Débat Palin-Biden - Populisme achevé

Analystes et têtes parlantes ont donné sa note de passage à la républicaine Sarah Palin à l'issue du débat tout en faux-fuyants de jeudi soir entre les candidats à la vice-présidence des États-Unis. L'aplomb avec lequel elle a affronté le démocrate Joe Biden a en partie chassé, y compris en politique étrangère, l'aura d'incompétence qui commençait à lui coller à la peau, tout en mettant un baume sur deux semaines de campagne erratique de la part de John McCain, mis à mal par sa gestion électorale de la crise financière et les récriminations que lui a values son attitude désagréablement condescendante à l'égard de Barack Obama pendant le premier débat présidentiel.

Une bonne proportion de l'électorat, dont fait partie une droite religieuse qui adule Mme Palin, se moque éperdument du fait qu'elle ne soit pas capable de disserter longuement sur la conjoncture géostratégique au Proche-Orient. Pour ces électeurs, son inexpérience est un moindre mal, l'essentiel étant que son statut d'outsider, qu'elle cultive avec un populisme achevé, la prémunit contre l'indigeste culture de compromission qui caractérise à leurs yeux la faune politique de Washington. Mme Palin est une reine de beauté dans l'âme. Ces électeurs veulent croire que ses clins d'oeil à la caméra et son gros bon sens de «hockey mom» sont la preuve rafraîchissante de son intime proximité avec le peuple. Ils peuvent lui faire confiance; elle ne les laissera pas tomber.

Que McCain ou Obama l'emporte le 4 novembre, l'analyse ambiante veut que cette présidentielle marque le retour des États-Unis à un pragmatisme politique et le début de la fin du conservatisme idéologique obtus qui a pris le pouvoir sous le président George W. Bush. L'entrée en scène de Mme Palin compromet cet espoir de recentrage: si John McCain l'emporte, les conservateurs sociaux tiendront la reine, à défaut de tenir encore le roi. Ils pourront dire à juste titre que, sans elle, il n'aurait pas décroché la présidence. Ils l'affirmeront avec d'autant plus d'audace que la fonction vice-présidentielle a pris du poids sous M. Bush. Les États-Unis n'ont jamais eu de vice-président plus puissant que Dick Cheney.

Heureusement, à 31 jours de la présidentielle, l'électorat américain paraît peu enclin à porter au pouvoir le ticket McCain-Palin. Croisez les doigts. Les propos remplis d'empathie pour les familles de la classe moyenne, «comme la mienne», que la gouverneure terre à terre de l'Alaska profond a prononcés jeudi ne modifient pas pour l'heure une dynamique favorable à Barack Obama. Elle n'a plu qu'à ceux auxquels elle plaisait déjà. Les sondages post-débat ont d'ailleurs donné la victoire à M. Biden, demeuré sur son quant-à-soi jeudi soir de peur de passer pour paternaliste.

Preuve que John McCain, si «franc-tireur» soit-il, peine à prendre ses distances de M. Bush. Qu'il ait renoncé, jeudi, à faire campagne dans l'État clé du Michigan, l'abandonnant de facto à son rival, est un signe que sa campagne est dans le pétrin. Qu'il n'ait pas su ramasser les pots parmi les élus républicains au Congrès, qui se sont profondément divisés hier lors du vote d'approbation du plan de sauvetage financier, en est un autre.
8 commentaires
  • Serge Charbonneau - Inscrit 4 octobre 2008 04 h 33

    Les deux perceptions

    Mon dieu!
    My god !
    Comme j'écrivais en commentaire à Denise Bombe bardier!

    Un «débat tout en faux-fuyants de jeudi soir entre les candidats à la vice-présidence des États-Unis.»
    Du « Populisme achevé »

    Denise Bombardier dit:
    «La politique peut donc être un spectacle intellectuellement captivant sans tomber dans la politique spectacle. C'est la leçon que nous ont servie les Américains cette semaine.»

