Les deux violences

Ainsi donc, la patinoire serait le théâtre de deux violences, entièrement dissociées l'une de l'autre. La première, acceptable, nourrissant le «show» et récompensée par les vivats des «hockey moms» en délire. La seconde, condamnable pour sa gratuité, son aspect impulsif et brutal, salissant inutilement la réputation du hockey junior.

Voilà l'incompréhensible fracture qui divise les nouveaux règlements publiés cette semaine par le commissaire de la Ligue de hockey junior majeure du Québec (LHJMQ), Gilles Courteau. L'occasion était belle de condamner tant les emportements en apparence anodins que l'agression sauvage: c'est la pratique assidue de la «petite» violence sans conséquence qui mène sournoisement un jour à la brusquerie exagérée! Cette évidence n'a ébranlé ni le commissaire Courteau, ni la ministre du Sport, qui cautionnent mollement des changements cosmétiques aux règlements.

D'un côté, il y aura donc les fameuses «bagarres», sans incidence grave, inoffensives querelles que l'on ne punira même pas d'une réflexion sur le banc. «Pas de problème spécifique avec les bagarres», dira M. Courteau. «Impossible d'empêcher deux jeunes de jeter les gants», renchérira maladroitement la ministre du Loisir et du Sport, Michelle Courchesne.

De l'autre côté, les «débordements» seront punis, ces excès qui renvoient à l'agression survenue le printemps dernier à Chicoutimi lors d'un match opposant les Remparts aux Saguenéens. Sous la nouvelle réglementation, le gardien Jonathan Roy, qui avait alors roué de coups son adversaire Bobby Nadeau lors d'une mêlée générale, aurait écopé de 15 matchs de suspension. Ces corrections, bien sûr, sont appropriées. C'est plutôt l'absence de réprimandes pour la «petite» violence qui fait déchanter.

Il y a pourtant des disciplines où le contact est roi mais qui ne lésinent pas avec le moindre débordement manifesté par un sportif. Qu'on se rappelle la sanction imposée au taekwondoïste cubain Angel Matos lors des derniers Jeux olympiques de Pékin: ulcéré d'avoir perdu son match, il a littéralement agressé un juge, lui infligeant coups de pied et de poing. Sans «niaiser avec le puck», la Fédération mondiale de taekwondo recommandera sa suspension... à vie. Le message est sans équivoque, capté tant par le fautif que par les spectateurs du drame: l'esprit du sport commande le respect.

Comment expliquer que d'autres sports contact, tels le football, par exemple, ne soient pas minés par cette culture coup de poing qui rappelle les escarmouches de ruelle? Sommes-nous captifs d'un public qui espère encore la bataille générale d'antan? Le hockey junior sert-il d'incubateur à une ligue nationale qui entretient elle aussi le culte de la violence sournoise, des coups bas et du bâton qui tournoie?

La LHJMQ avait pourtant promis qu'elle sabrerait dans cette culture de la violence. La ministre Courchesne, farouchement décidée, avait aussi laissé entendre que c'en était fini de ce climat malsain. Serments d'ivrognes! À défaut de laisser tomber les gants, certains ont platement jeté la serviette.

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