises avec deux guerres, une crise financière et une dépression économique dont la faillite évoquée de GM symbolise l'ampleur, voire la violence. On l'aura deviné: la somme des défis auxquels Barack Obama est confronté est si imposante qu'elle l'oblige à gouverner dès à présent sans grignoter les prérogatives qui reviennent à l'actuel président. De mémoire, la transition en cours s'annonce la plus délicate qui soit depuis la Seconde Guerre mondiale.

La direction de General Motors a été formelle. Si l'État ne lui accorde pas un prêt se conjuguant avec milliards et non millions de dollars, alors elle n'aura pas d'autre choix que de fermer boutique au cours du premier trimestre 2009. Cette compagnie ayant trôné en tête des indices boursiers pendant des décennies, on imagine aisément combien cette annonce a dû aiguiser le sentiment d'angoisse des Américains que la débâcle financière avait réveillé il y a plus d'un an maintenant.

La détresse de GM à peine dévoilée, la majorité démocrate au Congrès s'est empressée de déposer une requête sur le bureau de celui qui est toujours secrétaire au Trésor, soit Henry Paulson. Pour faire court, les démocrates voudraient que ce dernier convienne que, la situation de GM étant catastrophique, il n'a pas d'autre solution que de signer un chèque à même les 700 milliards débloqués pour résoudre les problèmes des banques.

Sinon? Ils laissent entendre qu'ils mettront à profit la majorité dont ils disposent au Congrès pour voter dès cette semaine un plan de soutien en arguant du fait que l'on ne peut attendre que le nouveau président s'installe. D'après certains économistes, il y a effectivement urgence. Mais voilà, on sait que Bush et son entourage étant peu enclins à secourir les constructeurs automobiles, il pourrait fort bien user de son droit de veto et déchirer de facto la copie des démocrates. Car pour Bush et Paulson, la priorité des priorités reste la remise à flot du réseau bancaire.

Cet épisode a ceci de riche qu'il est plein d'enseignements sur les deux courants qui agitent actuellement le camp démocrate. Il va sans dire que, la victoire étant encore très fraîche, si l'on peut dire, les courants en question ne sont pas montés aux barricades pour s'affronter sur la place publique. Fait à noter, le débat qui se poursuit entre ces clans ne date pas du 4 novembre, mais remonte bel et à bien au début de l'année. Cela rappelé, quels sont-ils? D'un côté, il y a les gradualistes; de l'autre, les partisans des gestes faits au tout début de mandat par Franklin Roosevelt et Lyndon B. Johnson.

Les premiers souhaiteraient que Barack Obama n'agisse pas dans la précipitation même s'ils reconnaissent évidemment que l'économie, dans son ensemble, doit figurer en tête de liste de l'agenda présidentiel pendant des mois et des mois. Ils craignent surtout qu'en cautionnant une initiative des élus au Congrès à très court terme, Obama ne permette à Bush de lui infliger une défaite. Bref, ils veulent éviter le veto.

Au contraire, les seconds jugent que l'urgence dans laquelle se trouvent GM, Ford, Chrysler et les centaines d'entreprises qui en dépendent est à la fois si réelle et ample qu'elle commande une action rapide. Ils voudraient qu'une bouffée d'oxygène financière soit allouée à ces constructeurs avant qu'Obama soit à la Maison-Blanche. Autrement dit, ils la veulent pendant la période de transition pour que...

Pour qu'une fois le passage de relais entre Bush et Obama effectué, ce dernier et le Congrès s'attellent à imposer un rythme législatif analogue à celui que Johnson avait imprimé en son temps. Ils veulent reconstruire rapidement ce que Bush a détruit en huit ans. En clair, ils entendent s'attaquer aux problèmes de l'éducation, de la santé, de l'énergie et de l'environnement dès le début de l'année prochaine. Et ce, on insiste, simultanément.

Pour l'heure, la seule nomination connue est celle de Rahm Emanuel au poste éminemment influent de directeur de cabinet. En choisissant un homme qui connaît bien les arcanes de Washington — il siège toujours à la Chambre des représentants —, Obama montre qu'il a tiré des leçons des couacs qui avaient distingué les premiers mois de Bill Clinton et même de Bush Jr. Parce qu'ils étaient gouverneurs et non sénateurs, ces derniers avaient amené avec eux des personnes qui manquaient cruellement d'expérience au niveau fédéral. Mais en choisissant un homme réputé pour être abrasif, Obama révèle qu'il a opté pour un préfet de discipline.
2 commentaires
  • Jacques Morissette - Inscrit 10 novembre 2008 07 h 34

    Les entreprises et les filets de sécurité gouvernementaux, une solution qui devrait être temporaire.

