Discrimination - Coup de fourchette

La Commission des droits de la personne a tranché: le cas du jeune Philippin mis à l'écart à l'école pour des manières de table inconvenantes n'a rien d'une manifestation raciste, mais relève entièrement d'un problème de comportement.

En avançant qu'elle ne dispose pas de preuves suffisantes pour évoquer la discrimination sur la base de l'origine ethnique, la Commission retient donc que cette «affaire», qui avait enflammé la région montréalaise au printemps 2006, en pleine tempête des accommodements raisonnables, ne tient en fait qu'à la plus courante des histoires d'école: un enfant turbulent qui dérange et que l'on sanctionne gentiment.

Luc, 7 ans, utilisait simultanément cuiller et fourchette pour se nourrir, s'empiffrant au grand dam de son éducatrice, qui le réprimanda. L'affaire en devint une lorsque le comportement de «clown» du jeune Philippin passa subrepticement d'une sanction pour manquement aux règles de bienséance à la condamnation d'une pratique

ethnoculturelle, les Philippins se nourrissant ainsi, avec les deux ustensiles.

Quiconque s'est approché de la faune scolaire un tant soit peu sait à quel point l'heure du dîner revêt des allures de tohu-bohu si une infinité de règles — et parfois trop! — n'encadre pas la gestion des repas. On a vu des services de garde imposer le silence pendant le repas, dicter le moment de boire par rapport à celui de manger. Doit-on s'étonner que l'on interdise les plaisanteries grossières à table afin d'éviter la débandade généralisée?

Hélas! Un de ces débordements qui meublent le quotidien d'un service scolaire a soudainement pris les allures d'un dénigrement raciste lorsqu'au lieu de condamner le comportement inacceptable d'un enfant pour ce qu'il était, on a glissé dangereusement dans les allusions discriminatoires. La Commission a rejeté l'essentiel de la plainte, mais elle note au passage, et ce n'est pas anodin, qu'une demande déplacée de l'éducatrice — «dans ton pays, se lave-t-on les mains avant de manger?» — renvoie à un motif de discrimination prohibé par la Charte, en l'occurrence l'origine ethnique et nationale.

Cette impasse vécue à la Commission scolaire Marguerite-Bourgoys ne reposait en rien sur un réel accommodement raisonnable. Mais elle nous renvoie à quelques malaises et à une crise des perceptions pas si lointaine. Bien que l'école ait été présentée comme un des terrains où l'accommodement se pratique le plus aisément et sans fanfare juridique, elle n'échappe pas au risque de déraper sur des perceptions que l'on prend injustement pour la réalité.

Cette commission scolaire sort-elle grandie de ce nouvel épisode? L'information, la pédagogie, les outils de communication, tout cela est indispensable pour éviter qu'un insipide trouble de comportement ne devienne une affaire nationale.
2 commentaires
  • Albert Descôteaux - Inscrit 6 octobre 2008 09 h 16

    pour une fois, le gros bon sens a primé

    Il faut cesser de prendre au sérieux ces plaintes ridicules de parents ou de citoyens qui crient au racisme ou à la discrimination au moindre commentaire de la part d'un "pure laine".

    Ainsi, dans un cas, le petit "de souche" se fait réprimander pour un comportement inapproprié et c'est acceptable, et dans l'autre cas, un petit "communauté culturelle" reçoit la même réprimande et c'est le drame, accusations de racisme, d'intolérance, etc. Un peu plus de fierté et d'assurance svp.

  • Frédéric Chiasson - Inscrit 6 octobre 2008 12 h 28

    En faire tout un plat

    Je ne comprends pas cet aspect du multiculturalisme qui suppose que tout le monde peut vivre de la manière qu'il le veut bien sans penser du tout aux réactions de ceux qui l'entoure. Nous vivons quand même en société. Chaque société a ses codes communs pour le savoir-vivre. Codes arbitraires peut-être, mais codes communs quand même... surtout pour le savoir-vivre à table !

    Et même si notre cher petit Philippin mangeait avec une fourchette et une cuiller à cause des moeurs de son pays d'origine, est-ce vraiment une raison de les imposer à sa garderie ? Il vit au Québec, c'est normal qu'il apprenne et respecte les coutumes de table du Québec.

    D'autres peuples rotent à table pour exprimer leur satisfaction par rapport à leur repas. Aimeriez-vous qu'il le fasse à votre table ? Bien sûr que non ! Si c'est bien vu ailleurs, au Québec, roter est une grossièreté et il serait courtois de le signaler aux gens qui ont cette coutume avant qu'ils choquent trop de gens (bien que j'imagine que la plupart d'entre eux sont assez perspicaces pour s'en être aperçu déjà!) À chaque pays ses coutumes, et lorsqu'on est ailleurs, il va de soi pour le nouvel arrivant citoyen de s'en informer. C'est en tout cas une politesse appréciée.

    Quand je vois ces accusations de racisme, je vois moins une demande d'ouverture à l'autre qu'une paresse à ne pas s'adapter à nos propres coutumes, surtout qu'ici on parle de coutellerie ! Franchement, qu'y a-t-il de si raciste à demander de manger avec une fourchette et un couteau ? L'éducatrice a dit «dans ton pays, se lave-t-on les mains avant de manger?» ? Gageons que c'est en réponse au jeune garçon qui s'imposait avec sa fourchette et sa cuiller en disant que c'est comme ça que ça se fait dans son pays. Doit-on en faire tout un plat ?