Rabaska attendra

Après les environnementalistes et la Commission de protection du territoire agricole, c'est au tour d'Ottawa d'hésiter à donner son aval au projet de port méthanier Rabaska, à Lévis. Ce n'est pas que le gouvernement Harper soit soudainement devenu l'allié des environnementalistes, mais compte tenu des arrêts de la Cour suprême depuis 2004, les gouvernements sont tenus de consulter les autochtones chaque fois qu'un projet d'envergure est envisagé sur des terres faisant l'objet de revendications territoriales. Ce qui est le cas des terrains sur lesquels Québec a autorisé le consortium Rabaska à construire un port méthanier.

Combien de temps faudra-t-il à l'Agence canadienne d'évaluation environnementale pour faire le tour de la question avec les Malécites, cette nation du Bas-Saint-Laurent qui a manifesté son opposition? Et surtout, où cette consultation mènera-t-elle? Pour le moment, on n'en sait rien puisque les précédents en la matière sont à peu près inexistants.

Cela étant, même si cette consultation aboutit rapidement, le principal obstacle à la première pelletée de terre de ce projet controversé est ailleurs. Pour le moment, ni Rabaska ni son concurrent Cacouna, près de Rivière-du-Loup, n'ont en poche les contrats d'approvisionnement en gaz naturel liquéfié indispensables à un investissement de cette ampleur. Or ces deux consortiums sont eux-mêmes en concurrence avec des dizaines de distributeurs comme eux, qui cherchent du gaz pour approvisionner d'éventuels ports méthaniers toujours à l'état de projet.

Il faut comprendre que, contrairement à ce qu'affirment leurs promoteurs, Cacouna et Rabaska ne sont pas des projets destinés à assurer d'abord la sécurité énergétique du Québec mais bien l'avenir des distributeurs eux-mêmes sur le marché du nord-est du continent. Dans le cas d'Énergie Cacouna, il s'agit de Trans-Canada Pipeline et de Pétro-Canada, alors que Rabaska est piloté par Gaz Métropolitain, Gaz de France et Enbridge.

Compte tenu du prix de plus en plus élevé du gaz naturel, dont la demande a grimpé en flèche à travers le monde, il n'est d'ailleurs même pas certain que le Québec aura besoin de la plus grande partie des importations de gaz qui transiteraient par l'un ou l'autre de ces deux ports, et encore moins par les deux à la fois. La clé du problème, c'est en Russie qu'elle se trouve, chez le grand producteur Gazprom. À cause de la rareté, celui qui signera un contrat d'approvisionnement à long terme avec les Russes prendra une longueur d'avance sur tous ses concurrents pour l'est du continent.

Il ne suffit donc pas d'obtenir l'autorisation de construire un port; il s'agit surtout de convaincre les Russes de l'intérêt de signer un contrat d'approvisionnement à long terme. Et pour ce faire, au moins un des deux consortiums, Énergie Cacouna, se dit prêt à faire une place à Gazprom dans son projet.

Il est donc loin d'être assuré que Cacouna et Rabaska verront le jour. La logique aurait voulu qu'un seul projet soit proposé, celui de Gros Cacouna, où un port en eau profonde existe déjà. Toutefois, concurrence oblige: Québec a donc approuvé deux projets, dont au moins un — sinon les deux — portera un jour le nom d'éléphant blanc.

***

j-rsansfacon@ledevoir.com

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6 commentaires
  • Gilles Bousquet - Inscrit 15 novembre 2007 06 h 58

    Comme le verre de lait, deux, c'est mieux

    On a déjà un aéroport comme éléphant blanc si on ajoute un port, ça va nous faire le couple.

  • Mario Tremblay - Abonné 15 novembre 2007 08 h 01

    Présentez n'importe quoi!

    Présentez n'importe quoi! Peu importe le projet, arrivez au milliard tout rond et dites que vous créerez des emplois. Je crois que même un projet de camp de concentration passerait aujourd'hui!
    Et les politiciens se demandent pourquoi les électeurs sont déçus!

  • roger montreal - Inscrit 15 novembre 2007 11 h 18

    Charest n'a pas changé

    Nous voyons bien que CHAREST, n a pas changé même minoritaire, il pense a ses amis.
    Il s entète a faire se port meme si la majorité est contre.
    ROGER MONTREAL

  • Dany Pelchat - Inscrit 15 novembre 2007 13 h 53

    Le projet de port méthanier Rabaska de Lévis

    En tant que citoyen de Lévis, je me suis toujours intéressé au projet Rabaska depuis son tout début. J'ai lu et écouté la plupart des arguments positifs ou négatifs de ce projet et je dois dire que, jusqu'à tout récemment, ce projet me laissait assez indifférent. J'y voyais des inconvénients certes, mais aussi des avantages.

