Le voile turc

Dans une semaine à peine, la France va hériter de la présidence de l'Union européenne (UE). Contrairement à ce qui avait été envisagé, voire souhaité par les autorités concernées, l'horizon de l'UE s'avère encombré de dossiers épineux. Entre le non des Irlandais au traité de Lisbonne et le bras de fer qui se poursuit entre le gouvernement turc et les juges du plus haut tribunal du pays, l'Élysée est condamnée à l'observation d'une gestion très délicate de ces sujets. Allons-y avec la question turque.

Au début du présent mois, la Cour constitutionnelle a rendu un jugement qualifié de radical par certains, de coup d'État en catimini par d'autres. De quoi s'agit-il? Les magistrats ont conclu que la réforme constitutionnelle adoptée par une majorité de députés devait être invalidée parce que autorisant, implicitement, le port du voile dans les universités. Selon les juges, la réforme conçue, proposée, voulue par le Parti de la justice et du développement (AKP) actuellement au pouvoir viole l'article 2 de la Loi fondamentale consacrant le caractère laïque de la République turque. Pour les défenseurs du kémalisme, le geste posé par les dirigeants de l'AKP annonçait une islamisation généralisée, donc l'imposition à terme de la charia.

Au cours des semaines qui vont suivre, les mêmes magistrats vont rendre leur décision sur une plainte qui accompagnait celle ayant trait au port du voile. Si ces derniers donnent raison encore une fois aux plaignants, alors ils signeront de facto l'arrêt de mort de l'AKP. Il est possible que cette formation soit jugée persona non grata et que ses dirigeants écopent d'une peine de cinq ans d'inéligibilité. On se souviendra, on insistera même sur les faits suivants: le président de la Turquie ainsi que le chef du gouvernement sont les leaders de l'AKP.

Cela rappelé, il faut maintenant préciser la position adoptée par l'armée, gardienne scrupuleuse et tatillonne de l'héritage kémaliste. Toujours est-il que le chef d'état-major, le général Yasar Büyükanit, a souligné que «la décision de la cour n'est pas une interprétation mais l'expression d'une évidence». Laquelle? La culture antilaïque du gouvernement. On l'aura compris, l'armée est plus qu'agacée par les postures religieuses adoptées par l'AKP.

À l'évidence, les recteurs d'université, les magistrats et l'armée ont formé une alliance informelle qui rêve d'une interdiction de l'AKP, responsable selon eux du refroidissement des Européens concernant l'éventuelle addition de ce pays à l'UE. Pour s'en convaincre, l'exemple de la France suffira. Plus tôt cette année, les parlementaires français ont voté un amendement stipulant que l'intégration d'une nation dont la population est égale à au moins 5 % de la population de toute l'Union devrait faire l'objet d'un référendum. C'est à noter, cet amendement visait spécifiquement la Turquie sans la nommer. En l'état actuel des choses, du dossier, ce n'est pas demain que la Turquie va se greffer à l'UE.

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