    GM, le problème avec les grosses entreprises, ce sont les filets de sécurité. Une entreprise normale, c'est-à-dire sans filet de sécurité gouvernemental, doit s'adapter au marché si elle veut survivre. Elle doit regarder le film évolutif du marché par rapport à ses produits et user de son imagination quant à ses possibilités d'adaptation relatives à ses produits et aux contraintes du marché.

    Quand une entreprise est devenue grosse au point de penser, presque, que c'est au marché à s'adapter à elle, alors là il y a un gros problème d'adaptation au marché. Dans un même ordre d'idées, Darwin parlerait probablement d'adaptation au milieu de l'entreprise. Il y a un autre problème aussi. C'est que souvent ces grosses entreprises sont souvent gérées non pas par les fondateurs mais plutôt par des héritiers gestionnaires, en quelque sorte.

    Ces héritiers gestionnaires, qui ont souvent des salaires à couper le souffle, les empêchent d'autant plus de voir venir le marché réel par rapport à l'évolution de l'entreprise. C'est là qu'entre en jeux les filets de sécurité sociaux, gouvernementaux, pour maintenir en vie l'entreprise à l'aide d'un respirateur artificiel. Bien entendu, quand un gouvernement accorde de l'aide financière à ce genre d'entreprise en difficulté, ça rend les gestionnaires et les travailleurs heureux du dénouement. Mais ça ne doit faire qu'un temps.

    Je pense qu'un gouvernement responsable devrait non pas seulement aviser, mais sommer l'entreprise aidée à bien faire ses devoirs afin de trouver des solutions adéquates et s'adapter de façon réaliste au vrai marché. Socialement parlant, quand un gouvernement accorde de l'aide à des entreprises en difficulté, le geste est noble. Mais ça ne doit pas se faire de façon quasi systématique, sinon ça donne l'impression que ces entreprises maintiennent quasi en otage les gouvernements quant à leur existence à faire travailler du monde.

    Un gouvernement qui plie l'échine devant ce genre d'entreprise ne l'aide pas vraiment au fond, à long terme. Elle ne fait qu'éteindre le feu, en quelque sorte, de l'instinct de survie de l'entreprise. Afin de mieux s'adapter au marché, les entreprises devraient aussi sensibiliser les travailleurs à mettre l'épaule à la roue. À noter cependant que c'est d'autant plus difficile à faire pour ces entreprises, quand l'entreprise en question ne cherche qu'à les exploiter.

    Petite parenthèse, beaucoup de dirigeants, de par leur statut, aiment bien sentir que les employés les respectent. Mais ça devrait se faire dans les deux sens. Sur ce plan, je ne comprends pas les si grandes différences de salaires entre les uns et les autres. Je pense que tout le monde a à assumer une certaine part des responsabilités. Bien entendu que les dirigeants en ont beaucoup plus à prendre sur leurs frêles épaules.

    Mais ça ne m'explique pas les aussi grandes différences de salaires, dans certains cas. Notamment, certains PDG surtout qui ont parfois des salaires qui dépassent l'entendement, et cela la plupart du temps indépendamment des performances de l'entreprise. Ce genre de chose n'est certainement pas pour aider la survie d'une entreprise en détresse. Bref, il y a souvent un grand manque de dynamisme dans ces entreprises en détresse. Qui devrait s'occuper de crever l'abcès.

    JM

  • André Brière - Inscrit 10 novembre 2008 14 h 33

    Bush l'exterminator

    Il est clair come de l'eau de roche que Bush va s'oposer à renflouer l'industrie automobile car ça ne lui rapporte rien à lui personellement.

    Il préfère de loin finacer le système bancaire qui lui continue de subventionner et preter à long termes les pétrolières (qui font des profits scandaleux chaque année) ça c'est du Bush de la pire espece puisque il est impliquer dans le pétrole avec son chum Ben Laden jusqu'à la moelle.

    Donc il s'en mets et veut encore s'ent mettre plein les poches, car pauvre de lui il n'avoir qu'une petite allocation de retraite hahahaha.

    André Brière