Plus, plus, plus!

Pendant qu'en Alberta, en Colombie-Britannique et au Québec les gouvernements sont à réformer leurs organismes respectifs de réglementation des marchés financiers, Toronto se plaint du manque d'harmonisation et demande la création d'un organisme national unique de contrôle des marchés. Hier, c'était au tour des banques de dénoncer les coûts élevés et les tracasseries administratives auxquels doivent faire face les acteurs du marché financier. Cette multiplication des exigences, souligne-t-on, fait fuir d'éventuels investisseurs dans un monde de capitaux mobiles, en plus de coûter cher aux consommateurs.

Les provinces ne nient pas que cette multiplication des règles entraîne des coûts, mais ni l'Alberta ni la Colombie-Britannique, où est située la Bourse des petites valeurs, ni le Québec et son marché des produits dérivés n'ont l'intention d'abandonner leurs responsabilités.


Pour cause! Depuis les années quatre-vingt, on a assisté à une concentration du pouvoir financier entre les mains des grandes banques du pays qui ont mis la main sur toutes les maisons de courtage. Les sièges sociaux ont suivi le mouvement, et la Bourse elle-même a quitté Montréal pour Toronto.


Mais voilà: si les entreprises et les courtiers ont concentré leurs activités à Toronto, la clientèle financière est encore aujourd'hui dispersée aux quatre coins du pays, et c'est aux provinces que la Constitution canadienne reconnaît la responsabilité de la protéger.


Au Québec, un projet de loi présentement discuté à l'Assemblée nationale propose de s'attaquer à la fragmentation des structures provinciales en fusionnant tous les organismes de contrôle en un seul. À terme, on peut imaginer que cela conduira à de nouvelles négociations interprovinciales en vue d'une plus grande harmonisation réglementaire. De là à souhaiter l'abandon des pouvoirs au profit d'un seul organisme fédéral de contrôle, il n'en est pas question! Nous n'avons rien à gagner à céder nos pouvoirs de contrôle aux mains des financiers de Bay Street. D'ailleurs, l'un des plus gros joueurs au pays, notre Caisse de dépôt, n'est pas non plus intéressée, elle qui éprouve déjà suffisamment de difficulté à être traitée de façon équitable lorsqu'elle ambitionne d'intervenir hors Québec.


Dans ce dossier, Ottawa se range évidemment derrière Bay Street. Il y a quelques jours, le ministre Paul Martin plaidait la cause d'une harmonisation accrue, mais il sait bien, le ministre, que les provinces ne feront jamais un aussi beau cadeau à un gouvernement qui n'a de cesse de les traiter comme des sous-fifres.


Le Canada de l'ère Chrétien est englué faute d'avoir eu le courage d'affronter le changement au moment où tout était possible. Tant que Jean Chrétien et ses semblables dirigeront ce pays, aucune réforme structurelle n'aura lieu. Ni en matière de santé, de politique sociale ou de Constitution, ni davantage en matière de réglementation des marchés financiers. Alors, laissons aboyer les chiens, ils ne mordent pas!