Enfin!

À compter de demain, la vie normale reprendra progressivement son cours à Radio-Canada. Ne boudons pas notre plaisir après un conflit de travail qui a déjà beaucoup trop duré. Radio-Canada est un joueur important dans la vie politique et culturelle du Québec et personne ne souhaite que l'entreprise, déjà fragilisée, ne s'affaiblisse davantage. Au contraire, on se prend même à espérer que patrons et syndiqués parviendront à s'interroger ensemble sur l'avenir de Radio-Canada afin d'apporter les ajustements qui s'imposent.

Mais pour l'heure, ne rêvons pas. Même s'ils étaient manifestement désireux de rentrer, les syndiqués, qui ont accepté les offres patronales à 70 %, étaient loin de l'euphorie. Dans les heures précédant le vote d'avant-hier, la direction s'était engagée à créer un forum de réflexion avec les dirigeants du syndicat afin d'y discuter des problèmes de l'entreprise et du développement professionnel des employés. Voilà une voie qui pourrait être prometteuse.


Dans un conflit, personne ne gagne jamais tout. Les syndiqués ont obtenu l'accès à la permanence pour 132 contractuels et la création de 20 nouveaux postes au Centre de l'information à Montréal. Les autres contractuels auront accès à un régime de retraite. Par ailleurs, un comité se penchera sur les iniquités salariales entre les hommes et les femmes.


Par-delà les erreurs de stratégie des uns et des autres, le conflit aura mis en lumière l'ampleur du malaise à Radio-Canada. On savait que les employés étaient insatisfaits, mais qui est tout à fait satisfait de son travail? Voilà donc étalées au grand jour des pratiques qui ne sont pas sans lien, évidemment, avec les changements qui ont eu cours à Radio-Canada comme dans l'ensemble de l'industrie au cours des dix dernières années. Et, au delà des conditions de travail, ces transformations provoquent une inquiétude dont la direction serait bien avisée de prendre acte.


Le conflit aura démontré qu'il est grand temps pour Radio-Canada de clarifier son rôle. Ce ne sera pas là tâche facile. Mais avant d'entreprendre de tels débats, il faut d'abord que, d'un côté comme de l'autre, on mette de côté la hargne pour réapprendre à travailler ensemble, pour le plus grand plaisir du public, qui a hâte de retrouver ses voix et ses visages.