La cour est pleine!

Mesdames et messieurs les députés, si vous croyez que la convocation d'une commission parlementaire sur l'industrie du cheval de course suffira encore une fois pour endormir le bon peuple, vous vous trompez. La seule solution raisonnable, c'est que l'État retire ses billes de cette aventure délirante.

Depuis des décennies, nos gouvernements gaspillent des centaines de millions de dollars pour soutenir l'industrie des courses de chevaux. Le prétexte officiel, faux comme ce n'est pas possible, est de protéger les emplois. Or cette industrie est un archaïsme qui n'intéresse plus qu'une poignée de millionnaires proches des partis politiques. Pour le reste, elle ne fait vivre que quelques centaines de travailleurs dans des emplois peu spécialisés, mal payés, et qui peuvent facilement être replacés ailleurs.

De 1999 à 2006, les gouvernements de Lucien Bouchard et de Bernard Landry ont gaspillé 310 millions pour soutenir la Société nationale du cheval de course (SONACC), une bébelle bureaucratique remplie de profiteurs nommés par le gouvernement pour pallier l'incapacité du secteur privé à autofinancer ses activités. 310 millions arrachés par l'impôt à des centaines de milliers d'honnêtes salariés qui s'attendaient à ce que l'argent durement gagné au travail serve à colmater les brèches de nos systèmes de santé et d'éducation.

Dans un rapport spécial produit en 2006, le Vérificateur général dénonçait les comportements abusifs des dirigeants de la SONACC. Des histoires d'horreur de millions de dollars que les petits copains ont mis dans leurs poches sous forme de dépenses et d'indemnités de départ injustifiées. Aucun n'a été traduit en justice.

Avec l'arrivée des libéraux, on se serait attendu à la fin du scandale, mais non. D'abord, pour sortir l'État du décor, on a cédé les hippodromes à un bon vieux libéral, sénateur de son état, par appel d'offres il est vrai, mais avec la promesse de lui verser les profits de 1900 machines à sous qui devaient être installées à proximité des hippodromes. Le tout pour une valeur de... 40 millions par année! Rien ne justifiait un tel cadeau à une industrie privée aussi inutile que socialement nuisible.

Or qu'apprenait-on récemment? Les salons de jeu n'étant pas plus populaires que les courses auprès des parieurs, notre bon sénateur refuse de verser les bourses promises par contrat aux hommes de chevaux. Frustrés, ceux-ci se tournent donc à nouveau vers le gouvernement pour qu'il allonge les millions manquants. Et comme si ce n'était pas assez, ils exigent le retour des généreux crédits d'impôt à l'élevage et la rénovation de l'hippodrome de Montréal aux frais des contribuables, en lieu et place de son déménagement vers la banlieue, où personne n'en veut.

Quant au sénateur, en plus de l'argent des machines à sous, voilà qu'il demande une révision de la valeur immobilière de l'hippodrome de Montréal dans le but de réduire son compte de taxes de plus d'un million par année. Peut-on émettre tout haut voeu plus sincère que celui de le voir perdre sa cause?

La ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, a commenté le dossier en disant que le problème était le désintérêt évident des gens pour les courses. Tiens donc! Pourtant, qui veut parier que son gouvernement continuera de puiser dans nos poches pour répondre aux exigences des hommes de chevaux?

Quant au critique péquiste, François Legault, pourquoi se contente-t-il, en politicien partisan, d'accuser le gouvernement d'avoir choisi un libéral qui n'y connaît rien en gestion d'hippodromes au lieu de se scandaliser du pillage illimité de fonds publics dont tous les gouvernements, y compris le sien, se rendent coupables? Rappelons-lui que l'autre candidat à l'acquisition des hippodromes était Remstar, qui vient d'acquérir TQS...

Répétons-le: si l'industrie des courses de chevaux ne peut pas survivre par ses propres moyens, ce qui est le cas, la seule chose à faire est de la laisser mourir de sa belle mort.

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j-rsansfacon@ledevoir.com
 
4 commentaires
  • Diane Mercier - Inscrite 16 mai 2008 08 h 45

    C'est l'évidence même!

    Comment se fait-il que cela prenne temps de temps pour se rendre compte de cette évidence. Il faut tirer la "plogue".

  • Bruno Giroux - Abonné 16 mai 2008 09 h 30

    Pendant ce temps-là...

    La présidente du Conseil du trésor disait ne pas savoir où trouver les 50 millions de dollars nécessaires pour ne pas pénaliser certaines personnes qui voient leur revenu diminué parce que les «pensions» versées par le parent (presque toujours un homme) d'un enfant à la suite d'un divorce ou d'une séparation entrent en ligne de compte dans le calcul du revenu de cette personne.

    Toujours pendant ce temps-là, les pensions des retraités de l'État ne sont pas indexées.

    Mais il y a toujours de l'argent pour les déjà riches petits amis du gouvernement.

    Voilà un sujet que Mario Dumont, bien documenté, pourrait dénoncer.

    Ce dossier des courses de chevaux, avec les centaines de millions de dollars qu'il a siphonnés, est un scandale qui a assez duré.

  • Jean Desjardins - Inscrit 16 mai 2008 11 h 07

    Il est urgent...

    "Il est urgent d'attendre et, surtout, de ne rien faire !!!"

    N'est-ce pas la devise du Québec de 2008 ?


    Jean Desjardins

  • Fleurette Riverin - Inscrite 16 mai 2008 11 h 18

    Les "hommes de chevaux"

    Monsieur Sanfaçon, votre analyse mérite un 10/10, vous remettez les pendules à l'heure et les mauvaises notes à ceux qui le méritent en faisant fi de la partisannerie politique.

    Espérons que vous serez entendu et que cette industrie moribonde où les payeurs de taxes ont été utilisés depuis 1999 pour payer de juteux montants "aux hommes de chevaux" qui n'étaient que des amis politiques, alors qu'on a englouti 310 millions de nos impôts pour leur faire faire la belle vie, et que les argents continuent à grossir le gouffre parce que cette industrie n'est plus rentable puisqu'elle n'intéresse plus personne, il faut se rendre à l'évidence que le simple bon sens est de ne plus donner aucune subvention à cette industrie et qu'elle doit mourir de sa belle mort si elle n'est pas capable de se financer. Il y a une limite à nous vider les poches, c'est un scandale créé par ceux qui crient le plus fort aujourd'hui, sans doute pour cacher leur propre turpitude!