Quelle négligence !

Dans un moment de panique rare, les députés fédéraux ont adopté, mardi soir, une loi d'exception qui force le redémarrage du réacteur nucléaire de production d'isotopes de Chalk River, au nord-ouest d'Ottawa. Sans nier l'urgence de la situation, il faut s'inquiéter des conséquences de la négligence de l'opérateur Énergie atomique du Canada limitée (EACL).

Le réacteur national de recherche universel (NRU) de Chalk River produit des isotopes radioactifs qui servent à repérer des tumeurs autrement invisibles. Un réacteur nucléaire exige d'être refroidi à l'eau de façon constante pour ne pas fondre sur place en laissant échapper de la radioactivité. Et compte tenu des vents dominants, il suffirait de quelques heures pour que le nuage radioactif contamine le Québec...

La vie utile d'un réacteur nucléaire est de 35 ans. Au-delà de cette période, il faut procéder à sa mise à niveau pour en prolonger l'utilisation. Celui de Chalk River a 50 ans!

Lors du renouvellement du permis de Chalk River, en 2006, la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN), l'agence de surveillance qui s'assure que toutes les normes de sécurité sont respectées, avait exigé de l'opérateur, Énergie atomique du Canada, qu'il installe des moteurs de secours au système de refroidissement pour prendre le relais en cas d'incendie ou de tremblement de terre. Ce qui n'a pas été fait, a-t-on pu constater le mois dernier. EACL a reconnu son erreur mais, comme on n'avait pas prévu d'apporter les corrections cette année, il s'est ensuivi un retard aux travaux d'entretien courant et une grave pénurie d'isotopes pour les clients du monde entier.

Selon la CCSN, même si le risque d'accident est extrêmement faible, le réacteur ne devrait pas être remis en marche avant la fin des travaux. En agissant comme il le fait, le Parlement mine l'autorité de la Commission et laisse Énergie atomique du Canada sans contrôle

externe.

Compte tenu de l'urgence de la situation, Ottawa se devait d'intervenir pour autoriser la relance du réacteur pour un maximum de 120 jours, nous en convenons. Mais contrairement à ce qu'a déclaré M. Harper, ce n'est pas la Commission de sûreté nucléaire qu'il faut blâmer, mais Énergie atomique du Canada, qui n'en est pas à ses premières gaffes. Même à titre de producteur d'isotopes, EACL traîne les pieds: comment expliquer que la mise en activité des réacteurs qui remplaceront le vieux réacteur NRU ne soit prévue que dans une dizaine d'années? Le vieux NRU pourra-t-il durer aussi longtemps de façon sécuritaire? EACL va-t-elle profiter de la situation pour inciter Ottawa à outrepasser une autre fois les pouvoirs de la Commission aux dépens de la sécurité?

En jetant la pierre à la Commission de sûreté nucléaire sous prétexte que ses membres ont été nommés par les libéraux, M. Harper fait preuve de manque de jugement. Si partisanerie il y a dans cette affaire, c'est le premier ministre lui-même qui en est l'auteur, lui qui vient de donner le bon Dieu sans confession à un opérateur de centrales nucléaires dont les intérêts à titre de fabricant et de vendeur de réacteurs sont incompatibles avec la fonction de contrôle de la sécurité propre à la CCSN.

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11 commentaires
  • Louis-Marie Poissant - Abonnée 12 décembre 2007 23 h 04

    EACL: J'ai perdu confiance à cause du manque de transparence

    Centrale de Chalk River. Longitude : 46.0529°. Latitude: -77.3629°. Allez voir sur la carte.
    En effet le vent souffle chez nous du sud-ouest ou du nord-ouest. De plus, toute la centrale est à environ 200 mètres de la rivière des Outaouais, qui se jette dans le Saint-Laurent, où se prend l'eau de la partie nord de l'archipel de Montréal.
    Pour avoir suivi ce dossier depuis des années, je ne crois pas que le risque soit immédiat, si risque il y a. Ce qui est agaçant avec Chalk River, c'est le manque de transparence, même envers les autorités de santé publique de l'Outaouais.
    Pourquoi?
    La confiance se construit quand l'autre a l'audace de communiquer le risque, incluant sa propre incertitude par rapport au risque. Cette assertion est devenue évidente depuis dix ans pour tous ceux qui ont à gérer un risque environnemental.
    EACL est-elle figée à l'époque pré-Gorbatchev?
    Dommage, une bonne occasion manquée de discuter sereinement du nucléaire...

  • Gabriel RACLE - Inscrit 13 décembre 2007 06 h 36

    Stratégie?

