Le discernement

Guérira-t-on notre société voyeuse et exhibitionniste seulement en dotant les jeunes d'un bon jugement? Pour répondre à cette hypersexualisation galopante et aux mille maux, le gouvernement Charest avance une timide réponse, évitant d'affronter le problème à la source: dans la cour des grands.

L'hypersexualisation, comme l'a clairement rappelé le Conseil du statut de la femme (CSF) la semaine dernière, est un phénomène tentaculaire. Dans l'espace public, la sexualité est omniprésente: de l'accessibilité désarmante de la pornographie sur Internet à des vidéoclips étalant les femmes-objets, en passant par une publicité incapable de vanter le moindre gadget sans déballer quelque attribut féminin.

S'étonnera-t-on ensuite qu'un tel environnement vienne triturer les valeurs des jeunes, chatouillant au passage celles des parents? Dans son avis, le CSF s'inquiète des effets néfastes sur les jeunes de cette société sexy qui dépêche un bien drôle de message: hors des stéréotypes, point de salut.

Les séquelles de cette «érotisation de l'enfance» commencent à se répandre, comme l'évoquent de plus en plus des intervenants scolaires interloqués: de nouveaux comportements sexuels, qui surviennent très tôt; des reproductions malheureuses du modèle pornographique, perçu par les jeunes comme la norme plutôt que l'exception.

Au-delà des tendances vestimentaires, qui dénudent plus qu'elles ne couvrent le corps féminin, les experts s'inquiètent aussi d'une corrélation malsaine entre une faible estime de soi manifestée par les filles et la précocité des relations sexuelles. Les médias, montrés du doigt à juste titre, vendent un bien triste mirage: celui de la construction de l'identité et du pouvoir d'affirmation de soi à travers de factices armes de séduction et sexuelles.

À cet avis du CSF exhibant le triste recul des femmes dans une société dite avancée, la réponse du gouvernement Charest n'a pas tardé: la ministre de la Condition féminine, Christine St-Pierre, annonçait hier un investissement de 183 000 $ pour soutenir un projet — en route depuis deux ans... — voué à «outiller les jeunes face à l'hypersexualisation».

Personne ne rechignera contre un tel effort, qui permettra de réveiller des jeunes hypnotisés en travaillant là où on le peut: c'est-à-dire à l'école, devenue terreau fertile en anecdotes toutes plus ahurissantes les unes que les autres. Mais, Madame la Ministre, que fait-on de tout le reste? En plus de ranimer l'esprit critique des jeunes — une excellente idée, on en convient! —, le gouvernement a-t-il prévu de quoi affronter ce bataillon médiatique devenu éducateur sexuel?

On peut bien aiguiser le jugement des jeunes, espérant qu'une conscience éclairée les arrêtera sur la route de la surenchère sexuelle, mais qui, voulez-vous bien nous le dire, nantira les adultes du bon jugement qui leur fait défaut? La banalisation du phénomène, qui accentue le problème en érigeant la fiction en dogme, est le fait des fabricants et des consommateurs d'images: les responsables de magazines, les auteurs de publicités — avec les 183 000 $ de la ministre, destinés à sensibiliser le Québec en entier, combien de campagnes publicitaires donnant le rôle à des Lolita dénudées? — et les parents qui déguisent leurs enfants en adultes.

Mais le discernement est aussi affaire gouvernementale. Celui-là a beau avoir réitéré l'égalité des hommes et des femmes en renforçant le principe dans la Charte, il doit passer du droit à la pratique. En rappelant, sans gêne, les limites de l'acceptable. En intervenant là où il le peut — raffermir les normes de publicité par exemple? —, sans crainte d'être puritain, interventionniste ou culpabilisateur. On peut être libéral et protecteur des libertés individuelles sans être embarrassé d'afficher quelques frontières.

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machouinard@ledevoir.com

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3 commentaires
  • Dominic Pageau - Inscrit 17 juin 2008 04 h 16

    Tout ça fait maintenant parti de la culture en général

    C'est ça la liberté moderne qui s'oppose aux principes moraux qu'on associe aux religions, on est passsé d'un extreme à l'autre.

    C'est l'exemple qu'on donne à nos enfants et le tout est directement issu des combats féministes.

    Le libertinage, c'était défendu par une Simone de Beauvoir, le droit de disposer de son corps, c'est féministe. Tout comme la flambée des soutiens-gorge.

    Comme d'habitude, les féministes voient la femme comme une victime et l'homme comme un profiteur.

