Parti conservateur - Des engagements minimalistes

Le premier ministre Stephen Harper a changé de discours depuis le début de la campagne électorale. Lui qui qualifiait d'improbable l'élection d'un gouvernement conservateur majoritaire reconnaît maintenant la chose possible et il souhaite ouvertement obtenir une majorité. Devant cela, il faut se demander ce que ferait son gouvernement pendant quatre ans.

La façon dont Stephen Harper mène cette campagne contraste fortement avec celle employée à l'élection de 2006. Il martelait alors le slogan «Changeons pour vrai» décliné en six thèmes: la responsabilisation, les possibilités, la sécurité, la famille, les communautés et le Canada. Son programme publié rapidement dans la première partie de la campagne se voulait la feuille de route de son éventuel gouvernement laquelle, on l'aura vu par la suite, fut suivie presque à la lettre et plutôt prestement.

Cette année, le chef conservateur agit à l'inverse. Son slogan, «Harper leadership 08», en fait le centre de la campagne, comme si sa personne tenait lieu de programme. Car de programme véritable, il n'y en a pas pour l'instant, sinon une vingtaine de communiqués de presse résumant autant des promesses faites au fil des jours.

Que trouve-t-on dans ces promesses? De tout pour tous! D'abord «un vrai plan pour l'économie», lequel se résume à une approche non interventionniste de l'État. Puis un petit ceci et un petit cela pour les personnes âgées (augmentation de 1000 $ de la déduction d'impôt en raison de l'âge), pour les familles (un crédit d'impôt pour les activités artistiques et des prestations de maternité pour les travailleuses indépendantes), pour la «nation québécoise» (la garantie de trois commissaires québécois au CRTC) et ainsi de suite. Suite dans laquelle se trouve entre autres choses le renforcement de la Loi sur les jeunes contrevenants.

Tous ces engagements visent à gagner l'appui de segments de l'électorat minutieusement ciblés. Leurs votes, ajoutés à la base traditionnelle de droite du Parti conservateur, rendront possible une majorité. Observons aussi que ces mesures sont toutes peu coûteuses et faciles à mettre en oeuvre. La très grande majorité pourraient être inscrites au budget de l'hiver prochain. Quant aux mesures législatives, elles pourraient être adoptées sans coup férir en quelques mois par des conservateurs majoritaires. En un an tout au plus, tous leurs engagements auraient été remplis.

Cela étant, il faut se demander à quoi un gouvernement conservateur majoritaire se consacrerait durant les trois autres années de son mandat. Voudra-t-il s'engager dans de grands bouleversements inspirés du Reform Party? Il y a des sujets que le premier ministre assure ne pas vouloir toucher, comme l'avortement. Mais il y a bien des choses qu'il pourra être tenté de faire. Aurait-il la légitimité d'entreprendre des réformes majeures, comme ouvrir le secteur névralgique des communications à la propriété étrangère ou encore privatiser une partie de Radio-Canada s'il n'a pas au préalable déclaré ses intentions? Beaucoup de Canadiens se lèveraient pour lui dire «je n'ai pas voté pour ça!».

Notre système parlementaire donne toute liberté à un gouvernement légitimement élu d'adopter les lois qui lui semblent bonnes. Stephen Harper donnerait-il libre cours à l'aile ultra du Parti conservateur ou voudrait-il donner plutôt une orientation modérément conservatrice à son gouvernement? Dans l'état actuel du débat électoral, on ne sait pas. Pressé par les partis d'opposition, il nous promet la publication demain d'un programme et d'engagements plus précis en économie. Si le tout doit être une synthèse des engagements minimalistes pris ces quatre dernières semaines, cela ne nous en dira pas plus sur la véritable feuille de route d'un gouvernement conservateur majoritaire. Il ne reste plus que quelques jours à M. Harper pour ouvrir son jeu. Il se doit d'être transparent.
6 commentaires
  • Pierre Poisson - Inscrit 6 octobre 2008 08 h 59

    Majoritaire ?

    Je ne sais pas ou Harper prend ces informations mais les conservateurs s'en vont vers la déconfiture, il y en a 2 dans mon entourrage qui prenaient pour Harper mais la de leurs aveux mêmes ils commencent eux aussi à ouvrir les yeux et découvrir que Harper est un reflet descendant de Bush.

  • Fernand Trudel - Inscrit 6 octobre 2008 09 h 34

    Faudrait aussi se demander la même chose du bloc

    Que va faire le bloc à Ottawa sauf de tenter de bloquer les initiatives du gouvernement et le plus souvent du temps ne pas avoir l'appui des libéraux.

    Ils vont retirer leur plantureux salaire fédéral pour chialer de tempe en tenmps et se promener dans leur comté. Ici, le député a animé plusieurs centaines d'encans chinois. Il a aussi été pêcher le saumon dans le pacifique avec son épouse sur le bras des contribuables. Voilà à quoi sert le député dans mon coin... A t'on besoin d'un dépuité pour animer des encans chinopis ou aller à la pêche dans l'ouest canadien ou pour décider pour faire avancer le Québec?

    Qui a proposé la reconnaisance de la nation québécoise ?