    La question qu'il faut se poser est toujours la même. Pourquoi le Premier ministre a-t-il décidé brusquement de court-circuiter les responsabilités de la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) et de lui faire porter le blâme de la pénurie d'isotopes, alors que la responsabilité réelle en revient à Énergie atomique du Canada limitée (EACL)?
    Parce que le sujet s'inscrit parfaitement dans la ligne et dans la stratégie politiques de Stephen Harper. Le manque d'isotopes, avec ses conséquences pour des malades, est un sujet psychologiquement sensible, puisqu'il atteint concrètement des personnes et émeut la sensibilité générale... et donc celle de futurs électeurs.
    Il y a donc là une occasion en or d'intervenir bruyamment et « énergiquement » et de mettre ainsi en lumière le soin qu'il prend de la population. Cette façon de toucher directement la population - et donc des électeurs potentiels - est une caractéristique de la manière d'agir du Premier ministre, qui est passé maître dans l'art de manier la psychopolitique. Dans le cours normal des choses, le problème du réacteur de Chalk River aurait dû se régler techniquement depuis fort longtemps, si un suivi correct de cette question avait été fait, en contraignant EACL à exécuter les travaux nécessaires.
    La dramatisation de cette question avec une loi votée en urgence par le Parlement sert les intérêts électoraux du chef du parti conservateur, qui pourra l'inscrire au moment opportun au tableau de ses réalisations. Dès les premiers pas de S. Harper et de son « art » de gouverner, il est apparu clairement qu'il est passé maître, seul ou à l'aide de conseillers, dans l'utilisation de la psychopolitique, au sens où il utilise ou annonce des mesures ayant un impact psychologique direct sur les citoyens, afin d'atteindre son objectif de réélection. Sans entrer ici dans une analyse plus détaillée, qui serait nécessaire et intéressante, on peut constater que, globalement, S. Harper cherche à l'évidence à mettre l'électorat ou une fraction significative de celui-ci de son côté, en introduisant délibérément la psychologie dans son programme politique ou dans ses interventions. De ce point de vue, il se distingue incontestablement de Paul Martin et de son gouvernement, qui manquait par trop de conseillers compétents dans ce domaine. L'incapacité actuelle apparente du parti libéral semble présager qu'il aura du fil à retordre s'il veut s'imposer aux prochaines élections, face à un adversaire aussi retors.

  • Gilles Bousquet - Inscrit 13 décembre 2007 07 h 34

    Gros problème de planification gouvernementale

    Si ce vieux réacteur nucléaire explose et laisse échapper ces isotopes, plusieurs Québécois, par les vents dominants, vont recevoir, en même temps, tout un traitement....gratuitement

  • Jean-François Couture - Inscrit 13 décembre 2007 08 h 08

    L'isotope en folie !

    On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps. - Abraham Lincoln

    L'industrie du nucléaire travaille main dans la main avec tout ce qui s'appelle lobby pétrolifère et militaro-industriel aux USA comme au Canada. C'est la même gang. Bonnet blanc, blanc bonnet. Just think General Electric !

    Preuve de concept : Pour s'excuser de la victoire de la résistace populaire au nucléaire dans vaudreuil-Soulanges; John le Charest a plus ou moins donné l'éolien québécois à GE et ses mignons.

    Part 2...

    Un autre plan des conservateurs suscite les critiques à Ottawa. Le gouvernement vient d'annoncer que le Canada va se joindre au partenariat pour l'énergie nucléaire. Il s'agit d'un pacte international créé par l'administration Bush qui est loin de faire l'unanimité.

    On a réussi à completement balayer toute prétention à la sécutité publique au nom du profit immédiat. What else is new ?

    L'info de base est disponible sur le site du Regroupement pour la surveillance du nucléaire. http://www.ccnr.org/index_f.html

    On applique sans faille et avec un succèes éclatant les principes de bases de la propagande à la Edward Bernays...

    Le peuple est une masse imbécile faite pour être menée par ceux qui se donnent la peine de le tromper. - Frédéric II de Prusse

    Plus on est ignorant, moins on s'en aperçoit. - Louis Pasteur

  • Gerry Pagé - Inscrit 13 décembre 2007 08 h 27

    Du journalisme de Fatah.

    Alors que du très haut de je ne sais laquelle de vos compétence, vous timbrez l'actuel Premier Ministre du Canada de «manquer de jugement» et de «donner dans la partisanerie», il est facile d'imaginer ce que vous auriez écrit, si Monsieur Stephen Harper n'avait pas forcé le redémarrage du réacteur nucléaire de production d'isotopes de Chalk River.

    Je ne sais pas dans quelles réserves, autres que les caches bloquistes et les renardières séparatistes, les mollahs de la Fatah journalistique québécoise vont chercher les munitions de leurs tirs cribleurs à l'endroit de l'actuel Premier Ministre du Canada ainsi que les mines qu'ils dispersent à leur gré dans le seul but de «faire sauter» la confiance et le respect collaborateurs des citoyens, ces fondements du maintien de la paix sociale et de la démocratie.

    Gerry Pagé
    Ville de Québec