La peur américaine

Les Américains sont inquiets. Davantage aujourd'hui qu'ils ne l'étaient hier. La raison? Les alarmes qu'ont actionnées les membres de la haute administration tout au long de la fin de semaine. Du vice-président au directeur du FBI en passant par le secrétaire à la Défense, tout un chacun a souligné que d'autres attentats suicide seront commis sur le territoire national. Cette avalanche d'interventions publiques faisait suite à un épisode qui s'est avéré difficile pour le président Bush. Celui, bien évidemment, du mémo dans lequel un agent du FBI informait ses supérieurs qu'un nombre anormalement élevé de citoyens du Moyen-Orient fréquentaient des écoles de pilotage.

Ce n'est pas tant le fait que la Maison-Blanche ait plus ou moins bien réagi à cette information qui choque et inquiète les Américains mais bien le fait que cette information ait été frappée du secret pendant huit mois. Tout naturellement, les Américains ont conclu que si leur gouvernement avait camouflé un fait qui ne nécessitait pas autant de discrétion, c'est qu'il était moins apte qu'on ne l'avait cru jusqu'à présent à assurer leur sécurité. Résultat net, selon un sondage réalisé ces derniers jours pour la première fois depuis le 11 septembre: une majorité d'Américains estime que Washington n'est pas capable de contrer les attentats.

En plus d'avoir sapé la confiance des gens, l'épisode du mémo a suscité tout un ramdam ou, mieux, tout un réveil du Congrès. Sénateurs et représentants veulent enquêter. Certains élus souhaitent que le Congrès examine sous toutes ses coutures comment l'administration Bush a géré le 11 septembre et ses conséquences. D'autres élus voudraient aller plus loin. Plutôt que de laisser à des politiciens le soin de faire la lumière sur ce sujet, ils préféreraient qu'un comité de 14 experts indépendants soit formé et mandaté pour cela. Les partisans de la première solution avancent que le Congrès a ceci d'avantageux qu'il a toute autorité pour agir. Les partisans de la seconde, tous des sénateurs, évoquent la sempiternelle culture partisane qui colle à tous les débats du Congrès. Or, le sujet étant à la fois très grave et très délicat, il doit être traité par des gens plus ouverts que les politiciens. Par des gens qui n'ont pas d'intérêts particuliers à défendre.

Cela étant, de plus en plus de citoyens et d'élus veulent mettre un terme au culte du secret, selon eux trop prononcé, qui caractérise l'administration Bush. Pour parvenir à leurs fins, ils entendent s'attaquer aux piètres résultats obtenus par le Bureau de la sécurité intérieure, que le président a créé aux lendemains du 11 septembre. Dirigé par Tom Ridge, ce bureau a ceci de singulier qu'il relève directement du président. Il n'est donc pas soumis à l'examen des membres du Congrès. Ces derniers ont été particulièrement outrés que Bush refuse d'envoyer le patron de ce bureau témoigner devant eux.

Une chose est sûre, trop de flou plane sur bien des aspects du dossier pour ne pas susciter un éveil plus dense ou plus large que celui observé ces derniers jours.