L'indifférent Bush

Dans les mois qui ont suivi son installation à la Maison-Blanche, le président Bush a eu le chic, si l'on ose dire, d'irriter une frange importante de la classe politique européenne. En prenant à contrepied les engagements pris par son prédécesseur sur le Protocole de Kyoto, la Cour internationale de justice et l'aide au développement, la nouvelle administration a quelque peu crispé les chancelleries européennes. Dans la foulée du 11 septembre, l'attitude des Américains pour tout ce qui a trait à son opération militaire en territoire afghan n'a fait qu'aiguiser la crispation des Européens. À la faveur de la tournée que Bush conclut aujourd'hui à Rome, force est de constater que les contentieux entre Européens et Américains ont été laissés de côté au profit d'un rapprochement marqué entre Washington et Moscou.

C'est en effet avec Vladimir Poutine que le président américain a signé l'ambitieux traité de réduction des arsenaux nucléaires. C'est avec Moscou qu'il a signé plusieurs documents de coopération militaire et économique. C'est à Moscou qu'a été réalisé le troc le plus important: en échange du soutien des Américains à l'entrée de la Russie dans l'Organisation mondiale du commerce, Bush a obtenu l'assurance que le maintien de troupes américaines en Asie centrale serait facilité. Enfin, c'est avec la complicité de Moscou que sera organisée dans un mois une conférence consacrée à la lutte antiterroriste à laquelle ont été convié les États de l'Asie Centrale ainsi que la Chine, la Turquie et l'Afghanistan, et non les Européens.


En d'autres termes, les Européens ont été laissés sur la touche. Cette tournée s'est effectuée comme si leurs préoccupations n'étaient que des caprices qu'il fallait d'autant moins considérer que ceux-ci ne sont d'aucune importance. Tout s'est fait, tout s'est articulé autour d'une seule et même obsession: le combat contre le terrorisme. Si justifié soit-il, on peut se demander comment il se fait que tout le reste ait été mis sous le boisseau. Ni Kyoto, ni la Cour internationale de justice ne mérite une telle indifférence.


Que l'on se soit évertué à redessiner le profil de l'OTAN sans qu'un mot ne soit prononcé sur des dossiers tout de même importants révèle ou confirme que l'Europe n'est plus en mesure de faire entendre sa voix, ou ne sait plus comment se faire entendre.