Concurrence et aberration

Pour ceux qui en doutaient encore, la belle coopération interuniversitaire que tous disent souhaiter ardemment est un leurre.

Un incident en apparence anodin vient d'en offrir un témoignage frappant. Sans consulter ses partenaires de l'Université de Montréal et de l'UQAM, le recteur de l'Université de Sherbrooke, Bruno-Marie Béchard, a demandé à la Société de transport de Montréal que la station Longueuil soit rebaptisée «Longueuil-Université de Sherbrooke». Sans réfléchir plus avant, la STM acquiesce à la demande, même s'il existe déjà une station Sherbrooke et même si le siège social de l'Université de Sherbrooke se trouve... dans la ville du même nom! Il faut dire que M. Béchard projette de faire de son institution la «cinquième université de Montréal».

À cet égard, et dans un contexte où chaque institution universitaire est engagée dans une course effrénée à la clientèle — qui a pris un tour «marketing» il y a quelques années alors que la baisse du nombre d'étudiants pointait à l'horizon —, les deux institutions francophones de Montréal seraient mal avisées de contenir l'Université de Sherbrooke. L'Université de Montréal ne donne-t-elle pas des cours à Québec, et l'Université Laval n'est-elle pas présente sur le territoire montréalais?

Le plus souvent, la formation dispensée à l'extérieur du campus principal de l'institution universitaire est une formation de deuxième cycle qui s'adresse à des gens déjà sur le marché du travail. Pour cette clientèle, la proximité du lieu de résidence ou du lieu de travail constitue un atout majeur, que les universités ont su comprendre et exploiter.

Que le dynamique recteur de l'Université de Sherbrooke veuille étendre son territoire, soit. Cela est légitime dans un contexte où les limites territoriales ont sauté depuis un certain temps déjà. Pour l'instant, les convoitises se portent sur Longueuil où, aux abords du métro, chacun construit et rénove à qui mieux mieux afin de loger adéquatement ses nouveaux étudiants. Et compte tenu du fait que trois universités sont présentes à Longueuil, on voit mal pourquoi la station de métro se limiterait à une seule d'entre elles. L'argument voulant que l'UQAM et l'Université de Montréal ait déjà «leur» station apparaît spécieux. Il serait plus logique, s'il faut absolument insister sur le profil universitaire de Longueuil, de rebaptiser la station «Longueuil-Universités». Mais est-ce vraiment indispensable? Va-t-on succomber au syndrome du Forum Pepsi?

Enfin, il faudrait garder un oeil ouvert sur la multiplication tous azimuts de cours universitaires conçus dans une optique de perfectionnement professionnel. Et s'assurer que cette formation reste de niveau universitaire.

pdesrivieres@ledevoir.ca