Retour à la rigueur

Il n'aura pas fallu longtemps au nouveau président de la Caisse de dépôt et placement, M. Henri-Paul Rousseau, pour apporter des changements majeurs aux orientations de l'organisation. Les rendements négatifs des derniers mois et plusieurs mauvaises nouvelles ont attiré l'attention sur la direction qui se devait de réagir vigoureusement. Reste à voir si cela sera suffisant.

L'an dernier, la Caisse de dépôt a connu un rendement de -5 % sur ses investissements à travers le monde. Cette contre-performance, qui reléguait la Caisse au dernier quartile parmi les gestionnaires de fonds de plus de un milliard de dollars, est évidemment due à la chute des marchés boursiers, mais aussi à des décisions contestables, tel l'investissement massif dans Vidéotron, alors que le marché boursier touchait un sommet historique.

Tant que la direction de la Caisse a vu ses rendements croître à un rythme satisfaisant, elle s'est permis d'envisager l'avenir avec toujours plus d'optimisme. Diversification, ouverture de bureaux partout dans le monde, engagement dans des secteurs à la mode promis à un avenir sans limites... rien n'était trop beau et tout ce que touchaient les gestionnaires leur réussissait. À eux comme à tout autre grand investisseur, faut-il préciser. La Caisse planifiait même l'aménagement de 1900 postes de travail dans son nouvel immeuble du quartier international, soit le double du nombre d'employés à son service. On voyait loin et grand à la direction de la Caisse, comme si le soleil ne devait jamais se coucher au-dessus de la tête de l'équipe Scraire-Nadeau.

En prenant la direction de l'organisation après le départ de Jean-Claude Scraire, l'été dernier, le président Henri-Paul Rousseau savait qu'il ne serait pas facile de remonter la pente, que l'époque des rendements élevés était derrière lui. Or l'analyse de la situation l'aura convaincu qu'il fallait frapper fort et vite pour recentrer les activités de l'organisation dans le but de faire mieux avec moins. D'où le regroupement d'activités, la fermeture de bureaux et de filiales — comme Montréal Mode International qui n'aurait jamais dû voir le jour — et la mise à pied de 14 % du personnel. Le coup de balai a emporté près d'une vingtaine de hauts dirigeants, dont certains avaient fait la manchette récemment, notamment pour avoir abusé de leur position. L'incident des coûts de construction discutés dans les médias n'a pas amélioré l'image de la Caisse, mais il a certainement facilité le travail de M. Rousseau qui a su profiter de l'occasion pour apporter une première vague de réformes qui pourrait être suivie d'une autre une fois les rendements de 2002 connus, en mars prochain.

Une question vient à l'esprit en prenant connaissance des décisions du président qui ont été entérinées par le conseil de la Caisse: où étaient les membres de ce conseil au cours des dernières années, des derniers mois surtout? À quoi servent-ils, ces administrateurs nommés par Québec, si ce n'est à entériner les décisions du p.d.-g. en place?

Il aura fallu l'arrivée d'un banquier pour jeter un éclairage cru sur les risques pourtant connus d'une trop grande diversification des activités de la Caisse. Pourquoi cette problématique n'a-t-elle jamais été amenée au conseil? Ces gens savent-ils vraiment ce qui se passe à la Caisse ou se satisfont-ils de ce que le p.d.-g. veut bien leur en dire?

Le temps est venu de revoir la composition du conseil de la Caisse de dépôt pour y faire entrer des administrateurs reconnus pour leur compétence, leur indépendance et leur capacité de contrôler les orientations et les décisions des employés dirigeants de la Caisse; le temps est aussi venu de diviser le poste de président du conseil de celui de chef des opérations.

Il faut applaudir au virage que M. Henri-Paul Rousseau vient d'imposer à la Caisse, mais c'est aux résultats futurs que nous pourrons juger de leur pertinence. Si la Caisse ne réussit pas à prendre rapidement sa place parmi les gestionnaires de fonds les plus performants, il faudra peut-être envisager des réformes encore plus radicales qui conduiraient à stimuler la concurrence entre les différentes filiales de l'organisation. La Caisse est le bas de laine des Québécois et, à ce titre, elle doit être gérée de façon stricte, rigoureuse, sans esprit partisan ni privilèges indus pour ses dirigeants.

jrsansfacon@ledevoir.ca