    Qui a permis au Québec d'être officiellement membre de l'UNESCO et d'exprimer sa différence sur le reste du Canada ?

    Qui a bonifié la péréquation de 50% des revenbus du pétrole alberatain et terre-neuvien ?

    Qui a versé en mars 2007 2,3 milliqards pour le déséquilibre d<fiscal ?

    Sûrement pas le bloc. Ils parlent encore contre même déjà voté et réalisé...

  • Pierre Rousseau - Abonné 6 octobre 2008 10 h 42

    On a les gouvernements qu'on mérite...

    Votre texte est peut-être un peu prématuré car il faudrait voir ce que le programme des Conservateurs va dire demain mais il y a une chose certaine, c'est que les Conservateurs, s'ils sont élus majoritaires, vont mettre en place leur plateforme qui émane de la droite continentale américaine et du Reform. C'est tout à fait légitime pour eux de faire ça et les gens ne pourront pas se plaindre de ne pas avoir voté pour ça s'ils votent Conservateur.

    Mais vous avez raison lorsque vous dites que notre système parlementaire leur donne la liberté de faire ça même si la grande majorité des Canadiens ne votent pas pour un programme de droite. Le système électoral est dépassé et ne reflète en rien la réalité du paysage électoral canadien. C'est ce système qui doit être changé et remplacé par un système électoral comprenant la proportionnelle. Malheureusement il ne faut pas compter sur le parti qui va gagner une majorité avec à peine 40% des voix... ce système l'avantage bien trop pour qu'il ait la décence de faire un tel changement.

  • Linda Hart - Inscrite 6 octobre 2008 14 h 21

    M. Trudel, les slogans et les lieux communs (x ième édition)

    M. Trudel, vous aimez M. Harper juste parce qu'il nous a fait la charité. Vous vous fichez éperdument que ce gouvernement Reform soit particulièrement étroit d'esprit et très à droite, que ses politiques soient calquées sur celles de Bush et que M. Harper soit probablement le premier ministre le plus autoritaire et le plus opaque qu'ait connu le Canada.

    Je vous rappelle que M. Harper n'a pas réglé le déséquilibre fiscal ; que le fonctionnaire qui va prendre son café dans les corridors de l'UNESCO n'est qu'une potiche ; que la patente de nation québécoise n'est qu'un concept vide que M. Harper ne veut pas enchâsser dans la constitution et qu'il n'a amené devant le Parlement que pour prendre le Bloc de vitesse. Ce concept est tellement vide que tout le monde a voté en faveur, c'est vous dire jusqu'à quel point il ne contient pas grand-chose et même s'il ne contient pas grand-chose, M. Harper refuse de l'intégrer dans la constitution là où cela compte vraiment.

    M. Harper se fiche des québécois, il ne veut que leur vote. Le Reform est un parti dont la direction est en Alberta et qui est là pour avantager les pétrolières (le lobby du pétrole est plus florissant que jamais à Ottawa et les ministres conservateurs copinent sans aucune retenue avec les lobbyistes pétroliers), pour appliquer des politiques ultra-conservatrices de répression des individus, pour accentuer le repli gouvernemental et favoriser le libre marché et pour faire échouer toute tentative de politique environnementale.

    Ceux qui aiment les slogans et les lieux communs, les paresseux qui croient n'importe quelle connerie, qui ne veulent pas se donner la peine de réfléchir et de voir plus loin que le bout de leur nez ; ces gens-là votent Reform. Les autres se chargeront de sauver ce pays le 14 octobre en votant systématiquement de manière à battre à tout prix ce gouvernement qui n'a rien à faire dans notre pays et qui doit être renvoyé d'où il vient, en Alberta.

  • Gilles Bousquet - Inscrit 6 octobre 2008 14 h 42

    Réponses à M. Fernand Trudel

    M. Fernand Trudel nous questionne :

    «Qui a proposé la reconnaisance de la nation québécoise ?

    Qui a permis au Québec d'être officiellement membre de l'UNESCO et d'exprimer sa différence sur le reste du Canada ?

    Qui a bonifié la péréquation de 50% des revenus du pétrole albertain et terre-neuvien ?

    Qui a versé en mars 2007 2,3 milliards pour le déséquilibre d<fiscal ?»

    La nation québécois dans le Canada. Une nation sans pays à elle.

    Le Québec n'est pas du tout officiellement membre de l'UNESCO. Il ne peut pas, il n'est pas un pays. M. Harper l'a avoué et confirmé à M. Duceppe au combat des chefs anglais. On peut parler si on dit comme le fédéral...point

    Ce n'est pas 50 % des revenus du pétrole qu'il faudrait considérer pour calculer la péréquation mais 100 % comme les revenus de l'Hydro-Québec. C'est une correction de l'erreur grave de M. Martin qui avait plié devant ces provinces à 100 % pour obtenir leurs votes mais il a perdu quand même ses élections.

    Là, vous avez raison sur les 2,3 milliards de dollars. Soit que le Québec y avait réellement droit et ce n'est que justice ou qu'on n'y avait pas droit et alors, il a volé le ROC pour nous le donner. Ce ne vient certainement pas du compte personnel de M. Harper.