Les compromis autrichiens

Le recul enregistré par l'extrême droite autrichienne aux élections législatives ne signifie pas pour autant que celle-ci sera écartée du pouvoir. Après répartition des votes, le Parti libéral d'Autriche (FPO) de Jörg Haider dispose encore et toujours d'une capacité de nuisance propre à lui permettre d'imprimer son influence sur le gouvernement autrichien. S'il est le grand vainqueur des législatives, le Parti populaire d'Autriche du chancelier sortant Wolfgang Schüssel n'a pas hérité d'une majorité suffisante pour administrer seul les affaires du pays. Dans les jours qui viennent, les conservateurs devront entamer des négociations afin de former une nouvelle coalition.

Si l'on s'en tient aux engagements pris par les sociaux-démocrates lors de la campagne électorale, selon lesquels il n'était pas question de lier son destin avec celui de Schüssel, ce dernier semble condamné à discuter avec les fascistes de Jörg Haider. À moins d'un reniement des valeurs qui fondent la gauche autrichienne, on imagine mal comment celle-ci pourrait accepter de siéger aux côtés de conservateurs qui, depuis 1999, ont cautionné les initiatives xénophobes ainsi que la furia anti-européenne de Haider et des siens.

En cette histoire, il ne faut pas se faire d'illusion: Haider ou pas, la bête s'est bel et bien introduite au sein du pouvoir. Des idées ont été traduites en lois, d'autres sont, pour ainsi dire, dans l'antichambre. Toutes en tout cas révèlent combien cette société est aussi frileuse que s'est évertué à le dire et à le répéter l'écrivain Thomas Bernhard. Comment un pays aussi prospère, un pays qui affiche par exemple un taux de chômage propre à faire pâlir d'envie tous les membres de l'Union européenne, soit aussi avare? Pourquoi les Autrichiens ont-ils signalé, à la faveur d'un référendum voulu par les fascistes de Haider, qu'ils ne voulaient surtout pas que les Tchèques bénéficient comme eux en ont bénéficié des avantages de l'Union européenne?

Dans les mois qui ont suivi son entrée au gouvernement, le parti de Haider s'est attaché à imposer sur le front de l'enseignement des lois qui sont autant d'atteintes au droit à l'éducation. Ces coupes claires, le chancelier Schüssel les a acceptées et n'entend pas les modifier à nouveau pour la raison toute simple qu'elles lui ont permis de grignoter une partie de la base électorale de Haider.

La compromission de Schüssel fut telle qu'il y a fort à parier qu'il va, au cours des prochaines semaines, s'efforcer de donner certaines satisfactions au parti de Haider afin de poursuivre la sale besogne. Le Parti libéral d'Autriche est loin d'avoir été terrassé.