    Le Devoir nous présente le jour et la nuit concernant la perception qu'on peut avoir concernant ce débat!
    C'est très intéressant.
    Il faut lire Denise. On en tire de grandes leçons et de fermes conclusions.

    Après avoir lu Madame B, ça fait du bien de lire une analyse comme celle de Guy. Taillefer. Les propos intelligents font du bien. Merci M. Taillefer.


    Pour ce qui est du résultat dans 31 jours...
    C'est long 31 jours. Bien des choses peuvent arriver. Un attentat, une cassette, une découverte soudaine, un point sombre de la vie de Barack Obama... Encore bien des choses peuvent arriver et faire tourner le vent subitement, dramatiquement.

    Je me croise les doigts, mais je suis d'un pessimisme indécrottable.


    De notre côté, il est surprenant qu'à une dizaine de jours du scrutin, nous n'ayons pas atteint le chiffre magique de 100 soldats morts au combat pour l'occupation afghane. Les boys doivent avoir reçu l'ordre de réduire considérablement leurs sorties hors de leur enclos sécurisé.
    Le scénario encore plus tordu, serait qu'on retarde l'annonce de victimes.
    Nous atteindrons peut-être les 100 soldats tués quelques jours après les élections!

    Continuons à suivre la courbe des sondages.


    Serge Charbonneau
    Québec

  • Yvon - Inscrit 4 octobre 2008 10 h 20

    Bien...

    Sauf que vous lui faites beaucoup trop d'honneur car nous sommes certains qu'elle ne sait pas ce que signifie populisme. Bon article. Merci.

  • Nichol Nicole - Inscrite 4 octobre 2008 10 h 47

    Débat Biden Palin

    La campagne américaine étant plus intéressante,j'aimerais commenter cet article concernant le soir des débats.
    De toute évidence M Jos Biden a gagné le pari lors de ce débat des v.p.
    J'ai écouté attentivement les mots, les phrases de chacun et sans toutefois oublier le body language. Madame Palin était extremement nerveuse, de la pression il y en avait, les cotes d'écoutes le démontrent maintenant et je n'aurais pas aimé me voir a sa place. Elle a un front de Pitt Bull c'est vrai, mais son manque de rigueur intellectuelle de toute évidence fait que je penche en faveur de M Biden. La phrase clef qui ma fait rire , quoique un débat n'est jamais drole, c'est le bridge of no where qui a fait sursauter Madame Palin. Effet de surprise. Je crois qu'elle ne l'attendait pas. Elle s'en est remise quand même tout au long du débat. C'était chic imprévisible et placé avec élégance. Un tournant décisif de ce débat a mon avis pour Obama. Tellement vrai que la campagne publicitaire de Obama en fait usage .
    C'est pas négatif, c'est pas de bas niveau c'est vraiment sweet. Je crois que d'exploiter ce moment aura un tournant en faveur des démocrates concernant l'image et la force des mots. Attaquer Mc Cain avec un bras de fer sur le programme fiscale de santé, polir l'enveloppe avec un gant de velours par une citation slogan de Madame Palin (bridge of no where pour leurs avantages ( démocrates) par un K.O.. Vraiment astucieux. Pour le contenu ont verra dans le futur. Bien malin qui peut prédire l'avenir.

  • Normand Chaput - Inscrit 4 octobre 2008 11 h 48

    talibans démocratiques

    M" Charbonneau tout le monde sait que ce sont les talibans qui font une trève démocratique à l'instar des irakiens qui font la même chose pour les élections américaines.

  • Pierre Allard - Inscrit 4 octobre 2008 22 h 49

    Au-dela du réel

    Penser qu'il existe encore une vraie démocratie aux USA est une illusion dangereuse. L'arnaque sur les contribuables au profit des financiers et c echois entre ineprie et crétinisme qu'on offre aux électeurs montrent bien qu'une ère est révolue. Si Obama ne bat pas le rappel et ne propose pas une équipe pour de vrais changements, c'en est fait de la primauté de l'Occident.

    http://les7duquebec.wordpress.com/2008/09/15/un-dr

    Pierre JC Allard