Retour sur un drame

Au lendemain de la tragédie du Collège Dawson, qui coûta la vie à la jeune Anastasia De Sousa et à l'auteur du drame, Kimveer Gill, les mêmes questions torturaient les consciences: pourquoi? comment?

Avec son rapport déposé cette semaine, le coroner Jacques Ramsay calme en partie ce tourment. Car ces gestes fous conserveront toujours leur part d'incompréhensible, ce qui en fait des calamités imprévisibles. Troublante, la lecture du déroulement des faits livre toutefois quelques enseignements desquels il faut s'inspirer.

On le présumait, mais le rapport l'établit clairement: Kimveer Gill était un être troublé, ayant vécu des épisodes dépressifs. Un être reclus, hargneux, peu bavard en public et même en famille, M. Gill se livrait toutefois par l'entremise d'Internet, un médium qui lui tenait lieu de réseau social.

Croire à une cybersurveillance policière à toute épreuve pour repérer des Gill en puissance relèverait d'une pure naïveté, note le Dr Ramsay. C'est donc sur la société civile tout entière qu'il faut reporter le rôle de vigie. Il appartient aux parents, aux voisins, aux amis et aux internautes la responsabilité de ne rien traiter à la légère, ni la moindre menace de suicide, ni aucune allusion à un projet de vengeance, si imprécis soit-il.

Sans tous ces hasards qui ont ponctué les premières minutes du passage de Gill au collège, combien d'autres cadavres aurait-il laissé derrière lui? En réalité, cette tuerie aurait pu être beaucoup plus sanglante qu'elle ne le fut. L'arrivée fortuite d'une patrouille à Dawson — appelée pour une affaire de stupéfiants! —, de même que l'entrée en scène non prévue d'un agent venu là de son propre chef, ont certainement sauvé des vies. C'est sans compter les endroits stratégiques — le métro, la rue Sherbrooke — qui sont restés à découvert pendant des minutes cruciales où M. Gill aurait pu poursuivre ailleurs son oeuvre meurtrière, ce qu'il ne fit pas.

Car Kimveer Gill avait de bien cruelles intentions. Le jour du drame, il traîne un lourd attirail avec lui: un pistolet de calibre .45, une carabine Beretta sanglée à l'épaule, près de 300 cartouches, plusieurs couteaux. Dans les mois précédant la tuerie, il effectue des achats répétés chez le détaillant d'armes à feu.

Le Législateur avait prévu une limitation pour des armes paramilitaires telles la Beretta maniée par Gill. Toutefois, certains modèles — comme celui-là — n'existaient pas au moment de la rédaction du règlement, que des fabricants d'armes ont allègrement contourné. Un resserrement s'impose.

Le coroner Ramsay pose aussi une série de questions quant aux signaux d'alarme qui devraient inquiéter le Contrôleur d'armes à feu: des achats compulsifs en un court laps de temps; ou encore la possibilité pour le demandeur d'un permis de possession et d'acquisition d'armes à feu de carrément mentir sur ses antécédents de troubles mentaux, comme le fit Kimveer Gill. Il y a là d'importantes questions à creuser.

Mais on aura beau se préparer du mieux qu'on le peut au pire, lorsque l'indicible survient et emporte avec lui d'innocentes vies, la stupeur l'emporte sur le calcul. C'est pourquoi rester attentif aux signaux de détresse expédiés par ces désespérés demeure notre atout le plus solide.

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1 commentaire
  • Jacques Lafond - Inscrit 7 septembre 2008 18 h 07

    Le tueur

    Est-ce que les journalistes pourraient éviter SVP de nommer le nom de ces tueurs fous dans leurs reportages ou dans leurs articles de journaux.

    Madame Chouinard, comme tant d'autres de vos collègues, vous participez avec votre artice ici à mettre en quelque sorte en Vedette un malade, et par ricochet, vous incitez d'autres malades à devenir des vedettes eux aussi, et à faire d'autres gestes du même genre.

    Je n'ai pas compté ne nombre de fois que vous nommez le nom du tueur de Dawson dans votre article, mais vous le nommer souvent ; et c'est pas correct.

    Ce n'est pas très difficile à comprendre ce que j'avance ici, Madame Chouinard, mais je pense que c'est très important.

    Je vous encourage, et j'encourage tous les médias, à
    éviter de nommer le nom, de parler des idées, de publier des photos, etc. de ces malades. Et je vous encourage fortement d'éviter de faire ça pour tenter d'éviter d'autres actes de ce genre dans l'avenir...

    J'espère que le message va passer....