Shame on you!

Le débat sur le port du kirpan à l'école a provoqué beaucoup de remous dans le milieu scolaire. Et ce débat est loin d'être clos puisque le ministre de la Justice, Paul Bégin, a décidé de porter en appel une décision récente de la Cour supérieure permettant à un étudiant de porter son kirpan pourvu que celui-ci soit enveloppé dans un étui protecteur.

On peut ne pas être d'accord avec la décision du gouvernement de poursuivre un débat qui a déjà passablement perturbé la vie de l'école Sainte-Catherine-Labouré, dans l'arrondissement LaSalle. Mais est-il pour autant justifié de conclure à l'intolérance du gouvernement québécois? Faut-il, par extension, conclure que les supporteurs du Parti québécois et vraisemblablement plusieurs autres n'acceptent pas que les minorités expriment leurs différences? C'est pourtant ce que conclut The Gazette dans une chronique publiée hier.


Le quotidien anglophone a déjà souhaité que le gouvernement du Québec s'inspire des jugements rendus ailleurs au pays, notamment en Ontario, où l'interdiction de porter le kirpan à l'école fut renversée par les tribunaux. Fort bien. Mais est-on intolérant parce qu'on tient à interdire toute forme d'arme à l'école, kirpan ou autre? Selon The Gazette, il semble que oui. Les glissements de la chronique commise hier par Don MacPherson conduisent le lecteur à déduire que les Québécois sont intolérants. Il est de notoriété publique que le quotidien anglophone ne peut souffrir les souverainistes, mais faut-il pour autant entretenir les préjugés les plus grossiers à leur égard? C'est ce que fait The Gazette. Avec de tels raccourcis, ne nous demandons pas pourquoi les deux solitudes restent ce qu'elles sont! C'est de bonne guerre, diront certains. Chaque quotidien défend son idéologie, quitte à forcer la note, à fermer les yeux sur tel ou tel détail. Mais que penser lorsqu'on assimile le Québec à Little Rock, en Arkansas, où, en 1957, une foule en délire, menée de surcroît par le gouverneur de cet État, avait empêché neuf enfants noirs d'entrer dans une école, comme ce fut le cas dans une précédente chronique du même journaliste, commise le 20 avril dernier?


Soyons clairs: tout le monde s'entend pour dire que les menaces verbales qu'un groupe de parents a proférées le mois dernier contre le jeune au centre de la controverse du kirpan n'étaient pas seulement disgracieuses: elles étaient honteuses. Ces manifestations n'ont reçu aucun appui officiel, ni au niveau local ni au niveau provincial. Il ne s'agit surtout pas de dire que tout est parfait, bien au contraire. Mais tant de mauvaise foi dépasse les bornes et sombre à son tour dans l'intolérance et le mépris à l'endroit des francophones. Shame on you!