Le dilemme saoudien

Les relations entre les États-Unis et l'Arabie Saoudite sont sous tension depuis quelques jours.

Dans un premier temps, les Américains ont appris que la femme de l'ambassadeur saoudien à Washington — qui, soit dit en passant, est un ami personnel de la famille Bush — avait alloué des fonds, indirectement il est vrai, à deux des 19 auteurs des attentats du 11 septembre 2001.

Après coup, on a appris qu'un groupe de travail du Conseil de la sécurité nationale (NSC) avait conclu que la Maison-Blanche devrait modifier profondément sa politique à l'endroit de l'Arabie Saoudite, une politique jugée trop conciliante, car ce pays était et demeure le centre financier du terrorisme.

Selon les informations divulguées par le Washington Post, les bonzes chargés par le NSC de faire la lumière sur les réseaux par lesquels transitent les millions qui finissent dans les coffres des intégristes estiment que le président des États-Unis devrait servir un ferme avertissement à son homologue saoudien. Lequel? On vous communique les noms de sept des neuf principaux bailleurs de fonds d'al-Qaïda ainsi que ceux qui financent tous les mollahs qui vitupèrent semaine après semaine contre les chrétiens et les juifs, et vous avez 90 jours pour prendre les mesures qui s'imposent. Si tel n'est pas le cas, alors le gouvernement des États-Unis agira.

Pour le président Bush, cette proposition constitue tout un embarras. Et ce, en raison tout d'abord du dossier irakien. À l'agenda de Bush, la guerre à Saddam Hussein a pris le pas sur la lutte contre les terroristes. Pour ce faire, il a besoin du soutien des Saoudiens. Advenant un conflit militaire avec les Irakiens, les Américains souhaiteraient utiliser certaines des infrastructures mises en place au royaume des féodaux saoudiens depuis la guerre du Golfe. Que Bush donne satisfaction au groupe de travail du NSC et le grand froid planera illico sur les relations entre les deux pays. A contrario, il est assuré que s'il ne donne pas suite à ce rapport, il va perdre en popularité et requinquer l'opposition démocrate.

Pour l'heure, les autocrates de la maison Saoud jouent la partie en tablant sur les intérêts que les uns et les autres ont avantage à conserver. En substance, les féodaux avancent que tout refroidissement des relations entre Washington et Riyad sera tout-bénéfice pour la nébuleuse terroriste. En cette affaire, Bush est quelque peu coincé.