Une loi nécessaire

Il suffit de déambuler le long de la rue Berri, à Montréal: voir le spectacle désolant de cet îlot Voyageur abandonné en plein vol par l'UQAM, ses étages de béton ouverts au grand vent, est suffisant pour comprendre. Comprendre que la loi promise par la ministre de l'Éducation pour modifier la gouvernance des universités est tout simplement un mal nécessaire.

Dans la sphère universitaire, on rechigne, dit-on, devant les intentions du gouvernement. Comme l'a confié la ministre Michelle Courchesne au Devoir, Québec veut modifier la composition des conseils d'administration des universités, afin que plus d'indépendance colore ces instances où tout se décide. Désormais, les deux tiers des membres desdits conseils seraient indépendants plutôt que liés à l'institution elle-même.

De l'intérieur, on pousse des hauts cris: même si les universités ont affirmé qu'elles étaient prêtes à peaufiner leur reddition de comptes — avec un financement de l'État qui avoisine les 70 %, elles seraient mal venues de prétendre le contraire... —, elles souhaiteraient que cet examen de conscience ne leur soit pas imposé par le gouvernement.

Craignent-elles l'ingérence de l'État dans leur gouvernance? Si l'intervention du gouvernement visait en effet à interférer dans le bon fonctionnement du lieu d'enseignement et de recherche, libre de déployer son expertise scientifique et la transmission de son savoir en tout respect de sa mission, certes, il y aurait là de quoi inquiéter. Cela heurterait la vocation de l'université dans ce qu'elle a de plus intime, puissant et fragile à la fois.

Mais est-ce bien de cela qu'il s'agit? La déconfiture de l'UQAM et les dommages qu'elle continue de causer — dernière tuile: l'agence de notation Moody's prévient qu'elle pourrait encore décoter l'établissement si on tarde à le sortir de son impasse financière — doivent servir d'instruction. On ne s'étonnera pas que le gouvernement y ait puisé tous les éléments nécessaires pour étaler l'exemple à ne plus reproduire.

Il est soutenu en cela par les conclusions du vérificateur général qui, en scrutant à la loupe la gouvernance de l'UQAM, a pointé nombre de failles qui minaient l'université, son autonomie comprise. La conclusion est limpide: tout doit être mis en place afin d'éviter que les conseils d'administration de nos universités ne s'apparentent, de près ou de loin, à des lieux d'échange où chacun ne défend que son propre intérêt.

Lasses sans doute de se voir sans cesse servir l'UQAM comme seul exemple d'une gestion déficiente, les universités auraient préféré montrer patte blanche à la ministre sans qu'elle ait à intervenir par voie légale.

Elles auraient raison de combattre l'interventionnisme. Mais la ministre Courchesne agit plutôt dans le but de prévenir les glissements des universités, qui risquent toutes, à leur manière, de commettre un faux pas. Elles doivent se prêter de bonne grâce à ce jeu indispensable.

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