Changer d'attitude

Quelque 43 % des mariages se terminent par un divorce. Pour les enfants, la séparation est une étape marquante qui peut être extrêmement difficile. Dans un tel contexte, nous saluons l'initiative du ministre de la Justice, Martin Cauchon, visant à réduire les impacts néfastes d'une séparation auprès des enfants.

Le ministre de la Justice se propose de modifier la Loi sur le divorce, afin d'y signifier haut et fort que l'intérêt de l'enfant doit primer. Une liste de critères précis sera dressée pour guider les parents, les médiateurs et les juges dans le partage des responsabilités familiales après la séparation. Les termes «garde» et «accès» seront remplacés par «responsabilités parentales» et «temps parental», de manière à exclure les notions de gagnant et perdant du processus. On ne peut qu'être d'accord avec ces changements. Souvent, mais pas tout le temps, les parents sont engagés dans une lutte sans merci, aux dépens des enfants alors tiraillés entre les deux adultes qu'ils aiment le plus. L'enfant ne doit pas être un objet qu'on s'arrache, rappelle le ministère de la Justice.

Le règlement des questions entourant la garde des enfants revêt un caractère hautement émotif qui n'est pas toujours propice aux décisions éclairées. Il est temps que le gouvernement fédéral mette en place les structures qui faciliteront le recentrage du processus sur l'intérêt de l'enfant. Le ministre de la Justice veut encourager la médiation, étape favorisant une entente à l'amiable. Le Québec dispose d'ailleurs d'un service de médiation très apprécié, visant justement à faciliter le passage à une nouvelle étape de tous les membres de la famille.

Plus qu'un changement de vocabulaire, le projet fédéral vise à provoquer une nouvelle attitude en amenant les parents à mieux assumer leurs responsabilités. Et même si la garde partagée n'est pas la formule retenue, l'autre parent continue d'exercer son rôle et de prendre des décisions relativement aux aspects clés de la vie de l'enfant. On souhaite que cette initiative permette aux parents de mieux faire équipe. Voilà une tâche considérable et essentielle.

Certains auraient désiré que le gouvernement fédéral fasse de la garde partagée le modèle privilégié. Mais il faut savoir gré au ministère de la Justice de ne pas avoir retenu cette suggestion, qui ne peut convenir à tous. Cela dit, il faut souhaiter que les changements proposés permettent aux pères d'être plus présents auprès de leurs enfants une fois la famille séparée. Pour toutes sortes de raisons, les pères ne jouent pas toujours leur rôle après le divorce.

Toute initiative visant à placer l'intérêt de l'enfant au coeur d'une démarche menant au divorce doit être appuyée. Trop d'enfants subissent le contrecoup des désaccords de leurs parents, ainsi entraînés dans un tourbillon qui risque de les déstabiliser.