Avortement - Doit-on le croire ?

Pour retirer l'avortement de la liste des enjeux encombrants de cette campagne, le chef conservateur Stephen Harper tente de calmer le jeu sur ce sujet, particulièrement sensible au Québec. Après des manoeuvres politiques qui ont laissé croire à des intentions cachées, suffira-t-il qu'il promette de ne pas rouvrir le débat pour apaiser les inquiets? Le doute subsiste.

Les groupes pro-choix sont inquiets. Cette fin de semaine à Montréal, la semaine dernière à Ottawa, ils ont exprimé leur crainte de voir la décriminalisation de l'avortement réduite à néant.

La question est devenue embarrassante pour Stephen Harper: on l'accuse de vouloir débattre en catimini de la légitimité de l'avortement, car ce dossier a surgi pendant son mandat sous la forme de projets de loi privés qualifiés d'hypocrites, car ils traitaient la question par la bande. Pour rassurer les inquiets — et peut-être aussi maîtriser les ardeurs des ultraconservateurs disséminés dans ses propres rangs — M. Harper a formulé lundi quelques engagements, dépassant largement sa formule habituelle.

Il a promis qu'il ne rouvrirait pas le débat sur l'avortement et empêcherait quiconque de le faire. Il s'est engagé à voter contre un projet de loi privé qui aborderait cette question.

Depuis que ce débat fait rage, Stephen Harper n'était jamais allé aussi loin. Mais ses efforts ne sont pas suffisants pour éliminer le doute. Il peut se vanter de ne jamais vouloir rouvrir le débat, c'est justement par la porte d'en arrière, sans intention affichée de débattre, que la question a refait surface pendant son mandat. Il peut bien dire qu'il s'opposera à un projet de loi qui toucherait l'avortement, le célèbre C-484 auquel il a donné son vote n'abordait absolument pas l'avortement, même si, de manière indirecte, il en fragilisait les principes.

Le projet de loi visait la protection juridique des femmes enceintes et des «enfants non encore nés victimes d'actes criminels». Décrié par les pro-choix, encensé par les pro-vie, il ouvrait une brèche dans les acquis en matière d'avortement en donnant un statut juridique au foetus. Le ministre de la Justice, Rob Nicholson, avait bien annoncé fin août que ce controversé projet de loi privé serait remplacé par un autre texte qui ne laisserait «aucune place à l'introduction des droits foetaux», mais le bal électoral a placé cette promesse en suspens. Elle ne demeure qu'une intention.

On ne peut donc que se rabattre sur son dernier mandat pour juger de la crédibilité de M. Harper lorsqu'il assure ne pas vouloir mettre le pied dans cette délicate zone. Si le passé est garant de l'avenir, il y a encore lieu de s'inquiéter. Le premier ministre doit fournir des garanties supplémentaires s'il veut détendre les sceptiques, en promettant par exemple qu'il votera contre un éventuel projet de loi libellé exactement comme le C-484.

Affublés d'enveloppes législatives suscitant l'adhésion, divers projets de loi privés ont touché par la bande la question de l'avortement. En plus du C-484, qui prenait vertueusement prétexte de la protection de femmes enceintes, on pense au C-537, dont l'objectif était la protection des médecins qui refuseraient de participer à des actes médicaux contraires à leur religion ou à leurs croyances. Rappelons-le, deux autres projets ont été présentés par des libéraux: le C-338, visant à interdire les avortements après 20 semaines de grossesse, et le C-543, portant sur les mauvais traitements infligés aux femmes enceintes. La fin de la législature a annulé ces projets de loi, mais rien n'empêche qu'ils renaissent sous un nouveau gouvernement.

C'est donc sous le règne de la confusion et de la dissimulation que se sont jouées ces percées politiques inquiétantes. Stephen Harper a peut-être franchi cette semaine une notable étape de clarification, mais ses intentions demeurent encore nébuleuses. Elles doivent être encore plus limpides.
3 commentaires
  • Lorraine Dubé - Inscrite 1 octobre 2008 09 h 42

    Les promesses calculées et stratégiques de Harper...de l'opportunisme

    Les promesses de Harper sont de l'opportunisme électoral.
    Ne mentionnait-on pas dans le Devoir d'hier une autre mascarade de sa part. Stephen Harper, a été accueilli à Val-d'Or, lundi, par quelque 400 manifestants pacifiques venus dénoncer publiquement ses politiques en matière de culture et de droits des femmes ainsi que l'insuffisance de son aide aux travailleurs touchés par la crise des secteurs manufacturiers et forestiers.

    On y dit que Stephen Harper était à Val-d'Or pour un rare rassemblement partisan dans cette partie du Québec. Il a profité de son passage dans cette région minière et forestière pour annoncer qu'un gouvernement conservateur réélu bonifierait son aide financière aux travailleurs âgés ayant perdu leur emploi. Tiens Tiens! Toutes ces promesses sont faites dana un but stratégique de cibler les électeurs les plus succeptibles de voter pour lui, ceux qui sont peut-être encore indécis. C'est digne de l'opportunisme de ses opérations camouflage et censure. Autant pour sa fraude électorale que tout le reste....nous serons éclairés seulement après les élections. Il fait diversion et tente de mettre les projecteurs sur ses adversaires pour camoufler... par opportunisme et manque de transparence. Démagogue va!!!

  • roger montreal - Inscrit 1 octobre 2008 10 h 27

    Nous ne pouvons pas faire confiance a HARPER

    Non nous ne pouvons croire cet HOMME/ HARPER/, car il a menti depuis qu il au pouvoir,/le financement de l élection 2006, élection a date fixe, la nation QUÉBECOISE, le déficit fiscal des province,le pouvoir de dépenser/.
    Tout des promesse non tenues ou des demis vérités, le sa lisage de M.DION ce n est jamais lui, le discourt encore se matin pas de sa faute .
    Lui ou son entourage c est lui qui doit réponde de ses choses,le discourt c est lui qui la lu,/il doit savoir ce qu il li .
    Nous voyons que c est la mentalité, qui prévaut dans ce parti, avec cet HOMME. /RÉFORM ET ALLANCE/ non pas des progressifs conservateurs.
    ROGER MONTREAL

  • Roland Berger - Inscrit 1 octobre 2008 17 h 12

    La méfiance s'impose

    La méfiance s'impose. Il faut craindre comme la peste (ou le VIH, pour faire moderne) tout individu qui soumet sa raison à la croyance religieuse. Harper fait partie de ces énergumènes qui croient que la religion joue un rôle bénéfique pour l'humanité.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario