Mutation terroriste

Les attentats commis au Kenya révèlent une mutation. Pour la première fois depuis les années 70, des terroristes se sont attaqués à des citoyens et à des intérêts israéliens hors d'Israël. À Buenos Aires ou à Paris, par exemple, les victimes étaient de nationalité argentine ou française. Plus récemment, les juifs tués lors de l'explosion d'une synagogue à Tunis étaient majoritairement Européens. En concentrant ses derniers méfaits en territoire kényan, la nébuleuse terroriste annonce une extension de la lutte.

Pour l'instant, nul ne sait avec exactitude si les actes commis ces jours-ci sont ceux d'al-Qaïda. Par contre, tous les éléments dont on dispose, ainsi que le modus operandi choisi par les auteurs, permettent d'avancer que ces derniers sont liés à l'organisation d'Oussama ben Laden. Ici et là, dans le monde arabe, ceux qui applaudissaient la geste sanguinaire de Ben Laden lorsqu'il visait des citoyens et des intérêts américains lui reprochaient, dans la foulée, de ne pas s'en prendre à Israël. De fait, plusieurs experts avancent que parce qu'al-Qaïda voulait se dédouaner, il fallait s'attendre à une attaque frontale.

Chose certaine, les événements des derniers jours vont compliquer quelque peu les relations entre les États-Unis et Israël. Depuis les attentats du 11 septembre 2001, le premier ministre Ariel Sharon essaie de convaincre le président Bush que l'équation qui fonde les rapports entre les uns et les autres est la suivante: Arafat = Ben Laden. À plus d'une reprise, l'Israélien a tenté de convertir l'Américain à son postulat parce qu'il souhaitait être libre de lutter, sur le plan géographique s'entend, où il jugeait utile d'agir.

Par contre, pour le président américain, il était impérieux que les Israéliens soient cantonnés sur les bas-côtés de la guerre au terrorisme afin de ne pas s'aliéner les alliés arabes, au premier chef l'axe Arabie-Saoudite-Égypte. Et ce, parce que Bush aura grandement besoin du soutien de ces deux pays si jamais la guerre contre l'Irak est déclarée. Pour Sharon, le changement de paradigme découlant du 11 septembre 2001 est si profond que les distinguos de Bush sont nuls et non avenus.

Curieusement, après que les attentats ont été perpétrés, le régime saoudien a servi tout un camouflet au président Bush. En effet, les féodaux de Riyad ont indiqué qu'il n'était pas question d'enquêter sur le financement d'al-Qaïda. De tout bord, de tout côté, l'air du temps est vicié.