    Cependant, un article du Dr Pierre Langlois Ph. D physicien, dont le mémoire a été rejeté par le BAPE faute d'avoir eu le temps de l'analyser en profondeur, a récemment attiré mon attention et m'a fait réfléchir. Cet article intitulé: "La puissance de bombes atomiques en face de Québec...", a paru le 7 novembre 2007 dans la section Opinions du site Internet:

    http://www.cyberpresse.ca/article/20071107/CPSOLEI

    À la lecture de cet article, j'ai constaté que nous, citoyennes et citoyens de Lévis, particulièrement ceux des cartiers situés à l'Est de la ville, étions en train de nous laisser farcir comme des grosses dindes de Noël par les paroles mielleuses et faussement rassurantes des promoteurs du projet Rabaska.

    En effet, pour des raisons purement ÉCONOMIQUES questionnables, non prouvées et suite à des études bâclées par manque de temps ou de financement (BAPE) ou carrément rejetés du revers de la main par le gouvernement de Jean Charest (CPTAQ), nous sommes en train de nous faire passer une GIGANTESQUE BOMBE À RETARDEMENT directement sous le nez, avec l'appui bienveillant du conseil municipal de la ville de Lévis ainsi que par le gouvernement libéral de Jean Charest, celui du gouvernement conservateur de Stephen Harper et toute la faune économique de la région de Québec.

    Personnellement, je ne suis pas contre la venue d'un ou plusieurs projets de ports méthanier au Québec, au contraire. Mais, compte tenu des risques énormes que ces projets comportent au niveau de la SÉCURITÉ de la population, il ne faut surtout pas que ces projets se réalisent dans des zones urbaines ou semi-urbaines et sûrement pas à l'endroit choisi (l'Est de la ville de Lévis) par les promoteurs du projet Rabaska.

    Quand j'ai pris connaissance des conséquences catastrophiques de l'explosion possible d'un méthanier, ou des réservoirs de stockage, aussi près (1.5 km) de nos zones résidentielles de l'Est de Lévis, j'ai délaissé le côté Obscur de la Force pour rejoindre celui des OPPOSANTS au projet Rabaska.

    JE ME SOUVIENS du cargo maltais N/M Alcor qui a failli se briser en deux après s'être échoué sur un banc de sable près de l'île d'Orléans, le 9 novembre 1999, suite à des problèmes mécaniques. Imaginez si un incident comme celui-là se produisait, par simple coïncidence, juste au moment ou un méthanier effectue le déchargement de sa cargaison. Aucun de ces navires n'est infaillible (on l'a bien vu avec le Titanic qui devait être insubmersible) et des bris mécaniques peuvent survenir à tout moment. Pensez à ce qui pourrait se produire si les équipements de réfrigération du gaz naturel faisaient défaut suite à un bris ou un sabotage à bord d'un méthanier. De plus, compte tenu de la circulation maritime importante à cet endroit, pensez aux risques énormes d'explosion qu'entrainerait une grave collision entre un navire (cargo, pétrolier, navire de croisière) et un méthanier, et ce même si ce dernier était doté d'une double coque. Je n'ose même pas l'imaginer. Et pourtant, dans le secteur envisagé par les promoteurs du projet, la largeur du chenal n'est que de 1.8 km, soit une largeur inférieure à l'endroit ou l'Alcor s'était échoué en 1999 (2.5 km).

    JE ME SOUVIENS aussi du cargo grec, l'Athanasia Comminos, qui a heurté, le 20 décembre 1980, la structure et le pilier nord du Pont de Québec après avoir été entraîné par les glaces suite à une panne de moteur. Cet incident aurait facilement pu causer la perte du navire ainsi que celle du Pont de Québec si les circonstances avaient été moins favorables. Suite à cet incident, le pont avait été fermé à toute circulation pendant plusieurs jours afin qu'il soit minutieusement inspecté. Heureusement, aucun dégât structurel majeur n'avait été détecté.

