Collégial - À chacun sa tâche

À quoi au juste se résume la tâche d'un enseignant de cégep? À la fois technique, philosophique et politique, la question divise encore les directions de collège et les syndicats d'enseignants, les uns reconnaissant une tâche complexe et diversifiée, les autres dénonçant une surcharge de travail.

Hier matin, les membres des trois syndicats d'enseignants de cégep de la province ont manifesté devant les collèges afin de dénoncer l'indifférence du gouvernement à leur endroit. La répartition des sommes issues des transferts fédéraux et dévolues aux cégeps les indispose: ils auraient souhaité que, de ces 75 millions versés aux collèges, un montant plus imposant que les 10 % prévus soit destiné à l'enseignement. Ils accusent le ministère de l'Éducation d'avoir négligé la classe en laissant les cégeps financer des projets particuliers hétéroclites.

Deux visions s'affrontent, et ce n'est pas d'hier. Alors que les collèges font valoir des besoins de plus en plus variés et extérieurs à la seule salle de classe, les professeurs, eux, plaident pour un ajout de ressources, car ils crouleraient sous la tâche. Qui dit vrai?

Une enquête conjointe publiée en mars 2008 a reconnu qu'au fil du temps, la fameuse tâche s'était compliquée et diversifiée. La faune estudiantine n'est plus la même, les réalités du marché du travail ont changé, de même que l'environnement technologique, et c'est sans compter l'appareil administratif qui transforme souvent le professeur en un abonné de la réunion départementale.

Mais là s'arrête le consensus. Au-delà, patrons et enseignants jouent sur la sémantique. Les premiers vous diront que la tâche a «évolué» tandis que les autres gronderont qu'elle s'est plutôt «alourdie».

Il est difficile d'y voir clair. Et délicat d'appuyer la vision des uns pour dénigrer celle des autres. Entre les ragots, qui font de certains enseignants des nonchalants bienheureux, et puis la réalité, qui fait de la tâche du professeur un ensemble où cohabitent l'enseignement, la préparation des cours, l'encadrement et l'évaluation, un juste milieu existe, mais sur lequel on n'arrive pas à placer un chiffre.

Le comité conjoint avait pourtant promis un compte rendu quantitatif, qui renseignera sur l'évolution de la charge individuelle du professeur de cégep. Débarrassé de qualificatifs auxquels on peut faire dire ce que bon nous semble, le verdict sera chiffré. Ce document tarde à venir, mais il soutiendra assurément la prochaine négociation.

Car les syndicats n'ont dupé personne avec le tintamarre d'hier: en ciblant les transferts fédéraux, ils ont en réalité mis le pied dans ces prochaines négociations, qui se prépareront dès 2009. La tâche de l'enseignement, toujours et encore, trônera au coeur des tractations et des divisions.