Où est le capitaine ?

La rencontre de lundi dernier entre le président de la Fédération des médecins spécialistes, Gaétan Barrette, et le nouveau ministre de la Santé, Yves Bolduc, a amené ce dernier à répéter qu'il était prêt à revoir les paramètres du futur grand hôpital universitaire francophone de Montréal. Mais comment expliquer qu'après tant d'années, les plans de ce projet milliardaire ne soient toujours pas plus clairs ?

La montée de lait du président des médecins spécialistes, il y a une dizaine de jours, avait surpris tout le monde tant elle était émotive et peu détaillée. Depuis ce temps, Le Devoir a révélé l'existence de quelques projets de cliniques privées, dont celle du chanteur Garou et une autre de la firme Sedna présidée par l'ancien ministre Michel Clair, qui laisse croire que des négociations très sérieuses sont en cours dans le but de confier une partie des responsabilités du CHUM au secteur privé.

Ces faits donnent à penser que le président des médecins spécialistes avait raison de s'inquiéter, même si une partie de son argumentation concernant l'emplacement du futur CHUM sent le réchauffé.

Depuis longtemps, il a été prévu que les deux grands hôpitaux universitaires montréalais auraient 700 lits chacun. Ce nombre est moins élevé que la somme des lits existants, mais cela ne tient pas compte des centaines de lits qui seront maintenus à Notre-Dame pour desservir la population locale. En revanche, le nombre de salles d'opération et l'envergure du projet en ce qui a trait au nombre d'interventions annuelles semblent de plus en plus incertains à mesure que le temps passe, ce qui est très troublant.

Comment expliquer, par exemple, que des négociations soient en cours entre la direction du CHUM et une entreprise comme Sedna afin que les soins d'ophtalmologie, l'enseignement et la recherche aient lieu dans ses propres locaux? Pourquoi cela, sinon parce que le budget du CHUM tel qu'il a été établi par Québec ne permettrait pas d'offrir l'espace, les salles d'opération, les laboratoires et le personnel nécessaires pour remplir la totalité du mandat d'un grand hôpital universitaire? Ce n'est pourtant pas le mandat des cliniques associées prévues par la loi de jouer le rôle d'un établissement de soins ultraspécialisés et d'enseignement universitaire!

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Ce qui surprend et qui choque le plus dans cette histoire abracadabrante, c'est que l'on en soit arrivé là sans que personne soit au courant dans la population, voire même au ministère de la Santé. C'est du moins l'impression qui ressort des propos tenus par le président des médecins spécialistes à la sortie de sa rencontre avec le ministre, lundi dernier. Est-il possible que M. Bolduc ne sache rien des négociations en cours entre le CHUM et des groupes d'intérêts privés comme ceux du chanteur Garou et du groupe Sedna? À moins qu'il le soit, mais refuse de l'admettre?

Autre élément important dans ce débat: les spécialistes semblent craindre qu'une partie d'entre eux soient forcés de rester à Notre-Dame après l'ouverture du CHUM Saint-Luc. Pourtant, il est entendu depuis longtemps que Notre-Dame survivra pour être transformé en établissement local. D'où proviendront les spécialistes de cet hôpital sinon du CHUM actuel? On ne va quand même pas embaucher une toute nouvelle équipe de spécialistes et de personnel médical? Est-ce aussi à cela que fait allusion le Dr Barrette quand il dit craindre la division du CHUM sur deux lieux différents? Et pendant ce temps, au CUSM, comment a-t-on prévu procéder à la répartition des médecins entre le campus Glen et le General Hospital situé sur la montagne?

Depuis que l'on a dilué les responsabilités des deux grands projets entre plusieurs intervenants (ministère, Agence de la santé de Montréal, Agence des PPP, conseil d'administration du CHUM et directeur des projets CHUM et CUSM), on ne sait plus qui est le capitaine. Pas une semaine ne passe sans qu'une nouvelle tuile vienne semer le doute au sujet de la détermination du gouvernement à réaliser ce projet d'envergure. Budget de recherche refusé, congédiement du directeur général, négociations avec le secteur privé... Assez! Maintenant, c'est au ministre de la Santé de reprendre les rênes de ce projet pour le mener à bon port dans les délais prévus... et en toute transparence.

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j-rsansfacon@ledevoir.com

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