    JE ME SOUVIENS aussi des nombreuses fois ou des traversiers et autres navires se sont retrouvés coincés dans les glaces en hiver près de Québec, sans pouvoir gouverner, et qui ont dérivés, à cause des marées, presqu'à l'endroit où sera situé le point de débarquement du port méthanier de Rabaska. À chaque année, quelques navires se retrouvent en difficulté dans cette zone à cause des glaces.

    JE ME SOUVIENS aussi du destroyer États-Unien USS Cole qui a failli couler, le 12 octobre 2000, alors qu'il était amarré à Aden au Yémen, suite à l'explosion d'une petite embarcation terroriste d'Al Qaïda bourrée de puissants explosifs. 17 marins y ont perdu la vie et 37 autres ont été sérieusement blessés. Pourtant ce navire était extrêmement bien protégé par son épais blindage. Et pourtant, l'explosion a causé une brèche de plusieurs mètres carrés sur le flanc du navire.

    Compte tenu de notre implication en Irak et en Afghanistan, qu'arriverait-il si des terroristes réussissaient à s'approcher d'un méthanier amarré à son point de débarquement et parvenaient à y faire sauter une bombe aussi puissante que celle utilisée contre le destroyer USS Cole ? Inutile de vous rappeler que la protection entourant un méthanier, même s'il possède une double coque, ne serait en rien comparable à la protection que possèdent les navires de guerres États-Uniens qui ont pourtant subis d'importants dommages suite à des attaques terroristes.

    JE ME SOUVIENS aussi de l'explosion, en 1917, du Mont-Blanc, un navire français transportant des munitions. Celui-ci a explosé après être entré en collision avec le navire norvégien Imo qui se rendait en Belgique. Le Mont-Blanc prit feu et explosa, tuant 2 000 personnes à Halifax (Nouvelle-Écosse) et en blessant des milliers d'autres. L'explosion engendra un tsunami, et une onde de choc si puissante qu'elle cassa des arbres, plia des rails de chemin de fer et démolit la plupart des édifices, transportant des débris sur des centaines de mètres. Ce fut la plus grande explosion créée par l'homme jusqu'aux premiers essais atomiques en 1945 et elle figure toujours parmi les plus grandes explosions artificielles non-nucléaires.

    En termes de puissance et d'onde de choc, l'explosion d'un méthanier moderne se comparerait à celle du Mont-Blanc. Imaginez alors les conséquences catastrophiques pour les résidents des cartiers situés à l'Est de la ville de Lévis, ceux de la pointe Sud de l'île d'Orléans et ceux de Beaumont. Imaginez, dépendant du déplacement des vents, les destructions et les brulures causées par l'embrasement du nuage de gaz résultant de la regazéification, suite à un violent impact, du gaz naturel liquéfié à -160 degrés. Demandez à n'importe quel pompier ce qu'est un BLEVE et il vous parlera des ravages catastrophiques que cela peut produire. Imaginez le nombre de personnes qui devront être évacuées ou qui ne pourront peut-être pas l'être. Imaginez le chaos que cela produirait dans nos vies et notre économie pendant plusieurs semaines sinon plusieurs mois ou plusieurs années. Imaginez les conséquences d'une telle catastrophe si celle-ci se produisait en plein hiver à -30 degrés. Rien qu'à y penser, j'en ai des sueurs froides.

    JE ME SOUVIENS aussi de la catastrophe de Bhopal en Inde, survenue le 3 décembre 1984. Cette catastrophe industrielle est la plus importante à ce jour. L'explosion de l'usine de pesticides de la multinationale États-Unienne Union Carbide, a dégagé 40 tonnes d'iso cyanate de méthyle dans l'atmosphère de la ville, tuant entre 16,000 et 30,000 personnes, dont 8,000 la première nuit. On a ainsi répertorié au total 362,540 victimes à des degrés divers.

    Suite à cette catastrophe, environ 80,000 demandes d'indemnisation avaient été déposées contre la compagnie responsable. Cette dernière s'était empressée de déclarer faillite pour éviter de payer les sommes astronomiques ainsi réclamées, laissant alors les victimes sans le sous et à leur triste sort.

    Si une telle catastrophe survenait au port méthanier Rabaska, soyez assurés que nous, citoyennes et citoyens de l'Est de la ville de Lévis, serions les seuls à en assumer les frais et les conséquences. Nos centres hospitaliers déjà surpeuplés ne pourraient pas suffire à l'arrivée massive de milliers de blessés à divers degrés. Ce faisant, plusieurs personnes risqueraient d'en mourir ou avoir des séquelles physiques permanentes.

