La guerre contre l'abandon scolaire

Tous les enfants sont désormais censés effectuer leurs études primaires en six ans depuis que le redoublement y est désormais interdit. Or, voilà qu'on s'apprête à étendre la mesure aux jeunes du secondaire pour les inciter à persévérer. L'idée est louable, mais ne prendra son sens que si elle s'insère dans un ensemble de mesures visant à redresser l'école secondaire.

La réforme scolaire au secondaire baigne depuis de longs mois dans un flou savamment entretenu et le milieu de l'éducation n'est pas encore fixé sur l'année de sa mise en place, initialement prévue pour 2003. De plus, l'actuel ministre de l'Éducation, Sylvain Simard, n'a pas beaucoup parlé de ce qui constitue à son avis l'essentiel de la réforme tant annoncée.


Dans ce contexte, ce n'est pas sans surprise qu'on apprend que le redoublement ne sera bientôt plus permis au secondaire. En communiquant l'information à notre collègue Marie-Andrée Chouinard, la semaine dernière, le sous-ministre Robert Bisaillon l'insérait dans sa nouvelle politique d'évaluation des apprentissages. À l'avenir, précisait-il, l'élève pourrait «monter» d'année sans avoir à reprendre une matière et pourrait se contenter de plancher uniquement sur la portion mal assimilée, par exemple les fractions ou la grammaire. Des mesures d'appoint, cours d'été ou séjour temporaire au sein d'un groupe de niveau inférieur, sont autant de solutions envisagées.


L'idée n'est pas nécessairement mauvaise. Après tout, le but de la réforme n'est-il pas de faire réussir le plus grand nombre d'élèves? À l'heure actuelle, un élève sur trois quitte le secondaire avant d'avoir obtenu son diplôme, et le taux de décrochage dans certaines polyvalentes tourne autour de 60 %. On l'a dit et redit, l'école secondaire a besoin d'un solide coup de barre et la réforme qui est à ses portes constitue une occasion à ne pas rater. En limitant les «reprises» de cours à leur plus simple expression, le ministère de l'Éducation espère encourager la persévérance.


Mais une mesure de cette importance nécessite un cadre propice à son application. Instaurée dans l'improvisation, elle fera plus de mal que de bien. On a déjà abondamment parlé de la facilité avec laquelle, dans un univers sans redoublement, on peut rapidement réduire le taux d'échec et faire grimper en flèche les taux de réussite. Au ministère de l'Éducation, on répète que le non-redoublement n'est pas un passeport vers la réduction des exigences. Il s'agira de s'assurer que les lacunes diagnostiquées à la fin d'une année seront véritablement corrigées, et non oubliées, parce que l'organisation scolaire manque de souplesse.


Il y a quelque temps, le Conseil supérieur de l'éducation (CSE) visait dans le mille en dénonçant la rigidité de la grille-horaire des étudiants, expliquant presque candidement que l'horaire échappait aux considérations pédagogiques. Cet horaire répond à des exigences d'ordre administratif dans lesquelles les ordinateurs et les conventions collectives occupent une très grande place. Va-t-on profiter de l'implantation de la réforme pour assouplir quelque peu l'organisation de la vie scolaire? Cela sera nécessaire si l'on veut favoriser les projets d'apprentissage multidisciplinaires et le travail en équipe. Cela sera aussi indispensable si l'on veut permettre à l'élève de suivre son groupe tout en rattrapant son retard dans une matière.


Évidemment, l'instauration de «bilans d'apprentissages» à la fin de chaque cycle — cycles dont on ignore encore le nombre, soit dit en passant — serait plus pertinent dans un contexte de retour du titulariat qui est aussi souhaité par le ministre de l'Éducation, Sylvain Simard. Car, qui mieux qu'un professeur ayant établi un lien de confiance avec l'élève peut convaincre ce dernier de suivre la formation d'appoint dont il a besoin?


On le voit, la réforme au secondaire ne sera pas exclusivement une refonte des programmes, tant s'en faut. L'organisation de la vie à l'école devra aussi être repensée, en accordant cette fois la priorité à... l'élève.


Il est impérieux que le ministre de l'Éducation clarifie ses intentions relativement à cette réforme. Et, s'il n'est pas prêt, mieux vaut attendre une année de plus au lieu que de s'obstiner à lancer des changements sans préparation suffisante. Enfin, ne l'oublions pas, les enseignants doivent eux aussi apprivoiser les changements à venir.