Correction de tir ?

Les remaniements ministériels sont rarement la solution miracle aux problèmes de popularité des gouvernements. Néanmoins, celui auquel vient de procéder Stephen Harper était plus que nécessaire pour corriger les faiblesses les plus apparentes de son équipe et lui permettre d'aborder en meilleure position la deuxième partie de son mandat.

De ce gouvernement, on ne peut dire qu'il soit, au plan des personnalités, le plus marquant que l'on ait eu à Ottawa au cours des dernières décennies. Tout au contraire! Pour la plupart des Canadiens, le gouvernement Harper se résume d'ailleurs à son premier ministre, qui laisse encore moins de place à ses ministres que tous ses prédécesseurs. Cela tient peut-être au goût pour le pouvoir qui l'habite, mais on peut croire qu'il est le premier conscient des lacunes de son équipe et qu'en ramenant à lui tous les grands dossiers, il cherche à réduire les risques de faux pas.

Ces derniers mois, ce risque était devenu plus qu'apparent. Certains ministres étaient même en train de compromettre l'avenir du gouvernement. C'était le cas de Bev Oda, qu'il fallait ôter du fauteuil de ministre du Patrimoine. Unilingue et «uniculturelle», elle ne pouvait communiquer avec la moitié francophone de ce pays, qu'elle ne connaissait et ne comprenait pas. Elle était en plus gaffeuse, comme sa gestion du financement des grands festivals l'a montré.

La démotion de Gordon O'Connor s'imposait encore davantage. En tant que ministre de la Défense, il était devenu une catastrophe. Sa grande faute aura été de ne pas avoir su défendre adéquatement la mission militaire canadienne en Afghanistan, qui est le dossier le plus chargé politiquement et dont on peut être assuré qu'il sera au coeur de la prochaine élection. Dans l'affaire des prisonniers afghans faits par les militaires canadiens, il a montré une absence de contrôle remarquable.

Rétrospectivement, on doit se demander si c'était une bonne idée de nommer au poste de ministre de la Défense un général à la retraite. Si les Forces armées ont pu compter sur lui au départ pour promouvoir les achats milliardaires de nouveau matériel militaire, il était manifestement devenu opposé au chef d'état-major en exercice, le général Rick Hillier. Gordon O'Connor n'avait pas la distance nécessaire pour faire face à l'appareil militaire.

Pour remplacer ces deux ministres, Stephen Harper n'avait guère le choix. Josée Verner ne souffrira pas du même handicap linguistique que Bev Oda, mais elle aura à démontrer ses qualités de gestionnaire à la tête de l'un des ministères les plus importants du gouvernement. Pour elle, la barre est haute. Le «civil» Peter MacKay qui succède à Gordon O'Connor est un jeune loup ambitieux, mais on peut se demander s'il aura le coffre nécessaire pour affronter la hiérarchie militaire. Rappelons qu'il n'a guère impressionné au poste de ministre des Affaires étrangères.

Le choix de Maxime Bernier pour diriger désormais la politique étrangère canadienne comporte aussi sa part de risques. Comprenons que Stephen Harper a été impressionné par la rigueur doctrinaire de celui-ci au ministère de l'Industrie, où il a prôné une déréglementation tous azimuts. Visiblement, les deux hommes ont des atomes crochus. Observons néanmoins que succède à un ministre qui était complètement vert en matière de politique internationale un autre ministre guère plus expérimenté. On peut croire que l'intention du premier ministre est de garder la main haute sur les Affaires étrangères.

Les changements apportés hier par le premier ministre à son cabinet colmateront les principales brèches dans la façade de son gouvernement. Elles permettront de mieux communiquer le message conservateur, ce qui ne garantit en rien qu'il sera mieux reçu. Si ces changements n'ont pas d'effet sur la cote de popularité conservatrice, qui en 18 mois est demeurée relativement stable, Stephen Harper devra conclure que le problème principal de son gouvernement se trouve du côté des orientations qu'il défend. Pour l'instant, il n'entend rien changer sur ce plan. La proximité des élections l'amènera-t-elle à arrondir les angles? C'est là qu'on verra si le doctrinaire qu'on le dit être peut se transformer en politicien calculateur.

***

bdescoteaux@ledevoir.com
1 commentaire
  • Gilles Bousquet - Inscrit 15 août 2007 12 h 09

    Démocratie limitée

    Le tout changera peu de choses parce que c'est M. Harper qui dirigera encore le tout et que les fonctionnaires peuvent fonctionner très bien sans même de gouvernement.

    Tout ce que ça prend, c'est des ministres qui peuvent bien patiner pendant les périodes des questions et qui savent obéir au chef, comme dans tous les partis "démocrates" ou pas.

    Le chef fédéral peut quand même décider des affaires comme d'aller en guerre ou pas et/ou s'il décentralisera ou non le Canada. Les députés vont être très solidaires ou seront chassés.