Pénurie de professeurs en vue

Au cours des prochaines années, une tranche significative de la main-d'oeuvre active prendra sa retraite. Ces départs massifs auront des répercussions importantes dans certains secteurs clés de la société, notamment l'enseignement supérieur. Il faut préparer dès aujourd'hui le changement de génération qui s'annonce. Il en va de l'avenir de l'université.

Au cours de la prochaine décennie, plus du tiers des professeurs des universités canadiennes prendront leur retraite. Au cours de la même période, le nombre d'étudiants dans les institutions d'enseignement post-secondaire devrait connaître une hausse d'environ 25 %. C'est dire à quel point la pénurie de professeurs sera criante, si rien n'est fait pour atténuer l'impact combiné de ces deux projections. La situation est d'autant plus préoccupante que plus de 60 % des nouveaux titulaires de doctorats font désormais carrière dans le secteur privé, et ce, sans parler de ceux qui s'installent à l'étranger.

Mais, dira-t-on, nos universités ne sont pas démunies. Sans doute. Le Québec offre une certaine qualité de vie et un environnement culturel enrichissant. Il reste que nos institutions ne sont plus aussi attrayantes qu'elles l'étaient à une certaine époque.

Lorsque les universités se sont constituées, dans les années soixante et soixante-dix, un nombre important de professeurs provenaient de l'étranger. Plusieurs d'entre eux étaient ravis de travailler au Québec, où tout était à construire dans les départements. De plus, les conditions de travail n'étaient pas particulièrement mirobolantes en Europe, et plusieurs professeurs américains ne demandaient pas mieux, alors, que de fuir la controverse du Vietnam.

Aujourd'hui, les choses se présentent différemment. Le Québec ne peut pas concurrencer les universités anglo-saxonnes qui offrent des salaires plus élevés. Quant aux universités américaines, désormais accessibles aux Québécois, n'en parlons même pas. D'ailleurs, certains s'inquiètent du pillage des cerveaux que les États-Unis pratiquent dans certains pays, notamment en Inde.

Mais revenons au Québec. Il faut souhaiter que le gouvernement accorde à l'éducation la place qu'elle mérite, malgré l'obsession pour le secteur de la santé. Il est évident qu'une partie de la solution se trouve à Ottawa, et il s'en trouve dans le milieu de l'éducation pour espérer, à la suite du rapport Romanow, que l'injection de fonds fédéraux en santé permettra d'accroître la marge de manoeuvre en éducation. Le problème, c'est qu'on ne peut compter sur une entente, compte tenu des conditions posées par le commissaire Romanow, qui reflète bien la pensée dominante à Ottawa.

Il ne fait aucun doute que les années qui viennent seront déterminantes pour l'avenir de l'enseignement supérieur. Et toutes nos universités, y compris les plus petites et les moins riches, devraient pouvoir compter, au cours des 30 ou 40 prochaines années, sur un corps professoral qualifié et motivé.

Le gouvernement du Québec ne peut se permettre de perdre de vue cet horizon fondamental.

pdrivieres@ledevoir.ca