    Ni les compagnies promotrices du projet Rabaska ni aucune compagnie d'assurance ne voudront rembourser les dégâts causés (Act of God), surtout s'ils ont été causés par des attentats terroristes (exclusion causé par des actes de guerre) et nos gouvernements (municipal, provincial et fédéral) trouveront toutes sortes d'excuses pour s'en laver les mains. Pour eux, nous ne serons que des dommages collatéraux. Après tout, les décideurs ne seront jamais imputables des décisions qu'ils prennent aujourd'hui car il n'auront fait que donner le feu vert à la réalisation de ce projet, sans se préoccuper des conséquences, lesquelles sont subordonnées aux taxes municipales et profits à réaliser. Ainsi, selon leurs évaluations, les risques pour la population de Lévis sont "acceptables" !!! Eh bien sachez que pour nous, citoyennes et citoyens de l'Est de Lévis, de tels risques NE SONT PAS ACCEPTABLES.

    Malheureusement, les promoteurs du projet Rabaska sont bien plus préoccupés par leurs profits ($$$) et les faibles retombées économiques qu'ils tireront de ce projet que par les risques que cela comporte. Et surtout, ne comptez pas sur eux pour partager avec nous leurs profits en cas de catastrophe !

    Ainsi, pour toutes les raisons évoquées ci-dessus, un projet comme celui de Rabaska NE DOIT PAS SE RÉALISER à l'endroit choisi (l'Est de la ville de Lévis) par les promoteurs. Il existe beaucoup d'autres endroits au Québec où de tels projets pourraient être implantés, à des coûts comparables ou même légèrement supérieurs, mais sans aucun risque pour les populations. Je leur suggère donc de refaire leurs devoirs et d'aller s'installer ailleurs. Et de grâces, ne m'accusez pas d'avoir le syndrome du "Pas dans ma cour" !!!

    Compte tenu des risques trop importants que ce projet de port méthanier Rabaska comporte, je n'ai aucun remords ni aucun regret à vous laisser ce projet si vous désirez l'avoir CHEZ-VOUS, dans VOTRE cour, ailleurs au Québec!

    Dany Pelchat
    Lévis

  • Gerry Pagé - Inscrit 15 novembre 2007 16 h 56

    Libérez-vous des libéraux !

    Ne sommes-nous pas gouvernés par de clownesques amateurs de dernier ordre qui se bidonnent risiblement, dans les bidonvilles de Rabaska Cité?

    Par ailleurs, ne commence-t-on pas à sentir la force montante d'un peuple qui a saisi correctement et intelligemment le message du lucide visionnaire
    Jean Lesage, dès 1961, à l'effet que tous les Québécois devaient rattraper le temps perdu à se confesser en s'investissant à plein régime et au plus coupant, dans la scolarisation et dans le développement de leurs facultés et habiletés?

    En plus, le pouvoir gris, allié aux pouvoir blond, ne constituent-ils pas un incontournable, une force de frappe qui viendra à bout des crânes dénudés, des frisés et des faces à claques?

    Après l'échec retentissant du Suroît, après l'échouement d'une tentative éhontée de graissage de 5 millions, aux seules fins d'une école privée juive de Montréal, après le revers cinglant de la butte à Béchard, appelée «Mont Orford», après les raccommodements simplistes, électoralistes et tout croches, voilà que les suçoteux du PLQ sont au risque de se partager la «grosse assiette» vide des mégas millions de la terre promise à l'agriculture. Cette terre promise dont les libéraux de Jean Charest ont renié le protectorat que voulait légitimement exercer la Commission de protection du territoire agricole. Cette terre promise dont les libéraux Jean Charest, Philippe Couillard, Claude Béchard, Line Beauchamp et al ont hypocritement manigancé les ententes et sauvagement précipité les approbations d'exploitation capitaliste, bafouant effrontément lois, experts de la santé, de l'environnement et du droit jugement ainsi que les citoyens-otages, objets de tous leurs mépris.

    Après le scandale des COMMANDITES, après celui d'AIRBUS et après celui de RABASKA, ne serait-il pas pertinent que de lucides experts et non des commissaires, ni des commissionnaires, ni des grabataires thuriféraires du pontificat politique, examinent de très près la discordance totale et/ou l'incompatibilité absolue qui semblent mettre en liens conflictuels permanents, la pratique du droit et celle de la droite gouvernance ?

    Gerry Pagé
    Ville de Québec