La culture au Québec

Dans une entrevue qu'il a sollicitée pour parler culture avec notre collègue Odile Tremblay, le premier ministre Bernard Landry soulignait en début de semaine l'importance que son gouvernement accorde à la culture. M. Landry a-t-il raison d'insister sur les réalisations de son équipe dans ce domaine?

Dans certains cercles, il est de bon ton d'ironiser sur les maladresses de la ministre de la Culture, Diane Lemieux, ou de se plaindre de son manque de sensibilité à l'endroit des «culturels», cette dernière critique étant en quelque sorte accentuée par la ministre elle-même, qui rappelle régulièrement qu'elle n'est pas du «milieu». Cela dit, l'ex-présidente du Conseil du statut de la femme a tout de même obtenu de son gouvernement une hausse du budget annuel du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), qui est passé de 43 à 64 millions. Ce n'est pas rien. Les musées ont également vu leurs budgets croître.

Mais tout est loin d'être rose pour autant. Dans de nombreux domaines, Mme Lemieux a donné l'impression, sinon de se traîner les pieds, du moins de ne rien faire pour provoquer les prises de décision. Dans le dossier de la langue, la ministre a favorablement accueilli le rapport Larose, qui remettait les inquiets à leur place. Mais on a vainement attendu qu'un souffle nouveau, à la défense du français en milieu du travail, vienne balayer le Québec. Dans les dossiers de la concentration de la presse, du patrimoine et du cinéma, force est de constater que les gestes, jusqu'à maintenant, n'ont pas été à la mesure des attentes créées.

En fait, et même si le milieu culturel a traditionnellement été beaucoup plus proche des souverainistes que des libéraux, c'est à ces derniers qu'il faut attribuer la paternité d'importants projets, dont la loi sur le statut de l'artiste, sous la ministre Lise Bacon, et l'adoption d'une politique culturelle ainsi que la mise sur pied de deux organismes clés, la Société de développement des entreprises culturelles et le CALQ, sous la ministre Liza Frulla. Au fil des ans, les gouvernements du Parti québécois ont-ils négligé une clientèle qui leur était, croyaient-ils, acquise?

Le premier ministre a raison de dire que «dans un pays avancé, la culture arrive en premier». Mais il aurait fallu être très clairvoyant pour apercevoir cette priorité gouvernementale. La ministre de la Culture aime à dire que le Québec en fait plus dans ce domaine que les provinces anglophones. Elle a raison, mais cette comparaison ne veut pas dire grand-chose tellement certaines provinces se soucient de la culture comme de leur dernière chemise. On peut toujours se gonfler d'orgueil à la pensée que les artistes québécois sont remarqués à l'étranger. Mais sans un soutien solide et continu à la création, cette gloire pâlira.

Il faut par ailleurs souligner que ce gouvernement a investi des sommes considérables dans la construction de lieux culturels. On pense à la Grande Bibliothèque, au projet d'une nouvelle salle pour l'Orchestre symphonique de Montréal (OSM), aux nombreuses salles consacrées au théâtre. Ces investissements étaient nécessaires et constitueront d'importants atouts culturels pour les années à venir. À condition de porter attention à ce qui se déroulera à l'intérieur des murs de ces monuments.

En effet, la majorité des artistes continuent de gagner moins que le salaire minimum prévu par la loi. En d'autres termes, ils n'ont pas la reconnaissance qu'on prétend, en haut lieu, leur accorder. On peut se demander, par exemple, comment se rempliront tous ces lieux magnifiques si les enfants ne sont pas initiés dès le plus jeune âge aux disciplines culturelles. Les efforts actuellement consentis à ce chapitre sont trop modestes et trop fragiles, comme l'a démontré à l'automne 2001 le boycottage des activités parascolaires par les enseignants.

On a beaucoup dit, au cours des cinq dernières années, à quel point la culture représente une industrie florissante. Il serait peut-être temps, comme semble le désirer le premier ministre, de revenir à la dimension profonde de la culture, celle qui ouvre sur des mondes insoupçonnés. Et de mieux soutenir ceux qui consacrent leur vie à créer.

pdesrivieres@ledevoir.ca