La victoire de l'immobilisme

Un temps, la droite faisait activement campagne au Québec pour moins de gouvernement. Si ce discours s'est atténué, c'est néanmoins ce que les Québécois obtiennent de la part du gouvernement Charest depuis un an. Et apparemment, ils aiment cela, et ils sont disposés à en récompenser le Parti libéral.

Les députés de l'Assemblée nationale ont quitté Québec hier pour ce qu'en d'autres circonstances on qualifierait de vacances méritées. Cette fois, on ne peut leur donner un A pour la constance de l'effort. Rarement auront-ils siégé et débattu si peu. Le coupable serait, prétend l'opposition, le gouvernement, qui souffre de paresse.

Si paresse il y a, il s'agit de la part des libéraux d'un choix délibéré. D'entrée de jeu, le premier ministre Charest avait indiqué au lendemain des dernières élections qu'étant minoritaire, son gouvernement devrait faire moins. Son discours inaugural de la session ne contenait que cinq grandes priorités, vite complétées, et un nombre limité d'interventions législatives.

On pourrait penser que les libéraux ont les mains liées par l'opposition qui, majoritaire, contrôlerait l'ordre du jour parlementaire. À certains égards, cela est vrai, mais le gouvernement, même minoritaire, garde le pouvoir de déposer des projets de loi. Il aurait pu chercher l'appui alternativement de l'un ou l'autre des deux partis d'opposition, mais visiblement il a perdu tout goût pour l'activisme parlementaire qui a caractérisé son premier mandat. Résultat: peu nombreuses, les lois adoptées ont porté le plus souvent sur des sujets faisant consensus, par exemple celle introduisant dans la Charte des droits et libertés l'égalité hommes-femmes comme clause interprétative.

À défaut d'avoir la liberté parlementaire d'un gouvernement majoritaire, le premier ministre s'est concentré sur la gestion. Mais là aussi, il a choisi des sujets rassembleurs susceptibles de lui rallier l'opinion publique. Qui, en effet, pourrait lui reprocher de s'occuper de changements climatiques, de protection de l'eau douce, de sécurité routière ou de réfection des infrastructures? Rassembler ses concitoyens autour de sa personne est aussi ce qui a inspiré cet hommage rendu hier aux cinq anciens premiers ministres toujours vivants.

Cette attitude correspond bien à l'air du temps, qui n'est pas à la mobilisation. La réaction des électeurs est bonne. Le dernier sondage Le Devoir-Léger Marketing de cette semaine met les libéraux sur le chemin d'une majorité pour peu que se poursuive la remontée amorcée en novembre dernier. Avec maintenant 42 % des intentions de vote, ils distancent largement adéquistes (14 %) et péquistes (32 %). L'écart chez les électeurs francophones avec ceux-ci est maintenant presque nul. On peut parler d'une tendance forte qui se poursuivra si péquistes et adéquistes ne réagissent pas.

Leur succès, les libéraux le doivent aussi aux deux partis d'opposition, qui ont souvent été erratiques et désordonnés. Rarement ont-ils uni leurs efforts. Il y avait pourtant matière à attaquer le gouvernement. Il y a des crises qui perdurent, comme celles des urgences et des listes d'attente en santé. Malgré leurs efforts, ils n'ont pas su créer un début de désaveu des politiques libérales dans ce domaine. De la part de l'ADQ, il y a eu davantage d'esbroufe que d'action. Rapidement, les Québécois ont vu dans le PQ une opposition plus aguerrie et lui ont redonné le titre de premier parti d'opposition, ce qui n'en fait pas à l'heure actuelle une réelle menace pour le gouvernement. La chef péquiste, Pauline Marois, comme la députation, n'arrive pas à trouver ses repères.

Des odeurs d'élections flotteront inévitablement dans l'air cet été. Le gouvernement pourrait être tenté d'aller aux urnes pour obtenir une majorité qui semble à portée de main. Mais il est loin d'être acquis que les électeurs le souhaitent alors qu'aucun enjeu ne l'exige et que le gouvernement fonctionne à la satisfaction générale.
5 commentaires
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 20 juin 2008 08 h 12

    L'enjeu déterminera le caractère majoritaire ou minoritaire du gouvernement libéral

    Rimouski, ce 20 juin 2008

    Dans votre article, vous faites allusion au peu de mobilisation politique d'une grande partie des québécois. À mon avis, vous avez raison, mais les choses pourraient rapidement changer. Ici, je fais un peu de "futurologie" et mon opinion politique en vaudra bien d'autres...

    À mon avis, il suffira que des politiciens intelligents, crédibles et dotés d'une équipe encore plus crédible et intelligente s'engagent fortement à prendre des moyens précis et puissants pour qu'une bonne partie de la population soit d'accord avec eux et les croit. Stépane Dion, Pauline Marois et Jean Charest sont des personnes crédibles et intelligentes. À l'exception du dernier d'entre eux, leurs équipes sont également très crédibles et intelligentes. Le Premier ministre Harper ne me semble plus crédible, autant sur la scène internationale que sur la scène nationale. Il n'a pas d'équipe ou s'il en a une, la musèle. Il sera aussi en fin de mandat. Il aura eu sa chance et l'aura perdue. Ceci dit, il nous a montré qu'un politicien pouvait faire des promesses et les respecter. Cet acquit démocratique est friable, mais important.

