Agents troubles

L'incident au cours duquel des agents de surveillance du métro auraient refusé de venir en aide à une femme battue par son conjoint, lundi, illustre une fois de plus la bêtise corporatiste qui sévit au sein de la fonction publique municipale de Montréal.

Selon la version syndicale, les deux agents n'auraient fait qu'obéir à une directive qui leur interdit d'intervenir en de telles circonstances depuis qu'on a confié la sécurité du métro au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Toujours selon le syndicat, lorsqu'un agent est témoin d'un incident, il communique avec son superviseur, qui communique à son tour avec le service de répartition du métro, qui appelle alors le 911, qui alerte le service de police qui, finalement, dépêche des patrouilleurs... Pour la direction de la STM, la procédure n'est pas si complexe, mais cela reste à démontrer. Ce que des témoins ont cependant affirmé, c'est qu'il a fallu 17 longues minutes aux policiers pour se présenter sur les lieux. Pourquoi?

Selon la présidente du syndicat des agents de surveillance, une telle situation illustre l'absurdité des nouvelles directives qui limitent le travail de ses membres au contrôle des usagers qui ne paient pas leur passage. Absurde, en effet, mais cette version est aussi niée par la STM, dont le président affirmait hier que les agents se devaient d'intervenir comme par le passé. L'enquête dira qui ment.

En attendant, il faut savoir que la situation actuelle découle d'une guéguerre qui perdure entre la Ville, le service de police et ce syndicat. Il y a quelques années, l'administration municipale avait décidé d'intensifier les mesures de sécurité dans le métro en installant des caméras et en confiant le travail à de vrais policiers. Les agents de surveillance avaient réagi en exigeant d'être intégrés sans condition au service de police, ce à quoi le SPVM s'était opposé.

On a donc fait passer des examens aux 118 agents désireux de devenir policiers sur les 150 que compte ce syndicat, les autres ayant choisi le statu quo. 54 ont échoué... et contestent toujours cet échec. Parmi les 64 qui ont réussi, plusieurs doivent d'abord faire leurs études collégiales en techniques policières (aux frais des Montréalais) et tous devront obtenir leur diplôme de l'École nationale de police. À ce jour, seulement deux ont terminé le parcours avec succès et, selon le syndicat, la moitié des 64 postulants échoueront. Ce qui n'est pas rassurant.

Tout cela déplaît terriblement au syndicat et à ses membres qui ont échoué. Ce qui pourrait expliquer la réaction des deux agents lundi. Certains ont même émis l'hypothèse d'une mise en scène macabre conçue dans le but de montrer à quel point les agents sont essentiels! La belle affaire! Au contraire, la question qu'il faut désormais se poser, c'est si le moment n'est pas venu de mettre la hache dans un service coûteux dont les frasques de certains membres (rappelons-nous les parties de hockey pendant les heures de travail) et le refus de collaborer nuisent plus qu'ils ne servent les intérêts des usagers du métro.

j-rsansfacon@ledevoir.com

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