    Pourtant, il est évident que certes les hommes aiment regarder les femmes qui se dévoilent, mais très peu d'hommes les respectent vraiment et encore moins voudraient construire une relation à long terme avec ce genre de femmes

  • Maurice Monette - Inscrit 17 juin 2008 16 h 44

    La culture en général a subi une mutation draconienne surtout à partir de 1989...

    Avec les différentes légalisations que les politiciens(nes) de l'époque MULRONEYENNE ont imposées à la CIVILISATION CANADIENNE, surtout la Québécoise, à partir de la période pré-électorale de 1989, il ne pouvait en être autrement que la perte de CONTRÔLE sur notre ASCENDANT ANIMAL.

    Qu'on se souviennent de tous les RELÂCHEMENTS MORAUX et LÉGAUX qui ont été insufflés dans la $ociété Canadienne $aine à partir de la fin du premier MANDAT de la troupe de brian mulroney / b. m. à OTTAWA. Afin de s'attirer le plus de votes possible pour être réélus(es), celui-ci a "PI$TONNÉS(ES)" divers(es) fidèles confrères et consoeurs à des postes de SÉNATEURS(ES), question de les récompenser de leur rôle dans l'élaboration du premier mandat entre 1984 & 1989 et a nommé un JUGE en CHEF de la COUR SUPRÊME CANADIENNE.

    Un coup ces nominations de fin de mandat réalisées, b. m. leurs fit LÉGALISER plusieures ACTIVITÉES qui jusque LÀ était demeurées dans le GIRON du CRIME ORGANI$É soit, la prolongation des heures d'exploitation des débits d'alcool de 00:00 hre ou 01:00 hre le matin, à plus de 03:00 hres, pour soit-disant contrer une RÉCE$$ION imminente. Puis, question de se créer un bassin de sympathisants(es) dépendants(es), il fit légaliser la "dan$e tople$$", pour attirer les moins évolués(es) et plein de bar$ de dan$eu$e$(danseuses) tople$$ ont e$$aimé$(essaimés). Ces "trous" ont attirés les moins évolués(es) et le$ trafic$ de drogue$ sont parti$ en flèche, la cocaïne étant la plus dangereuse et la plus payante. La LÉGALISATION des "CLUBS de MOTARDS", par le SÉNAT, fut une autre raison de la l'EXPANSION des trafics car, ceux-ci sont les "mules" dont le crime organisé se sert pour livrer les drogues.

    Alors, comment voulez-vous que les jeunes aient plus de discernement, quand leur parents sont ceux et celles qui ont participés(es)à la CHUTE la $ociété HUMAINE $aine du PAY$...?

    Pour faciliter le passage de drogues aux frontières, quoi de mieux que de créer un marché libre de toutes contraintes alor$, le LIBRE-ÉCHANGE fut négocié avec les États-Unis d'Amérique puis, le commerce internationnal a vues aussi toutes ses restrictions disparaître, question de MONDIALI$ER le COMMERCE et du même coup, rendre la voie libre aux différents trafics de stupéfiant$, etc., etc., etc... Tout ÇA, ce fut initier sous la gouverne de b. m., ne l'oublions jamais...!

    Alors, avec tous ces relâchements qui ont été imposés par les plus HAUTES SPHÈRES POLITIQUES du PAYS, comment pourait-il en être autrement avec le comportement HYPER-SEXUALISÉ des jeunes car, l'espèce humaine agi surtout par immitation des comportements des plus vieux. Donc, ces jeunes agissent selon les valeurs de leurs parents et ceux-ci sont issus de la période de libertinage vécue entre 1989 et 1995. Ce sont les enfants de parents qui ont vécus(es) leur maturation parmi une $ociété de $exe, d'alcool et de drogues.

    Certains(es) diront que j'exagère et je répondrai de vérifier ce qui s'est passé de 1989 jusque vers la fin de la décennie 90 et VOUS essaierez de RÉFUTER mes ÉCRITS... Après, VOUS comprendrez pourquoi tous ces relâchements dans les comportements de la jeunesse actuelle.

    Merci de votre ATTENTION & je mets au défi quiconque de prétendre le CONTRAIRE...!

    Votre Ami, SAGE, lui,
    MAURICE MONETTE
    BIOLOGISTE #939

  • Chryst - Inscrit 23 juin 2008 17 h 32

    Un peu plus pour les adultes...

    Ça ne ferait pas de tort si les adultes en avaient un peu plus, du discernement concernant ce problème de société. Quitte à tenir tête à vos ados. Qu'ils sentent que leurs parents ont des valeurs et que tout ne leur est pas permis.