Le kirpan

La Cour supérieure vient d'autoriser le port du kirpan à l'école pourvu que le couteau soit glissé dans un étui de bois. Espérons que cette décision ramènera la paix dans l'établissement scolaire concerné. Cela étant, nous sommes en désaccord avec cette décision de la cour, qui requiert une entorse aux règlements scolaires interdisant toute arme à l'école pour d'évidents motifs de sécurité.

À une époque où la liberté religieuse est protégée par les chartes des droits, il faut une certaine détermination pour se lever et interdire le port du kirpan, comme l'a fait l'école Sainte-Catherine-Labouré, à LaSalle. Le kirpan a beau être un symbole religieux et on a beau répéter qu'il n'a été associé à aucun incident violent, il n'en demeure pas moins une arme blanche. Or le code de vie de l'école ne permet aucune arme à l'école. Point à la ligne. De nombreuses familles sikhs ont parfaitement bien compris ces directives, de sorte que leurs enfants portent plutôt un pendentif.


Dans cette histoire, la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, qui représentait l'école devant les tribunaux, ne partageait pas la vision de l'école. L'administration avait déjà tenté, au cours des derniers mois, de rapprocher la famille et l'école en proposant de glisser le kirpan dans une enveloppe sécuritaire de cuir. Ni la famille du jeune sikh ni le conseil d'établissement de l'école n'avaient alors bronché. En ce sens, on peut considérer qu'en ayant mené les parties à s'entendre, la cour a permis de faire un pas en avant. Mais en cherchant un compromis, la cour a habilement évité de se prononcer sur le fond du litige. Il est vrai que la jurisprudence donne raison aux supporteurs du kirpan. Mais n'est-il pas aussi vrai que le kirpan est interdit à bord des avions sans que cela ne cause problème? Pourquoi, à ce moment-là, l'interdiction ne pourrait-elle pas être étendue à l'école?


Au delà du problème de sécurité, il faut maintenant s'interroger sur la place de la religion à l'école. Bien que les écoles primaires continuent d'offrir des cours de religion catholique (ou protestante) — remplacés, pour ceux qui n'en veulent pas, par des cours de morale —, l'école publique n'en est pas moins engagée dans un processus de laïcisation. Cela ne signifie pas que toute manifestation d'appartenance religieuse doit être interdite à l'école; néanmoins, cela justifie certainement qu'on s'interroge sur l'étendue des accommodements à consentir aux élèves. Gérer la diversité religieuse n'est pas un mince défi. Le Québec se veut une société tolérante, cela est certain, et les immigrants qui choisissent le Canada et le Québec le savent. Mais entre le respect de la liberté religieuse et la transmission de valeurs communes à tous, l'école publique ne doit-elle pas encadrer son parti pris pour la diversité? Nous pensons que oui.


La jurisprudence canadienne privilégie incontestablement l'accommodement raisonnable depuis que la Cour suprême a retenu ce terme. Qu'on pense entre autres au tribunal ontarien qui a permis à l'officier sikh de la GRC de porter le turban dans l'exercice de ses fonctions. Nous entretenons de sérieuses réserves sur cette dernière décision compte tenu du fait que l'officier en question représente l'État. En revanche, l'enfant de l'école primaire de LaSalle, s'il fréquente une école publique, ne représente ni lui-même ni une institution publique. Son professeur, oui; lui, non. La distinction est importante, mais encore là, il faut s'interroger sur le type d'école que nous voulons au Québec.


Depuis juin 2000, les écoles n'ont plus de statut religieux. Les cours de religion n'ont pas encore disparu, mais les services de pastorale ne sont plus confessionnels. Dans ce contexte de «moins de religion à l'école», il faut envoyer un message clair selon lequel les accommodements doivent rester raisonnables.