Fragile équilibre

L'administration du maire Gérald Tremblay a présenté jeudi dernier son premier vrai budget, celui de l'an dernier ayant été préparé par le comité de transition nommé par Québec. Cette année encore, on peut parler de continuité et, contrairement à ce que certains appréhendaient, le passage des 29 villes d'hier à la grande ville se fait sans trop de heurts au plan financier.

Il va sans dire que la conjoncture économique favorable facilite cette transition, mais il y a aussi le fait que l'administration du maire Tremblay a choisi de ne pas perturber les habitudes des uns et des autres. En revanche, on est encore loin d'être parvenu à une forme d'équité inter-arrondissements en matière de dépenses par habitant: «Westmount-Villeray, même combat!», ce n'est pas demain la veille...

Au chapitre de la fiscalité, la plupart des Montréalais ne verront à peu près pas de différence entre leur compte de taxes de cette année et celui de l'an dernier. Sauf, bien sûr, les habitants des anciennes villes dont le taux de taxe était inférieur au taux de base de la nouvelle ville. Ceux-là subiront une augmentation maximale de 5 % pendant quelques années encore, à laquelle pourrait s'ajouter l'impact de la hausse de valeur des propriétés. D'où l'importance pour le conseil de tout mettre en oeuvre afin de profiter de ces augmentations des valeurs foncières pour réduire progressivement le taux de taxe de base pour tous les Montréalais.

Parmi les mesures plus controversées de ce budget, on ne peut passer sous silence la décision de faire disparaître la taxe d'affaires payée par les occupants d'immeubles non résidentiels pour la remplacer par une augmentation de l'impôt foncier des propriétaires. Voilà qui donnera des migraines à ces derniers qui seront placés devant l'obligation de renégocier les baux en conséquence. Une tâche qui pourrait ne pas aller de soi malgré une loi adoptée en ce sens, du moins si l'on se fie à l'opinion d'experts juridiques interrogés par Le Devoir. Tout en comprenant l'intention de l'administration municipale qui veut ainsi harmoniser la fiscalité d'un arrondissement à l'autre, il faut admettre que cette mesure imposera un fardeau administratif supplémentaire et un casse-tête juridique aux propriétaires d'immeubles commerciaux.

Autre faille majeure, l'administration Tremblay ne prévoit aucune réduction du nombre de ses employés. À qui veut-on faire croire que la nouvelle Ville a besoin de toutes ces 23 350 années-personnes d'avant la fusion, à un point tel qu'elle soit même incapable de se priver des employés qui prennent leur retraite et qu'elle doive en embaucher quelques centaines de plus? Voyons!

Heureusement, le budget ne prévoit aucune augmentation salariale pour la prochaine année qui sera une année de négociations. Mais si, par malheur, il fallait que l'administration Tremblay cède aux demandes de ses employés qui gagnent déjà 25 % de plus, en moyenne, que leurs homologues de la fonction publique provinciale, elle serait forcée d'augmenter les taxes. Souhaitons qu'elle se tienne debout et qu'elle puisse compter sur un appui indéfectible des autorités provinciales. Car compte tenu de leur richesse, les Montréalais dont les revenus sont parmi les plus bas au Canada paient déjà trop cher les employés qu'ils embauchent.

jrsansfacon@ledevoir.ca