    Aujourd'hui, un très grand respect de l'environnement fait économiquement et socialement moins peur qu'il y a quelques années. En effet, des solutions existent et plusieurs pays en appliquent quelques unes avec succès. Ils progressent et s'intallent dans un meilleur environnement. Ils n'agissent pas comme le ferait un apprenti-sorcier, mais appliquent des solutions mises de l'avant par de grands organismes internationaux, par exemple l'O.C.D.E..

    Paradoxalement, l'économie fait beaucoup plus peur que jadis. Nous savons qu'elle peut être erratique, débridée et socialement non innovante. Non savons aussi qu'elle privilégie certains acteurs économiques au détriment de d'autres économiques eux aussi. Les québécois savent qu'il ne suffit pas de créer de la richesse pour mieux la partager. Il verront donc un plus grand respect de l'environnement comme quelque chose d'économiquement et socialement rentable pour la plupart d'entre eux et pour le "bien commun".

    Le Parlement fédéral a davantage de pouvoirs législatifs et de moyens financiers qu'une législature provinciale. Les solutions doivent aussi parfois être nationales. Les québécois auront probablement des élections fédérales avant de vivre des élections provinciales. Dès lors, Stéphane Dion pourrait très bien devenir notre prochain Premier ministre fédéral pour peu que la population le croit sincère et intelligent lorsqu'il promet et promettra à la fois de créer une grosse taxe dite de carbone et de baisser les impôts personnels en fonction des revenus issus de cette nouvelle taxe. Une forte taxe sur le carbone promise permettra au gouvernement fédéral de réduire significativement et justement les impôts personnels.

    Les québécois et les canadiens verront alors des changements significatifs et se mobiliseront suffisamment. Ils ne les redouteront pas. En effet, ils savent que la taxation a et peut avoir des impacts environnementaux, économiques et politiques considérables, autant au Canada qu'ailleurs dans le monde, et qu'elle peut aussi rapidement évoluer et s'ajuster. Ainsi, ils obligeront aussi les gouvernements provinciaux à ajuster eux aussi, et un peu contre leur gré, leur fiscalité aux nouvelles règles fédérales, ce qu'ils font déjà.

    À mon avis, le fait que Stépane Dion devienne prochainement Premier ministre du Canada n'aidera pas nécessairement le Parti Québécois. Les électeurs voudront réellement lui donner une chance de mettre en place les changements promis. Ils voudront aussi s'assurer que des changements du même ordre et de même ampleur interviennent au niveau provincial québécois.

  • Jean Desjardins - Abonné 20 juin 2008 08 h 36

    L'art de disparaître à petits pas...

    Jean Charest et le PLQ appliquent au Québec la recette infaillible pour disparaître à petits pas quand on oeuvre dans l'entreprise privée: la superficialité, la passivité et l'immobilisme.

    Le pire, c'est que le bon peuple en redemande. Ce qui, faut le reconnaître, est drôlement (même si c'est triste à en mourir...) efficace pour la réélection à court terme de nos politiciens carriéristes.

    Quelle déception pour ceux, parmi nos concitoyens, qui ont encore de la dignité et du coeur au ventre !

    Jean Desjardins

  • Jean Desjardins - Abonné 20 juin 2008 12 h 45

    Une addition à mon précédent mémo...

    Nos anciens premiers ministres ont de quoi se retourner dans leur tombe ou tomber de leur lit, selon...

    Jean Desjardins

  • Denyse Fyfe - Abonnée 20 juin 2008 18 h 12

    La rançon du dernier balcon! Lire sur la mezzanine...

    Bonjour,

    Être dans la 2ème opposition, c'est accepter d'être miniaturisé pour longtemps! Combien d'années 2 ans, 3 ans ou 4 ans?

    Comment être visible.... quand on est pas l'opposition officielle ? C'est la quadrature du cercle!

    Et s'ils osent, audacieusement(!), se montrer le bout du nez comme dans le cas du projet de loi Marois, le seul journal -- indépendant supposément de pensée -- la descend en flames à qui mieux mieux!!

    On aimme mieux lui reprocher non pas des faits(qui ont des conséquences) mais de simples suggestions sur lesquelles elles s'est elle-même corrigée. Comme par exemple sur "l'histoire en anglais"!

    Pourquoi n'avoir pas été positif? Il y eu pourtant beaucoup de propositions constructives qui ont émané du PQ.

    Non, rien!

    C'est vrai que "l'essentiel" ce n'est pas important et que cela donne de la moins bonne presse...

    Si vous aviez été(un peu) un vrai combattant à la Pratte vous auriez répondu clairement à l'article : «CE N'EST PAS RIEN »

    Dès fois je me dis qu'avec des amis comme vous, les souverainistes n'ont pas besoin d'ennemis

    C'est vrai, qu'elle n'est pas en teflon, elle!

    N.B. Je vais quand même vous laisser pour l'été sur une bonne note. Je trouve que notre journal commence un peu -- depuis qu'il s'est fait traité de journal indépendantiste par Pratte à BON BAISERS DE FRANCE l'été passé -- à avoir un peu plus de mordant!

  • Chryst - Inscrit 20 juin 2008 19 h 04

    Le gouvernement libéral ne devrait pas pavoiser trop vite

    Ne vous inquiétez pas monsieur Desjardins, le vent peut encore tourner.