Les attentes des Gaspésiens

Le premier ministre Bernard Landry annoncera aujourd'hui l'implantation d'un centre d'appels à Murdochville. Les Gaspésiens apprécieront les efforts que fait le gouvernement québécois pour redresser un tant soit peu la situation économique, efforts qui, tant qu'ils demeureront de cet ordre, ne réussiront toutefois pas à renverser la situation.

La Gaspésie n'a jamais été une région où il est facile de vivre. Ses ressources naturelles s'épuisant, elle ne peut soutenir une population qui, depuis déjà plusieurs décennies, a entrepris un exode, qui, s'il n'est arrêté, dévastera de façon irrémédiable ce coin de pays. La bataille pour garder ouverte la ville de Murdochville a, à cet égard, une valeur symbolique importante pour ceux qui ne veulent pas que la Gaspésie glisse davantage vers le sous-développement. Pour y arriver, il faudra cependant plus que des centres d'appels dont les effets structurants sur l'économie sont limités.

Le projet d'exploration gazière dans le golfe Saint-Laurent qui fait l'objet de négociations entre Québec et Ottawa est le type de projets dont la Gaspésie a besoin. On ne peut parier sur le long terme puisqu'il faudrait connaître d'avance les résultats de l'exploration, mais les Gaspésiens y trouveront leur compte si du pétrole et du gaz sont trouvés. Si cela s'avérait, ce sont quelque 4000 emplois qui seraient créés pendant la phase de développement. La découverte de pétrole dans le golfe, du côté de Terre-Neuve, permet de croire que ce n'est pas là simple miroir aux alouettes.

La lenteur du gouvernement fédéral à donner le feu vert à l'entente conclue entre fonctionnaires québécois et canadiens impatiente le premier ministre Landry. Si ce n'était qu'une question de jours supplémentaires dont on aurait besoin à Ottawa, il n'y aurait pas lieu de s'inquiéter, mais l'histoire récente est riche d'exemples où des projets majeurs ont été mis en péril par l'attentisme d'Ottawa. Le plus éloquent de ces dossiers est celui de l'autoroute 30 dont tous conviennent qu'elle est indispensable au développement de la région métropolitaine. Après avoir traîné pendant trois ans pour faire connaître ses couleurs, voilà qu'Ottawa annonçait vendredi une participation financière bien en deçà des attentes du Québec. Visiblement, on ne veut pas, à la veille des élections, effectuer des gestes susceptibles d'aider le gouvernement Landry.

Le jeu politique étant ce qu'il est, on ne peut exiger qu'Ottawa et Québec s'entendent sur tout. Chacun poursuit ses propres objectifs, mais il y a des limites à ne pas franchir. Une visite en Gaspésie du ministre canadien des Ressources naturelles, Herb Dhaliwal, l'aiderait à comprendre la réalité économique de cette région. Il verrait que le «separatist agenda» qu'il dénonçait vendredi aux Communes n'existe que dans son esprit. On aimerait que, dans ce dossier, il agisse avec la même célérité qui lui a fait promettre aux pétroliers de l'Ouest, voilà quelques jours, toute l'aide financière dont ils auront besoin pour la mise en oeuvre du Protocole de Kyoto.

L'insistance du gouvernement Landry à obtenir un accord rapide de la part d'Ottawa est justifiée. Les discussions entre les deux gouvernement remontent tout de même à 1999. On a eu le temps d'examiner le projet sous tous ses angles. Les différends autour des compétences constitutionnelles peuvent être facilement contournés en précisant que l'entente conclue l'est sans préjudice à la position de chacun sur le statut territorial du golfe Saint-Laurent. Cela a été fait dans des ententes similaires avec Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse. Quant aux études environnementales, Québec devrait s'y soumettre volontiers.

Contrairement à d'autres projets, tout retard a un impact majeur dans la réalisation des premiers forages en raison de la courte période où ceux-ci peuvent avoir lieu. Certes le pétrole ne s'envolera pas si l'on devait attendre encore un an ou deux, mais la dose de confiance des Gaspésiens en l'avenir diminuera encore. Pour eux, l'avenir n'est pas sans limites.

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