Menace indienne

Pour la troisième fois en moins d'un an, l'Inde et le Pakistan ont investi le territoire de tous les dangers. À quelques nuances près, le prétexte à la vaste concentration de troupes constatée ces jours-ci est identique aux montées de fièvre observées antérieurement: le gouvernement indien estimant que son pendant pakistanais s'emploie à soutenir les terroristes, contrairement à ce qu'il affirme, il n'a pas d'autre choix que d'ordonner une mise en alerte de tout l'appareil militaire. Résultat net: un million de soldats de ces deux nations disposant d'armes nucléaires sont massés le long de la frontière indo-pakistanaise, surtout au Cachemire.

La probabilité que l'Inde appuie sur la gâchette la première est cette fois-ci plus élevée qu'auparavant. Pourquoi? Parce que tout, semble-t-il, se réduit à une affaire de crédibilité. Dans le cas du premier ministre indien Atal Behari Vajpayee, on rappelle avec force ici et là qu'il ne peut pas hausser continuellement le ton sans rien faire. Qu'il baisse la garde, qu'il commande un retrait des troupes, ce qui est évidemment souhaitable, et il sera discrédité aux yeux d'une opinion animée par un fort ressentiment à l'endroit des musulmans. Du côté pakistanais, le premier ministre Pervez Musharraf est littéralement sur le fil du rasoir. À plus d'une reprise, il a certifié que des mesures draconiennes seraient prises à l'égard des militants d'un islam pur et dur. Le hic, c'est que New Delhi juge ces mesures insuffisantes.


L'Inde juge Musharraf trop mou, voire menteur, sans jamais avoir pris pleinement conscience que sa marge de manoeuvre est extrêmement mince. Jusqu'où peut aller le chef du gouvernement pakistanais sans provoquer la colère de la rue, sans plonger le pays dans une guerre civile? En outre, il se trouve que la rue pakistanaise estime justement que Musharraf est beaucoup trop indifférent au sort fait aux musulmans indiens. Dans cette histoire, on ne doit pas oublier que l'Inde est la troisième nation musulmane au monde, juste derrière le Pakistan.


Cela étant, la problématique qui se pose actuellement est particulièrement critique pour les États-Unis. Depuis la chute du Mur, Washington s'est passablement rapproché de l'Inde dans lequel elle voit un allié fiable dans le combat géostratégique qui l'oppose à la Chine. Pour ne pas être en reste, cette dernière s'est pour ainsi dire empressée de devenir le principal fournisseur en armes du Pakistan. Mais voilà, dans la lutte contre le terrorisme, les États-Unis ont grandement besoin du Pakistan. En un mot, l'administration Bush est condamnée à ménager la chèvre et le chou, à jouer finement la partie diplomatique qui s'amorce afin d'apaiser les tensions.


Tout ce qu'on espère, c'est que le gouvernement de l'Inde mette un terme à la position unilatéraliste qu'il a adoptée.